‹ La responsabilité des criminelsChapitre 56 sur 82 · Maurice de Fleury (Horace Bianchon · texte numérisé non relu

Maurice de Fleury (Horace Bianchon

Dans un premier article à propos de Soleilland, Horace Bianchon parle de la critique d'Emile Faguet exposée plus haut (p. 202), et djt que dans cette critique il « met en pièces cette conception qui veut que la peine soit dosée d'après le degré apparent de santé ou de maladie du criminel au moment où il comparaît ». Horace Bianchon veut bien que Soleilland soit « soumis à l'examen des médecins légistes 2 ». Mais, « quel que soit leur diagnostic, continue-t-il, il ne paraît pas devoir influer grandement sur les décisions du jury, lequel a,pour unique tâche, de préserver la société et de faire bien voir aux dégénérés de l'avenir que le fait de se laisser aller à ses impulsions ne va pas sans quelques inconvénients sérieux. »

Dans son article sur la discussion de Genève,

1. Horace Bianchon. L'état mental de Soleilland. Le Figaro, 26 février 1907 ; Au Congrès des neurologistes. L'expertise médicolégaieet la question de responsabilité. Ibidem,2b août 1907; et ma réponse. Ibidem, 3 septembre 1907.

2. En fait, il Ta été et Dupré a déclaré qu'il était entièrement responsable. Les aliénistes ne voient donc pas, de parti pris, des fous ou des demifous partout. Si Dupré avait conclu à l'irresponsabilité, Horace Bianchon, juré, aurait-il, sans hésitation et sans remords, condamné le même Soleilland à mort ? Je ne le crois pas.

après avoir très aimablement et très impartialement exposé les deux thèses qui ont été en présence, Maurice de Fleury adopte celle de Gilbert Ballet et continue à ne vouloir toujours pas séparer et distinguer la responsabilité morale et la responsabilité physiologique ou au sens médical.

Tous ceux, dit-il, qui parlent de responsabilité ou d'irresponsabilité pour un criminel, « croient au libre arbitre, comme l'immense majorité des hommes. M. Grasset y croit aussi l et, ce qu'il veut nous enseigner, c'est qu'il y a des maladies du libre arbitre. C'est là précisément la faiblesse de sa doctrine. Tout ce que nous savons nous porte à croire qu'il n'y a pas de libre arbitre,... que les criminels sont tous également irresponsables de la façon la plus totale. »

Gomme j'ai essayé de le répandre déjà, cette objection tombe devant la définition donnée plus haut de la responsabilité médicale ou du sens médical à donner au mot responsabilité. En se plaçant au point de vue du déterministe le plus convaincu, dans la détermination de l'homme il y a des éléments psychiques ; donc, dans la bataille prévolitive qui précède le crime, la nor-

1. Comparer ce que m'a écrit Maurice de Fleury et que j'ai cité déjà (p. 75).

malité ou la maladie des neurones psychiques est un élément dont il faut tenir compte et pour cela l'intervention du médecin est indispensable. Où sont les maladies du libre arbitre dans cette conception de la responsabilité médicale ?

. Avec beaucoup de modération dans la formp et une gracieuseté de style qui masquent la cruauté de l'idée, Horace Bianchon expose des idées

qui se rapprochent beaucoup de celles d'Emile Faguet et de Pierre Baudin.

Leur santé psychique peut, dit-il, rendre les inculpés plus ou moins « sympathiques » ou « antipathiques » ; rien de plus. Et il ajoute : « on a certainement eu tort d'écarteler Damiens, fou notoire, qui voulut poignarder Louis XV ; mais, en supprimant la torture, nous avons fait l'essentiel et tout en moi ne se révolte pas à la pensée qu'on pourrait éliminer, par un procédé très-rapide, et point trop hideux, si possible, un aliéné très dangereux. »

Je crois que tout ce que j'ai dit plus haut pour répondre à Emile Faguet et à Pierre Baudin s'applique ici. L'exercice du droit de défense contre les aliénés criminels ne supprime jamais le devoir, pour la société, de les assister et de les traiter autrement que des animaux malfaisants.

Dans ce même article, Horace Bianchon, rappelle l'histoire très curieuse d'un Albert D... 4 qu'il a précisément observé avec Gilbert Ballet et qui est vraiment le type du demifou demiresponsable. En parlant de cet hystérique ambulatoire qui avait déserté, « mû par une de ces impulsions irrésistibles dont il est encore aujourd'hui coutumier >, il dit:* évidemment entre cet Albert D... et tel autre déserteur, mauvais drôle hervéiste, il y a une différence. » S'il y a une différence entre ces deux déserteurs, il ne faut pas se préserver d'eux par les mêmes procédés ; il y en a un qu'il faut soigner, tandis que l'autre n'a droit qu'à la prison. Et alors, qui reconnaîtra, précisera et indiquera au juge cette différence, sinon le médecin ? Au'nom de quel principe le médecin pourra-t-il être consulté si on en revient, suivant le vœu de Genève, à l'observation de la lettre de l'article 64 ?

1. Voir Mauricb de Fleury. Introduction k la médecine de Vesprit. Bibliothèque de philosophie contemporaine, chapitre II, p. 80.

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