‹ La responsabilité des criminelsChapitre 48 sur 82 · École Italienne : Lombroso, Ferri, Garofalo · texte numérisé non relu

École Italienne : Lombroso, Ferri, Garofalo

Les beaux travaux d'anthropologie criminelle des auteurs italiens et de leurs successeurs ont beaucoup servi, soit comme base, soit comme prétexte scientifique, à tous ceux qui veulent englober tous les criminels dans un seul bloc, les considérer tous comme des malades et, par cette voie détournée mais sûre, supprimer complètement la question de responsabilité des criminels.

Comme le dit Saleilles, « cette école italienne, dont les trois représentants les plus célèbres sont Lombroso, Ferri et Garofalo, s'est présentée tout d'abord comme une réaction directe contre la thèse du libre arbitre entendu à la façon classique. On faisait du crime une émanation de la li-

berté. L'école italienne envisage le crime comme un produit naturel, comme la résultante de facteurs purement naturels qui ne laissent plus aucune place pour Tidée de liberté. Pour Lombroso, ces facteurs sont presque purement anthropologiques. Pour Ferri, ils sont plus spécialement sociologiques; mais peu importe. » Dès lors, « du crime commis on n'est pas moralement responsable, puisqu'on ne Ta pas prévu en état de liberté ; on n'en est que socialement responsable, parce qu'on doit compte à la société des dangers et des dommages qu'on a pu lui causer. »

Pour ces auteurs, dit Maurice deFleury,« c'est la fatalité du mal. Pour eux, par conséquent, un criminel n'est responsable que parce qu'il est dangereux ». Et il cite Garofalo : « le droit de punir, c'est simplement cette loi de nature en vertu de laquelle tout organisme, et en particulier l'organisme social, réagit contre ce qui trouble ses conditions d'existence... Jusqu'ici les peines sont graduées d'après une idée fausse de libre arbitre et de responsabilité morale. Il nous faut changer tout cela, nul n'étant libre, nous ne punissons plus en raison du degré de liberté, mais en n'ayant en vue que l'intérêt de la société et en proportionnant la peine à la redoutabilité du criminel. »

Ce n'est pas par son caractère résolument déterministe que cette doctrine nous intéresse ici, puisque nous étudions la responsabilité des criminels en dehors de toute préoccupation de libre arbitre. J'accepte même la doctrine de la « temibilité l > et j'admets que la société a le droit, non de punir, mais de se garantir et de se préserver.

Ce qui m'intéresse ici ce n'est donc pas le fond philosophique des auteurs italiens. Je ne suis ému que quand ils disent (ou quand on leur fait dire) que tous les criminels sont des malades ; que par suite il n'y a plus besoin d'étudier leur responsabilité; que la société doit user d'un droit de défense sans le combiner avec son devoir d'assistance ; qu'il faut appliquer la loi de ternibilité sans la combiner avec la loi d'individualisation de la peine ; qu'il faut revenir aux mœurs anciennes, ne tenir aucun compte de l'individu et ne tenir compte que de l'importance de son méfait...

Voilà les déductions que l'on a, logiquement ou non, en tous cas réellement, déduites des travaux de l'école italienne et ceci nous intéresse ici : car c'est la ruine de la thèse soutenue dans

1. Temibilità des Italiens: puissance de nuire et par suite crainte que le criminel inspire (Saleilles).

tout ce livre. Comme je le disais ailleurs «, « avec cette doctrine l'idée de responsabilité disparait et il n'y a plus besoin d'experts. Un fou ou un demifou peuvent être plus dangereux pour la société qu'un raisonnable ; ils devront subir une peine plus forte * quel que soit leur degré d'irresponsabilité. >

L'école française a vigoureusement réagi contre cette tendance de l'école italienne à ne tenir compte que du crime sans tenir compte du mrninel; à dire que la peine est commandée par le fait, nullement par Y individu.

En réalité, la gloire de Lombroso est d'avoir, le premier, très-fortement et très-heureusement appelé l'attention sur la grave question, trop négligée avant lui, des rapports de la criminalité avec la demifolie. Car, il faut bien le reconnaître et le proclamer, c'est là la question particulière qu'il a étudiée et analysée. Avant lui et de tout temps,

on séparait le criminel- fou des autres criminels, on le déclarait irresponsable et on le traitait dans

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