Farg, VI, 42-43,11, pp
considération; il ne saurait être question : ni de sanctions d’outre-iombe, de peines, de pénitences expiatoires, de Patet pour les choses inanimées, pour les hommes qui ont violé passivement un interdit, ni d’une simple purification rituelle pour les auteurs de violations intentionnelles. Comment pourrait-il en être autrement dans un système religieux qui tient à si haut prix la piété spirituelle, la pureté de l'esprit, la connaissance de la vérité révélée et sa profession et qui,en un sens, attache moins d'importance, pour le salut de l'âme, au culte qu'à l’activité morale? Il n’en reste pas moins que le péché consiste essentiellement dans un contact matériel et la pureté, — le plus grand bien après la naissance, — dans la stricte observation des interdits qui - séparent les choses pures des choses impures. La pureté que nous appelons morale est inséparable de la pureté rituelle :
elle en procède. L'incrimination particulièrement grave de la
transgresssion volontaire des interdits est greffée sur l’incrimination du contact : la volonté, l’action ajoutent à l'intensité du sacrilège, mais ne le constituent pas. Les sanctions, les moyens de purification et les conséquence spontanées de limpureté, qui nous paraissent, à nous, si hétérogènes, se présentent, dans l’Avesta, presque sur un même plan : la peine capitale, sur le caractère de laquelle nous sommes bien mal renseignés', va avec la damnation; les flagellations rituelles (qui semblent avoir été remplacées dans la réalité par des amendes) vont avec les supplices provisoires d'outretombe; mais, comme le Patet et les rites purilicatoires, elles effacent la souillure. Les notions de culpabilité, de responsabilité, sont enveloppées dans la notion d'impureté; qu'il s'agisse de la transgression volontaire d’un interdit ou du contact subi par la chose inanimée, le problème se pose toujours pour Zoroastre de la même manière, dans les mêmes
1. Sur la peine capitale et les flagellations, voir l'Introd. au Vendidad, Darmesteter, tome ÎI, pp. xVIT-xxIv.
termes : « Créateur du monde des corps,saint! Combien de La , literie et des coussins la Druj Nasu atteint-elle de son mal,
de sa pollution, de son impurelé? Ahura Mazda répondit : La
Druj Nasu atteint de son mal... etc. Peut-on purifier des vêtements? Onle peut, Ô saint Zarathushtra! Quand le peut-on? » et immédiatement après ce passage : « Ÿ a-t-il purification pour les hommes qui mangent d’un chien mort ou d'un homme mort? — Il n'y a pas de purification pour eux... » et ensuite : « peut-on purifier le bois sur lequel aura été portée de la Nasu? — On peut le purifier... — Suivant quelles règles, etc ? » Les Codes Brahmaniques prescrivent trois sortes de sanctions : purifications, expiätions et peines. Le droit pénal laïque, si l’on peut employer cette expresssion quand il s’agit de l'Inde, est assez nettement différencié de la législation religieuse, au moins dans ceux des Dharmaçâsiras qui ne reflètent pas l’état Ile plus archaïque des institutions. Dans Manou, les lois civiles et criminelles forment, aux livres VIII et IX, un système passablement cohérent et distinct. La peine est prononcée par le roi ou par un tribunal auquel le roi délègue ses pouvoirs judiciaires. L’exclusion de la caste et les pénitences religieuses mises à part, les peines consistent principalement en peines corporelles (mutilations, mort, supplices entraînant la mort) et en amendes : l'amende est de beaucoup la pénalité la plus fréquente :. D’une façon générale, l'intention semble être un élément constitutif de l'incrimination pénale. Kohler l’affirme sans réserves. Oldenberg a raison, à mon sens, en disant seulement que la tendance à affranchir de toute peine la transgression inintentionnelle se manifeste dans le droit indou, mais qu’il ne peut être question d’une application conséquente du principe et que la notion de dol reste extrêmement flottante ?.
1. Jolly, Recht und Sitle (Bühler's Grundriss der Indo-Arischen Philologie, I, 8) Strasbourg, 1896, pp. 119, 129 sqq., 132. <
2. Jolly, p. 122; Kohler, Das indische Sirafrecht, in Zeitsch. f. vergl. Rechtsw., XVI. Bd., p. 183; Oldenberg, in Zum ältesten Strafrecht, pp. 16-71.
Pour les expiations et pénitences religieuses, réglementées par Manou au livre XI, c’est le principe inverse qui prévaut. Sans doute les fautes volontaires sont beaucoup plus graves que les fautes involontaires : mais les pénitences qu’appellent les unes et les autres sont toutes de même nature et ne diffèrent qu'en degré. L'opposition entre la responsabilité pénale et la responsabilité religieuse est fortement marquée dans la formule de Yäjñavalkya : « Par le moyen des expiations disparaît la faute qu’on a commise sans le savoir. