Tarde. Préface au livre cité de Saleilles, p. III
2. Tarde. La philosophie pénale. Bibliothèque de criminologie, Sédition, 1903, p. 85, chapitre III, Théorie de la responsa bilité; et p. 151, chapitre IV, Théorie de l'irresponsabilité
ou paraisse être restée identique à elle-même. » Cela veut dire, dans un langage différent, que pour être responsable, un individu doit avoir son être psychique, sa personnalité, son moi normaux. Il est au contraire irresponsable quand son moi ou son être psychique sont malades, quand il a une maladie de la personnalité.
Tarde se demande en effet: « dans quelle mesure et pour quelle cause, certains états, tels que la folie, Pépilepsie, l'ivresse, la vieillesse, l'hypnotisme, rendent-ils irresponsables? » Et il répond: « pour deux raisons, la folie nous rend irresponsables ; parce qu'elle nous désassimile et parce qu'elle npus aliène, parce qu'elle nous fait étranger à notre milieu et parce qu'elle nous fait étranger à nous-même. Elle refond le moi, bienque, le plus souvent, elle le fasse tomber du côté où il penchait déjà... Tous les genres de folie sont précédés d'un trouble cérébral, d'une anxiété mentale qui dénote l'intrusion d'un élément étranger, la contradiction interne à laquelle le sujet est en proie. Un grand changement dans le caractère, tel est, comme le dit Maudley à plusieurs reprises, le premier et uécessaire symptôme de la folie, notamment de la folie morale. Il faut que l'individu ne soit plus le même. Si l'on doutait d'ailleurs de la dualité intérieure qui constitue
l'aliénation, on n'a qu'à lire dans les écrits des aliénistes la peinture de ces terribles états de conscience où le fou lutte contre la tentation qui l'obsède. »
Tarde applique les mêmes principes à la notion de responsabilité atténuée. Il parle de« cette anomalie, de cette originalité de l'individu, pour employer l'euphémisme habituel », qui est « essentielle » et « creuse une dissemblance partielle sous ce rapport, entre les autres hommes et lui. Si donc elle consiste, par exemple, à rechercher les décorations et les honneurs superficiels quelconques avec une avidité insensée, otf à éprouver en amour d'étranges appétits, les délits qu'il commettra pour satisfaire les passions dépravées lui seront imputables; car, d'une part, il appartient en somme à la société, d'autre part, il a voulu ces satisfactions délictueuses,iln'apumême ne pas les vouloir et a montré ainsi le vice inhérent à sa constitution ; mais ils ne lui seront imputables qu'en partie à raison de son hétérogénéité partielle. »
Et il conclut que « toutes les causes morbides qui ont pour effet de transformer plus ou moins profondément la personne » dégagent sa responsabilité « dans la mesure où elles portent atteinte à son identité ».
C'est bien dire que la responsabilité est parallèle à la santé psychique du sujet.
Voilà l'opinion d'un déterministe. Voici celle d'un partisan du libre arbitre.
2° Saleilles a fait, dans son livre sur Vindivi-
dtMilisation de la peine (que j'ai déjà cité) un ex-
I>osé très lumineux et très documenté d'idées
tout à fait analogues à celles que je défends dans
oe livre 1 .
La première et la principale idée que développe "tout d'abord Saleilles est celle-ci : il faut arriver à pouvoir conserver la notion de responsabilité sans se prononcer sur la question du libre arbitre, en niant même le libre arbitre. Il faut que les partisans du libre arbitre ne se croient plus ' e monopole de la responsabilité: il faut que les négateurs du libre arbitre ne se croient plus obli-
*• J'ignorais malheureusement le livre de Saleilles (paru ce- Pendant en 1898) lors de la publication de mon premier travail dans le Journal de psychologie ; c'est mon éminent collègue Charmont de la Faculté de droit de Montpellier qui m'a signalé € la tentative de son ami Saleilles, qui a fait un effort semblable pour trouver un terrain d'entente entre les partisans et les adversaires du libre arbitre et aboutit à la même conclusion : identité de la liberté et de la normalité physiologique ». Voilà pourquoi je n'ai cité et utilisé le livre de Saleilles que dans mes Demifous.
gés de nier pour cela la responsabilité. Il faut c les uns et les autres aboutissent aux mêmes i lutions pratiques pour la défense sociale et Féti de la responsabilité des criminels.
« Il ne faut pas, dit-il (p. 17), qu'un mot,
qu'une question d'étiquette ou de drapeau, emj
chent de s'entendre des gens qui poursuivent
même but. Il ne faut pas, par exemple, que c
gens qui croient à la responsabilité et à la liber
et grâce à Dieu, il y en a encore, se considère]
en vertu même de leurs principes, comme ét<
nellement attachés au même rivage, comme s
lennellement immobilisés dans les mêmes rou
nés et qu'ils se refusent à accepter les moye
de défense sociale qu'une école opposée par*
leur offrir. Il y a aujourd'hui, précisément, u:
tendance pour les camps les plus opposés à
rapprocher et à s'entendre sur le terrain des s
lutions pratiques ; et c'est un grand bien et i
résultat qu'il faut favoriser et appuyer de partout.
Prenons d'abord la grosse question de larespoi
sabilité : pendant longtemps c'était celle q
nous divisait le plus. Il semblait que tout bc
déterministe, pour être logique avec lui-mêm
dût nier l'idée de responsabilité ; et il semblera
aujourd'hui qu'il dût, à moins d'inconséquent
de nature à tout ébranler de son point de dépar
accepter tous les postulats de l'école positiviste italienne *. Que d'heureuses inconséquences nous voyons cependant tout autour de nous; et comme 1 on commence enfin à sentir le vide de ces démonstrations tout en syllogismes purs, qui, tant qu'elles restent un jeu de l'esprit, n'ont jamais fait écljec à une idée nouvelle, pas plus qu'elles n'ont réussi à sauver les anciennes!... »
Ce terrain d'entente pratique est tout trouvé : c'est celui de la responsabilité médicale qui n'est fonction que de l'état des neurones psychiques et par suite n'a rien à voir avec le libre arbitre ou le fatalisme philosophique. C'est une idée que Saleilles a encore admirablement développée.
«Notre Code pénal français, dit-il (p. 74), sous ce rapport-là, aboutit à un résultat merveilleux. H suppose le libre arbitre partout, mais il n'en Pa-**le nulle part. Il présume tout adulte responsable de ses actes ; pour faire tomber cette pré- 8(> iXiption, il exige la preuve de la démence ou " Ujiétat pathologique similaire. Le mot de liberté 11 ^st pas prononcé. La preuve à fournir porte *oncsur des questions de diagnostic pathologique, Çui ' n'engagent aucune conviction philosophique