HIPPOCRÀTE DIT OUI, MAIS GALIEN DIT NON
«... Naturellement ils ne sont pas d'accord... Hier les médecins disaient bleu; aujourd'hui ils disent blanc ; hier, ils se prononçaient sur la responsabilité des criminels ; aujourd'hui ils reconnaissent qu'ils ne le peuvent pas scientifiquement. Ce n'est pas plus compliqué que cela. Ces messieurs avouent qu'ils se sont trompés ; dans des rapports savants — ô combien ! — ils ont déclaré... et maintenant messieurs les médecins viennent nous dire qu'il y a maldonne... On avouera tout de même que l'on ne sait plus à qui se fier désormais. Par un faux svstème un autre faux système est détruit. Pendant un certain temps le corps médical condamne la tomate et un beau jour il réhabilite la tomate... C'est pour en arriver là que l'exercice de la médecine a été enlevé aux rebouteux et autres sorciers et monopolisé par nos modernes Esculapes...
« Leur science est infaillible, vous dis-je, et dans la question de la responsabilité morale des criminels ou des non criminels, qui est pourtant de leur ressort, vous verrez que les magistrats, qui n'y connaissent rien, devront se prononcer en attendant que les médecins se prononcent sur des
points de droit qu'ils ne connaissent pas davantage... c'est la faillite de toute une théorie sur laquelle la justice criminelle a basé ses sentences depuis de longues années... La conclusion est que les médecins — je veux dire certains médecins — en prennent trop à leur aise depuis qu'ils jouissent de l'exercice légal de la médecine. >
Voilà certes une conclusion que Gilbert Ballet ne s'attendait pas à voir sortir de son rapport.
Les critiques moins ironistes ont produit aussi des arguments graves que nous retrouverons et discuterons dans les chapitres V et VI (3* partie) ; et on développe de nouveau des théories déjà émises par des hommes éminents et que Ton peut résumer en quelques mots : la société n'a qu'à se défendre * contre ceux qui lui nuisent, sans se préoccuper de savoir s'ils sont responsables ou non, s'ils sont ou non malades dans leur psychisme ; quand un chien est enragé, on le tue ;
1. c Se défendre, tout est là ! qu'un malfaiteur soit fou, qu'il soit conscient, que sa responsabilité aggrave ou diminue sa culpabilité, ce qui compte, dans tous les cas, c'est le péril qu'il représente pour ses semblables. . C'est bel et bon de soupirer philosophiquement : pauvres apaches! Il serait temps d'écarter des procès criminels les questions de responsabilité, qui inspirent aux honnêtes citoyens cette pensée plus grave : pauvre nous ! » L. Faber. Le Petit Marseillais, 15 juin 1907.
de l'idée de responsabilité 35
pas de sensiblerie * ! Les assassins n'ont pas eu pitié de leurs victimes ; ils n'ont pas droit à la nôtre *. On a bien fait de supprimer la torture ; mais, maintenant qu'il n'y a plus de ces moyens inélégants, peu importe que le criminel puni soit ou non responsable ou malade. Le prétoire appar-
1. On ne reprochera pas aux Marocains cette malheureuse sensiblerie vis-à-vis des criminels, s'il faut en croire la dépêche suivante insérée dans Le Petit Méridional du 2 i septembre 1907: