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les hôtelleries du monde romain disparurent également: D'ailleurs les Germains n'en appréciaient pas l'utilité; leur civilisation était en retard de plusieurs siècles sur celle de Rome; ils en étaient encore à la phase de l’hospitalité individuelle accordée par chaque habitant à tout voyageur. Quand un peuple en a vaincu un autre, s’est installé sur son territoire et que ces deux peuples se fondent en une seule nation, ce n’est pas la civilisation du vainqueur qui l'emporte sur l’autre, mais bien la civilisation la plus avancée et la plus raffinée, même si c'est celle du vaincu; c’est ainsi que dans la fusion du peuple gallo-romain, avec leurs vainqueurs Wisigoths, Burgondes et Francs, ce fut finalement la civilisation gallo-romaine qui l’emporta. Toutefois, à ce principe général, il y eut de nombreuses exceptions et l’une des principales fut l'institution de l'hospitalité. L'’hospitalité payante des hôtelleries romaines disparut et fit place à la vieille hospitalité individuelle et gratuite, et cela, pour les raisons indiquées plus haut.
Les peuples habitant la Gaule codifièrent, suivant la pratique perfectionnée des Romains, leurs propres coutumes, jusqu'alors purement traditionnelles; c’est ainsi qu’on peut lire dans l’un de ces codes, la Loi des Burgondes : « Si quelqu'un a refusé le couvert ou le foyer à un voyageur, qu'il soit frappé d'une amende de trois sous. » De même la Loi des Wisigoths permettait au voyageur d'allumer du feu, de faire paitre son cheval et de couper des branches. Ces dispositions n'avaient force de loi qu'entre Germains, ou entre Germains et Gallo- Romains, en vertu du principe de la personnalité des lois en vigueur pendant plusieurs siècles : aux contestations entre Gallo-Romains s’appliquaient les lois romaines; mais le droit romain, en son dernier état, ne réglementant que les hôtelleries, et celles-ci ayant disparu, ce sont encore les dispositions des lois barbares sur l'hospitalité que l’on se trouvait forcé d'appliquer aux Gallo- Romains. |
Ce système d’hospitalité suffit aux rares voyageurs de l'époque mérovingienne; mais à la fin du huitième
siècle, les voyages devinrent plus fréquents; Charlemagne a réalisé une unité territoriale immense; les champs de bataille, reportés aux frontières lointaines de l'empire, laissent au centre un vaste territoire pacifié où le voyage est possible. D'ailleurs, l’organisation politique rend les voyages fréquents et nécessaires : « Deux fois chaque année, dit Victor Duruy, l’Assemblée nationale se réunissait autour de l’empereur. Les évêques, les leudes, les hommes libres, les agents impériaux s'y rendaient de toutes les extrémités de l'empire, et venaient instruire l’empereur de ce qui se passait dans leurs provinces... Des missi dominici, ou envoyés impériaux, parcouraient quatre fois l’an les districts soumis à leur surveillance. » Charlemagne fut ainsi amené à s’occuper de perfectionner l'hébergement des voyageurs. À cette époque de foi vive, on ne pouvait concevoir un voyageur qui ne soit pas « l’envoyé de Dieu », ni une hospitalité qui ne soit pas gratuite; aussi est-ce par la création de refuges gratuits que Charlemagne cherche à améliorer le sort des voyageurs. Dans un Capitulaire de 789, il déclare : « Il nous parait convenable que les étrangers et les pauvres trouvent dans les divers lieux des asiles où réguliérement on leur donne l'hospitalité. En effet, le Seigneur dira au grand jour de la rémunération générale : « J'étais étranger,et vous m'avez accueilli. » Quelques années plus tard, en 802, Charlemagne, dans un autre Capitulaire, prend une mesure plus rigoureuse et plus efficace : il ordonne à tous ses sujets, riches ou pauvres, d'accorder au voyageur au moins le couvert, le feu et l’eau, et il les exhorte à lui donner aussi tout ce qui lui serait nécessaire, car Dieu récompense ceux qui pratiquent l'hospitalité.
