DES
cèrent donc de l’affaiblir en en diminuant l'effectif des trois quarts et en la recrutant parmi les plus basses classes de la société. Quant aux hautes classes d'élite, qui, autrefois sous la république, faisaient l'honneur, la force et la gloire de l’armée, elles se laissaient vivre dans la mollesse et dans le luxe.
Tandis que leur activité s’engourdissait ainsi dans cette atmosphère de tranquillité, de paresse et de volupté, de gros nuages s’amoncelaient sur les frontières de l'empire, hordes conquérantes, peuples les uns encore rustiques, les autres à demi sauvages, qui, venus de l'Asie, se répandaient dans toutes les plaines du Nord- Est de Europe et s’y préparaient depuis des années au combat contre l'empire romain dont ils convoitaient la richesse. Quand l'orage éclata, à la fin du quatrième siècle, que la tempête lança ses innombrables flots humains contre Rome, l’armée romaine, si affaiblie, fut impuissante et vaincue, et, en quelques années, cet immense empire, jadis si fort, fut ravagé, morcelé et partagé entre les conquérants.
Toute cette belle civilisation sombra et fut engloutie par la barbarie; le monde perdit en quelques années tous les progrès de civilisation qu'il avait mis plusieurs siècles à acquérir. L'administration romaine fut anéantic, et avec elle disparurent toutes ses créations : c'est ainsi que les voies romaines abandonnées tombèrent en ruine et devinrent impraticables en maint endroit de leur parcours. En même temps, les voyageurs se firent beaucoup plus rares dans toute cette période de guerres et de conquêtes qui suivit la chute de Rome. Durant plusieurs siècles, ces peuplades travaillèrent uniquement à se constituer en nations, à s'établir et à se fixer sur les territoires conquis. Les mœurs si raffinées de la Rome du bas-empire firent place aux mœurs de ces barbares, mœurs rudes et primitives. Leurs besoins économiques étaient très faibles, le commerce et l’industrie devinrent à peu près nuls : on ne voyagea plus pour les besoins du commerce.
Voyageurs, routes, administration, tout ayant disparu,