‹ La responsabilité des criminelsChapitre 47 sur 82 · Voir le chapitre VIL · texte numérisé non relu

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choses qui sont grandement intéressantes et dont le grand public n'a pas le droit de se désintéresser.

Supposez qu'on accepte le rapport de Gilbert Ballet (et il est bien vraisemblable qu'on sera tenté de l'accepter, signé d'un nom comme celuilà et approuvé par un grand Congrès d'aliénistes et de neurologistes). Qu'arrivera-t-il ? Les médecins ne s'occupent plus de la responsabilité, de l'irresponsabilité ou de la responsabilité atténuée des accusés ; on ne leur demande même plus de s'en occuper. Et alors? qui va s'en occuper? Les magistrats ? La société que les magistrats représentent et doivent défendre ? Je ne le crois pas et voici pourquoi.

Parmi les sociologues s'établit de plus en plus une doctrine, terriblement dangereuse, d'après laquelle la société n'a à s'occuper des criminels que pour se garantir et se défendre contre eux ; il faut mesurer la peine qu'ils ont encourue à leur nuisance et à leur redoutabilité. On a beau- 1 coup de tendance à faire comme la mère de famille qui punit beaucoup plus sévèrement un enfant qui par inadvertance a cassé un vase du Japon auquel elle tenait beaucoup, qu'un autre enfant qui volontairement, par colère, a cassé un vase de deux sous. Si dans l'application de cette

doctrine le médecin n'est plus là, pour dire : halte-là ! voici un criminel malade dont vous devez vous garantir par d'autres moyens que la prison de tout le monde ; — si le médecin n'est plus là pour attirer l'attention sur la santé psychique de cet inférieur, s'il se récuse, s'il refuse de le dire, qui le dira ? Per sonne * Chacun se dira et répétera : si les médecins sont incompétents pour juger de la responsabilité d'un accusé, moi juré, moi juge, moi législateur ou sociologue je suis encore bien plus incompétent. Effaçons donc ce mot de responsabilité de nos pensées, profitons de ce qu'il n'est pas inscrit dans le Code pour ne pas nous en préoccuper. Ne pensons qu'à nous défendre. Voilà l'essentiel. Le reste est de la chinoiserie inventée autrefois par des morticoles assoiffés de réclames ; Gilbert Ballet et le Congrès de Genève ont très bien mis les choses au point. Quoi de plus vain, de plus conjectural que ces discussions en cour d'assises sur la responsabilité plus ou moins atténuée d'un accusé. Nous avons bien assez à faire en dehors de cela.

Laissons ces questions désagréables de côté et ne nous occupons que de la défense et de la protection de la société, vrai but et seul objectif de l'institution de la magistrature.

Si cela se réalisa it, ne serait-ce pas effroyable

(le mot ne me paraît pas trop gros) pour l'avenir des malades qui sont souvent très dangereux, et que dès lors il vaudrait mieux guillotiner le plus tôt possible, parce que c'est encore là le seul moyen de les rendre définitivement inoffensifs I

Mais, me dira-t-on, vous checchez là une démonstration de votre thèse en la poussant à Pabsurde ; jamais cette horrible hypothèse ne se fera jour ; on ne peut pas défendre des théories pareilles !

Ces théories, on les a proposées et dé fendues , et avec grand talent. Comme la chose est très importante pour la question que j'étudie dans ce livre, je demande la permission de démontrer cette proposition en exposant et en discutant dans le chapitre suivant les idées émises à propos de mes Demi fous par Emile Faguet et par Pierre Baudin, en même temps que je rappellerai les théories de l'école italienne et que j'en rapprocherai les idées inspirées par le Congrès de Genève à Maurice de Fleury et H Remy de Gourmont.

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