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la fin du dixième siècle par saint Bernard de Menthon et servit depuis cette époque à un nombre incalculable de voyageurs. Actuellement encore, l'hospice, propriété de l'Italie, est desservi par l’ordre militaire et religieux des saints Maurice et Lazare : tous les voyageurs qui passent le col, 15,000 par an, reçoivent, à l’hospice, une hospitalité gratuite.
Ce fut également saint Bernard de Menthon qui fonda, en l’an 1000, l’hospice du Grand-Saint-Bernard, à 2472 métres d'altitude, sur ce chemin du Nord en Italie déjà très fréquenté du temps des Celtes et des Romains et rendu plus tard célèbre par le passage des armées françaises. Au Grand-Saint-Bernard, comme au Petit, les religieux offrent encore maintenant une hospitalité cordiale et gratuite, aux 19,000 voyageurs qui passent le col chaque année.
Enfin, au moyen âge, à côté de l'hospitalité des châteaux et des couvents, qui s’exerçait surtout dans les campagnes, une hospitalité commerciale et payante ne tarda pas à renaître dans les villes.
Durant tout le moyen âge et cette période de notre histoire que l’on nomme l’ancien régime, on peut observer une transformation insensible mais complète de l'hospitalité. L'hospitalité gratuite des châteaux diminua, puis disparut; l’hospitalité payante des hôtelleries naquit, s’accrut et occupa la première place.
Au fur et à mesure que le système féodal s’affaiblit et que la royauté s’aggerandit et se fortifia, la vie de château devint de plus en plus en défaveur pour aboutir, sous Louis XIV et ses successeurs, à un abandon complet des châteaux et à la concentration de tous les seigneurs à la cour du roi. Il en advint tout naturellement que l’administration des châteaux fut de plus en plus abandonnée à des intendants, gens la plupart du temps fort rapaces et ne tenant nullement à laisser diminuer les revenus de leurs seigneurs et par suite leurs propres bénéfices, pour le seul plaisir d'exercer la vertu d’hospitalité. Les portes des châteaux se fermèrent donc peu à peu aux voyageurs, tant par les raisons indiquées ci-dessus, que pour celles
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qui agirent déjà dans l'antiquité : les progrès de la civilisation amenant la spécialisation des industries, l'accroissement considérable du nombre des voyageurs, et l’affaiblissement des sentiments religieux au cours du dix-huitième siècle, chez une notable partie de la haute société.
Les derniers vestiges de l'hospitalité seigneuriales disparurent pendant la Révolution de 1789, par suite du guillotinage ou de l'émigration de ceux qui l’exerçaient. C'est également sous la tourmente révolutionnaire que disparut, en France, l'hospitalité religieuse exercée par les ordres monastiques dans les hospices et refuges dépendant de leurs couvents.
L'hospitalité commerciale et payante, après une éclipse de plusieurs siècles en Occident, renaquit au moyen âge dans les « hostelleries », Ce furent d’abord d'immondes bouges situés dans les villes, établissements mal fames, où l’on pouvait entrer, mais d'où on ne sortait pas toujours : il arrivait si souvent à des voyageurs riches de disparaître ou de « trépasser de maladie » {?) dans ces hôtelleries qu’une ordonnance royale défendit aux hôteliers de s'approprier les effets des voyageurs morts dans leur hôtellerie.
Cette situation s’améliora peu à peu au cours des siècles et des hôteileries convenables et sûres offrirent un asile aux voyageurs. Généralement placées près des portes des villes donnant sur les grands chemins, les hôtelleries portaient une enseigne. Celle-ci consistait la plupart du temps en un nom de saint, saint Julien principalement. Les princes et les seigneurs qui s'étaient bien trouvés dans l'hôtellerie, donnaient à l'hôtelier la . permission de suspendre leurs armoiries à leur porte; ce vieil usage se retrouve encore dans l'habitude moderne des hôteliers qui ont eu l'honneur d’héberger une tête couronnée et qui inscrivent sous le nom de leur hôtel, « Ancienne résidence de Sa Majesté, etc... » L’hôtelier ou l'un de ses valets se tenait devant la porte pour inviter les voyageurs à entrer et criaient les prix des chambres et de la nourriture : c'était le commencement du pistage
qui sévit actuellement en certaines villes d'eaux. Les hôteliers furent obligés par une ordonnance royale d'afficher leurs prix « pour empêcher leurs vols et leur rapacité ». C'est là une mesure que les voyageurs actuels ne cessent de réclamer aux hôteliers, pour le plus grand bien d’ailleurs des deux parties. Sur les petites hôlelleries, une affiche portait : Dinée du voyageur à pied, 6 sols; couchée du voyageur à pied, 8 sols; dans les grandes hôtelleries, on logeait les voyageurs avec chevaux et voitures : Dinée du voyageur à cheval, 12 sols; couchée du voyageur à cheval, 20 sols.
