‹ La Responsabilité des HôteliersChapitre 2 sur 104 · EE MES · texte numérisé non relu

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augmenter les bonnes au détriment des autres et de les aider à se reproduire : alors on défricha, on laboura, on ensemença, on récolta, suivant des méthodes que l’expérience perfectionna peu à peu : c’est ainsi que naquit l’agriculture. Ce mode d'utilisation du sol, bien supérieur en rendement par uuité de terrain au système pastoral, se répandit de plus en plus, au fur et à mesure que les hommes se multiplièrent. Une même étendue de territoire, en effet, nourrit plus d'hommes, exploitée suivant le système agricole qu'exploitée suivant le système pastoral. La tribu s’attacha ainsi à une portion déterminée du sol, plus restreinte qu'autrefois, mais à laquelle le lien du travail l’attacha plus étroitement. Cette appropriation du sol par l'occupation et par le travail engendra le droit de propriété; propriété d'abord collective pour toute une tribu, puis collective dans chaque famille, et enfin purement individuelle.

En même temps que les tribus se fixaient définitivement sur le sol et cessaient de mener la vie errante, les voyageurs isolés se multiplièrent : on voyagea plus souvent, on alla plus loin, on connut de mieux en mieux les peuples éloignés, et les relations commerciales à grandes distances commencèrent à entrer en usage.

L'’hospitalité se développa de plus en plus; il aurait pu se faire que, le nombre des voyageurs que chaque localité était forcée de loger et de nourrir augmentant sans cesse, le zèle hospitalier et la bienveillance pour l’étranger vint à diminuer ou à disparaitre. Mais il n’en fut rien, car, à l’idée religieuse primitive de l'hospitalité, vint s'ajouter une raison purement pratique : chacun avait intérêt à bien accueillir et bien traiter l'étranger, habitant d’une localité où lui-même serait sans doute appelé à voyager un jour ou l’autre.

Les Romains, hommes au caractère dur, égoiste et intéressé, comprirent vite l'utilité de cette réciprocité, Dans les premiers temps, le Romain, imbu de sa supériorité, se sentant fort dans une Rome petite, mais forte, voyage peu; et loin de bien accueillir l'étranger dans un but de réciprocité, le système primitif du droit romain le

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traite avec la dernière rigueur : cet étranger n'a aucun droit, le premier citoyen romain venu peut le tuer, le prendre comme esclave; l'étranger ne peut faire aucun acte juridique, il est hors la loi. Rome ne tarda pas à comprendre qu'il convenait, pour le développement de son commerce et pour sa grandeur même, d'attirer à elle les commerçants et les notables des autres villes de l'Italie et des pays voisins; mais pour cela il fallait leur accorder une protection : ce fut le but du premier système de l'hospitalité romaine. L’étranger arrivant à Rome se plaçait sous la protection d'un citoyen romain : il avait ainsi l'avantage d'obtenir une existence juridique, bien minime d’abord, mais qui ne fit qu'augmenter au cours des siècles; le citoyen romain, lui, trouvait en cette fonction de protecteur une nouvelle occasion de manifester son orgueil aux yeux de ses concitoyens.

Cependant, Rome s’agrandissant sans cesse de nouveaux territoires, le citoyen romain commença à devenir lui-même voyageur. Dès lors, l’idée de réciprocité dans l'hospitalité fut pour lui une nouvelle raison de bien accueillir l'étranger. Poussé, d'une part, par son caractère à ne rien donner sans être sûr d’en recevoir plus tard l'équivalent, et obéissant d'autre part à ses vieilles habitudes de formalisme, le Romain prit l'habitude de conclure avec l'étranger une convention réciproque d'hospitalité par laquelle l’un et l’autre s’assuraicnt le vivre, le coucher et la protection juridique; pour plus de sûreté, on revêtait généralement ces conventions des formes solennelles, qui les transformaient en contrats et les rendaient inviolables.

Ces contrats d'hospitalité, faisant partie du patrimoine du père de famille, passaient héréditairement aux héritiers à la mort de ce père de famille. D'ailleurs, suivant les règles générales des contrats, l'hospitalité constituée sous la forme d’un contrat pouvait être rompue par le mode correspondant de rupture de ce même contrat.

Dès les premiers temps de l’histoire romaine, des conventions d’hospitalité furent formées, soit entre un citoyen romain et toute une cité étrangère, soit entre

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Rome et une nation étrangère. Mais dans ces conventions, le caractère de l'hospitalité est déformé : il n’en subsiste qu’une partie, et une partie propre aux institutions romaines, la protection juridique. Le vivre et le coucher, qui sont en somme le but de l’hospitalité proprement dite, devaient alors être assurés par des conventions d’'individu à individu, ou bien au moyen des établissements dont il va être question plus loin.

Primitivement, chaque homme pourvoyait lui-même à sa subsistance par ses propres moyens, et accomplissait les différents travaux nécessaires, travaux qui sont aujourd'hui l’objet de métiers tout à fait distincts : la division du travail n’était pas encore inventée. Dans ces conditions, la civilisation serait restée stationnaire et n'eût jamais progressé : chaque homme, devant apprendre tous les métiers, ne pouvait exercer chacun d'eux que d’une façon fort imparfaite, et les progrès de chaque industrie auraient été à peu près nuls.

Mais, dès une époque très ancienne, la division du travail s’est établie. Ce fut d’abord la division entre les travaux pénibles et de force, dévolus aux hommes, et les travaux faciles et délicats, dévolus aux femmes. L’histoire et les légendes nous montrent que, dans le système de la vie pastorale, les hommes s’occupaient surtout de la garde et de la conduite des troupeaux, de l'abattage et du dépeçage des animaux, du transport et de la construction des tentes, tandis qu’aux femmes étaient réservées la traite et le soin des laitages, la préparation des aliments, la confection des vêtements et la garde des enfants.

Dans la vie agricole et sédentaire, la division du travail ne fit que s’accentuer au cours des siècles; dans chaque tribu, plus tard dans chaque famille, certains membres ne s’occupèrent plus que du labourage et des travaux des champs, tandis que d’autres membres se spécialisaient dans certains travaux, confection des vêtements, préparation du pain, travaux de boucherie, réparation des outils, construction et entretien de la maison et des étables, etc.

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Mais, tandis que la division du travail n’alla jamais beaucoup plus loin dans les exploitations rurales, fermes isolées, éloignées plus ou moins les unes des autres, et obligées par cela même de se suffire à elles-mêmes, dans les agglomérations urbaines, au contraire, elle augmenta de jour en jour. En raison de l'invention et du perfectionnement de la monnaie, surtout depuis l’époque où la monnaie, tarée légalement, put être comptée, les échanges devinrent possibles et faciles : dès lors chacun put se spécialiser dans une branche de plus en plus distincte d'industrie, puisqu'il était sûr de pouvoir échanger d’abord ses propres produits contre de la monnaie, et ensuite cette monnaie contre les autres produits nécessaires à sa subsistance et fabriqués par d’autres spécialistes.

Au nombre des industries qui se spécialisèrent ainsi, il faut compter l’industrie hôtelière. Dans les campagnes, dans les villages isolés, il n’y eut pas, dans l'antiquité, d'établissements installés pour héberger les voyageurs : on continua le système de l'hospitalité pour les rares voyageurs qui venaient à y passer. C’est d’ailleurs le système encore appliqué de nos jours dans certains villages perdus des Alpes, où, disent les guides, « il n’y a pas d’auberce; on peut loger chez le curé ». Mais dans les villes, certains individus se spécialisèrent dans le métier d'hospitaliser les étrangers contre de l'argent, de leur vendre le droit de coucher ou de vivre dans leur établissement, dans leur hôtellerie. Ces hôtelleries se répandirent au fur et à mesure que l’on voyagea plus et leur nombre s’accrut dans les localités très fréquentées. Les hôtelleries antiques, dont les traces primitives se retrouvent chez les peuples d'Orient, étaient alors ce que sont encore maintenant les caravansérails orientaux. Une vaste cour entourée de bâtiments comprenant quelques chambres au premier étage et au rez-dechaussée de vastes hangars pour les animaux.

À mesure que là domination romaine s’étendit, à l'Italie, puis à tous les pays méditerranéens; la nécessité de communications faciles et relativement rapides se fit

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