Sous les successeurs de Charlemagne, l'empire se démembra; la souveraineté du sol se divisa à l'infini et, se joignant au droit de propriété, constitua une infinité de petites portions de territoire, véritables états minuscules, gouvernés chacun par un seigneur. À cette époque, chacun vivait pour soi, il n’y avait ni commerce ni industrie; des guerres presque perpétuelles avaient
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lieu de château à château, de seigneur à seigneur, aussi les voyages étaient-ils très difficiles et les voyageurs peu nombreux.
Mais cet état d’anarchie ne pouvait durer. Les seigneurs les plus faibles cherchèrent un appui auprès de seigneurs plus puissants pour arrêter les incursions pillardes de certains autres seigneurs. Ainsi naquit le système féodal : un contrat intervenait entre un seigneur faible, appelé vassal, et un seigneur plus puissant appelé seigneur de fief, par lequel le vassal devait à son seigneur de fief un hommage solennel, c'est-à-dire l’assister à la guerre, se soumettre à sa justice et l'aider de ses conseils; de son côté, le seigneur dé fief devait à son vassal fidélité, justice et protection. Le seigneur de fief, à son tour, devint le vassal d’un seigneur de fief plus puissant que lui. Il se forma ainsi en de longues années une hiérarchie féodale complète dont les échelons descendaient du roi de France ou de l’un de ses principaux adversaires jusqu'aux plus petits seigneurs.
Le lien féodal se formant entre deux seigneurs obligeait chacun d'eux au voyage : le vassal devait venir fréquemment au château de son seigneur de fief et celui-ci, de son côté, visitait et contrôlait les domaines de ses vassaux. Ces déplacements et ces voyages ne firent qu'augmenter en nombre et en distance au fur et à mesure que le lien féodal se formait entre seigneurs de plus en plus puissants et ayant sous leur dépendance des territoires de plus en plus grands. De plus, les chevaliers et les écuyers attachés à chaque seigneur allaient constamment de château à château porter des ordres ou de simples informations. La noblesse voyagea donc beaucoup au moyen âge; quant aux classes inférieures de la société, roturiers et serfs, leurs déplacements étaient beaucoup plus rares; les serfs de corps et de poursuite ne pouvaient jamais quitter le territoire de leur seigneur, et les autres serfs et les roturiers n'avaient ni le temps ni l’argent pour des voyages d'agrément; le service de guerre leur laissait à peine le temps de travailler la terre ou d'exercer leur métier. Le voyage
d'affaires leur était inconnu, le commerce interurbain n’existant pas. Les seuls rares voyageurs roturiers ou serfs que l’on voyait sur les chemins étaient presque tous des pèlerins se rendant à des lieux célèbres de dévotion. Ii ne faut pas non plus oublier de citer ces voyageurs perpétuels du moyen âge, les troubadours et les jongleurs, qui allaient et venaient, colportant dans leurs « chansons » les légendes et les nouvelles à travers les châteaux et les campagnes.
Où donc ces voyageurs nobles ou humbles trouvaientils au cours de leurs voyages le gite d'étape, le vivre et le coucher?
C'était d'abord dans les châteaux. L’hospitalité y était presque toujours accordée d’une façon cordiale et gratuite au voyageur qui demandait asile. Le pauvre trouvait toujours, dans les vastes dépendances du château, un abri contre les intempéries. Le noble était traité d'égal à égal par le seigneur, il s’asseyait à son foyer, mangeait à sa table et récompensait son hôte en lui faisant de ces longs récits de guerre et d'aventures dont on apprécie bien la valeur en songeant à ce que devait être monotone la vie dans un pays sans journaux et sans poste, et où, d'ailleurs, la plupart des nobles, ne sachant ni lire ni écrire, devaient trouver un peu longues les sombres veillées d'hiver.
Les personnes qui aimaient exercer l'hospitalité et accueillir les voyageurs avaient, au moyen âge, la coutume de mettre, en haut de leurs maisons, un heaume ou un casque pour se faire connaitre des passants. « Je me souviens, disait Sainte-Palaye au dix-huitième siècle, d’avoir vu, sur des toits de maisons, des heaumes de terre ou de fer blanc, qui étaient des restes de heaumes placés autrefois au haut des maisons pour inviter les passants à entrer. »
Le voyageur trouvait également l'hospitalité dans les monastères; les règles des religieux les obligeait, au nom de la charité chrétienne, à loger et à nourrir les voyageurs, Dans chaque couvent se trouvait un bâtiment plus ou moins vaste affecté à l'hébergement gratuit des