Jusqu'au seizième siècle les voyageurs n’eurent à leur disposition que des moyens de transport individuels, la marche à pied, le cheval, l’âne, et la voiture particulière. Mais à la fin du seizième siècle, il se produisit un événement d’une portée considérable : la création des premiers services publics de transports en commun. Des voitures effectuaient le trajet entre deux localités à des jours et heures réguliers ; les places étaient mises à la disposition des personnes ayant à se rendre de l’une à l’autre de ces localités, moyennant rémunération pécuniaire du service rendu. Le premier service de voitures publiques fut autorisé par privilège du roi Henri III, le 10 octobre 1575. Des services relièrent bientôt Paris avec Rouen, Amiens, Beauvais, Troyes et Orléans.
Mais ces services furent, pendant de longues années, très rares et très irréguliers en raison du mauvais état des routes. Ce n’est, en effet, qu’en 1703 que l’on commença à construire ces magnifiques routes nationales qui sillonnent Ja France en tous sens. Les divers services de voitures publiques se développèrent avec la création et l'amélioration des routes.
En 1775, Turgot organisa, sous la direction de l'Etat, l'entreprise des Messageries royales, dont les voitures, les turgotines, reliaient entre elles toutes les grandes villes à une allure qui nous paraitrait actuellement dérisoire. En l’an VI, une loi déclara la liberté de l’industrie des messageries. Aussitôt de nombreuses entreprises se fondérent, qui firent concurrence aux Messageries
royales, en offrant aux voyageurs une vitesse plus grande. Cette lutte de vitesse amena un si grand nombre d'accidents qu'un décret intervint, le 20 mars 1805; il édicta sur les services de diligences des prescriptions telles que presque toutes les entreprises furent forcées de disparaître et la puissante compagnie des Messageries royales, transformée en Messageries impériales, réacquit en fait le monopole qu’elle avait perdu en droit. Quelques années plus tard, en 1826, une autre compagnie, les Messageries générales, vint par sa concurrence améliorer les services existants, en augmentant la vitesse et le confort, et créer de nouveaux services, de plus en plus nombreux.
Le premier souci du voyageur fatigué, débarquant de la diligence soit à son arrivée à destination, soit au milieu de son parcours pour se reposer, était naturellement de trouver un repas et un lit. Aussi dans les grandes villes de nombreuses hôtelleries se fondèrentelles autour des bureaux des diligences; dans les petites localités c'était la cour même de la principale hôtellerie qui servait de lieu de départ et d'arrivée à la diligence.
On conçoit aisément que le développement lent et progressif des hôtelleries se soit trouvé étroitement lié au développement également lent et progressif de l’industrie des diligences. On peut donc voir, depuis la fin du moyen âge jusqu’au premiers tiers du dix-neuvième siècle, un groupe de trois institutions économiques, routes, voitures publiques, hôtelleries, se développer et progresser concurremment et tendre toutes trois vers un même but : faciliter les voyages et par suite multiplier les voyageurs. Les hôtelleries du moyen âge se perfectionnèrent surtout dans les grandes villes, où les voyageurs étaient les plus nombreux : elles y prirent le nom d'hôtels. Dans les villages, les hôtelleries restèrent toujours plus primitives, on les appela auberges pour les distinguer des établissements des grandes villes, et le mot hôtellerie tomba peu à peu en désuétude.
