‹ La responsabilité des criminelsChapitre 55 sur 82 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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2. Gomme je l'ai dit plus haut (p. 207), il va sans dire que je n'ai jamais demandé le traitement obligatoire que pour les demifous criminels et n'ai jamais mérité le reproche que me fait Pierre Baudin, quand il déclare € absurde, odieux, impossible » de vouloir soigner d'office tous ceux qui ont dans la cervelle ou la moelle un tracassier de moyenne taille. Les génies, les grands hommes de lettres ne coucheraient pas souvent chez eux... A quel arbitraire irions-nous si nous donnions aux médecins et même aux magistrats le pouvoir d'agir contre les demifous par mesure préventive. » Je ne crois pas que personne ait jamais demandé cela ; en tous cas, pour ma part, je n'y ai jamais songé. Les génies et les grands hommes de lettres continueront à coucher tranquilles chez eux, tant qu'ils n'auront pas commis de crime. Comme l'objection de

lier ses droits de défense vis-à-vis des criminels avec ses devoirs d'assistance vis-à-vis des malades.

Dans un second article, défendant les mêmes idées, Pierre Baudin dit que, chez les demifous, « la peine est d'abord curative. »

S'il avait écrit « la peine doit être curative », il n'y aurait rien de plus juste ; il faut en effet que le jugement prescrive le traitement du demifou, en même temps que sa punition. C'est ce que je demande à grands cris ; ce sera la conclusion majeure de ce livre.

Mais je ne crois pas (et peu de gens admettent) que la peine, telle qu'on l'applique actuellement (c'est-à-dire comme aux bien portants) soit, comme dit Pierre Baudin, « salutaire »

aux « voleurs d'habitude » ou « aux voleurs des grands magasins ». Cette peine est utile pour la défense de la société ; celle-ci a donc le droit de l'infliger. Mais en les punissant ainsi, la société ne remplit pas son devoir de soigner les criminels qui sont malades.

D'ailleurs Pierre Baudin ne cache pas que cette dernière pensée le touche peu: «nous avons, dit—

Dubief dont j'ai parlé plus haut (p. 206), tout cela prouve que je me suis jusqu'à présent bien mal exprimé et qu'une nouvelle exposition de ma manière de voir n'était pas inutile.

il, un meilleur emploi à faire de notre argent, et de notre philosophie médicale que d'immuniser et d'hospitaliser des détraqués coupables. »

Ceci me paraît une assertion absolument fausse et condamnable. On en arrive alors à dire ce qui a été écrit dans un autre numéro du Journal à propos de Soleilland : « pourquoi dépenser l'argent des contribuables à nourrir des monstres pareils ? Quand un chien est enragé, on le tue.»

Oui, quand un chien est enragé, on le tue, tandis que, quand un homme est enragé, on le soigne, même s'il a déjà mordu et au risque de se faire mordre soi-même. Une des conquêtes les plus positives de la sociologie contemporaine est la proclamation indiscutée du devoir qu'a la sociétéde soigner ses malades; ce devoir est aussi strict vis-à-vis des malades du psychisme que vis-à-vis des accidentés du travail ou des tuberculeux. Et ce devoir ne disparaît pas parce que le malade psychique aura commis un crime ou un délit.

Il est inadmissible qu'on veuille assimiler un malade nocif à un animal nuisible. Pourquoi alors ne pas revenir aux usages des sauvages et des barbares ? Pourquoi ne pas sacrifier tous les vieillards devenus des bouches inutiles et ne pas jeter à l'Eurotas tous les enfants soufire-

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teux'qui ne seront qu'une charge pour la société?

Il m'est donc, encore une fois, impossible de souscrire à cette dernière conclusion de Pierre Baudin : le problème de la responsabilité atténuée « n'oflre aucun intérêt au point de vue de la loi pénale. Il est confiné dans le domaine purement scientifique. Il intéresse les médecins et les psychologues. Il doit laisser indifiérents les juristes et les magistrats ».

Je persiste à croire qu'au contraire il n'y a pas de question qui s'impose avec plus de nécessité et d'urgence à l'attention des juristes, des magistrats, des sociologues, de tout le monde \

Les critiques d'Emile Faguet et de Pierre Baudin, dont je viens de parler, sont antérieures au Congrès de Genève et ont été publiées à propos de mes Demi fous et demiresponsables. Les mêmes idées ont été reprises, depuis le Congrès de Genève, notamment par Maurice de Fleury et par Remy de Gourmont.

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