Telle était la situation de l’industrie hôtelière au pre-
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miers tiers du dix-neuvième siècle, au moment où allait se produire une révolution dans les moyens de transport, un événement économique qui, avec la découverte de l'Amérique constitue les deux «inventions » économiques, les plus considérables que le monde ait jamais connues : la création des chemins de fer.
En 1898 fut ouverte la première voie ferrée de France entre Saint-Etienne et Andrézieux; la traction était effectuée par des chevaux. Quant au premier chemin de fer à traction par locomotives, destiné à la fois aux voyageurs et aux marchandises, ce fut en France le chemin de fer de Saint-Etienne à Lyon, ouvert en 1832. En quelques années la France fut sillonnée du nord au sud, de l'est à l’ouest, de ces grandes lignes, tracées dans le sens des grands courants commerciaux, véritables fleuves d'acier, dont toutes les lignes secondaires postérieures ne pouvaient être que des affluents, artères maîtresses du réseau français, qui furent, sont et seront toujours les plus prospères et les plus riches.
Des lors, le nombre des voyageurs s’accrut dans des proportions extraordinaires; un demi-siècle de chemins de fer développa infiniment plus le goût et l'habitude de voyager que dix siècles de voÿages à pied, à cheval, ou en voiture. Il n'est plus de commerçant qui n'ait ses commis-voyageurs parcourant chaque année des milliers de kilomètres, et qui n’aille lui-même traiter sur place ses affaires importantes, souvent à plusieurs centaines de kilometres. Il n’est plus de malade, même imaginaire, qui n’aille faire sa saison d'eaux à l'autre bout de la France. Il n’est plus de famille, même de la petite bourgeoisie, qui n’aille au grand complet passer ses vacances dans les montagnes ou à la mer, à des prix invraisemblables de bon marché.
À cet accroissement des voyageurs, devait correspondre l'accroissement du nombre et de la capacité des hôtels. C’est ce qui eut lieu en effet : de nombreux et vastes hôtels furent construits dans les villes commerçantes, dans les villes d'eaux célèbres, sur quelques plages fréquentées et surtout sur la belle Côte d'Azur où
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se trouve ia plus grande agglomération d'hôtels de villégiature du monde entier.
Mais, au fur et à mesure que le chemin de fer étendait
- ses lignes secondaires en ramifications de plus en plus nombreuses, le nombre des services de voitures publiques à grandes distance diminua progressivement pour disparaitre complètement, à l'exception des services de cars alpins sur les routes les plus pittoresques des Alpes. Cette disparition fut la ruine de ces grandes auberges des petites villes, des bourgs et des villages, où la diligence Ss’arrêtait pour les repas ou pour la nuit. Pendant des années ces auberges parurent mortes, la grande cour et les vastes écuries étaient désertes, les chambres n'étaient plus occupées que par quelques rouliers ou quelques commis-voyageurs de troisième ordre. Toutefois, depuis une quinzaine d'années, la bicyclette et l'automobile ont repeuplé les grandes routes. Les aubergistes établis dans les villages, loin du chemin de fer, ont retrouvé les beaux jours d'antan; et quand, les dimanches de la belle saison, leurs salles et leurs jardins sont remplis de longues tables de cyclistes affamés, leurs chambres d’automobilistes étourdis et fatigués, et leurs remises de nombreuses « 24 chevaux », ils pensent aux récits dont leurs grands-pères ont bercé leur enfance, récits d’auberges toujours pleines, de riches voyageurs payant largement, de fortunes faites en quelques années, toutes choses que leurs pères et euxmêmes enfants avaient cru disparues pour toujours.
Si, dans la seconde moitié du siècle dernier, les hôtels se sont considérablement accrus en nombre et en grandeur, ils étaient restés, en hygiène, en propreté ét en confortable, exactement ce qu'ils étaient un siècle aupavant. Dans les plus « belles » chambres, les plus antihygieniques, d'épais rideaux d'étoffe sombre et pous- ‘siéreuse obscurcissaient les fenêtres jamais ouvertes; des rideaux analogues garnissaient la baie de l’étroite alcôve, dans laquelle se moulait exactement un lit de bois vermoulu, que l’on ne pouvait tirer et que l’on faisait au bâton; les draps étaient généralement propres, mais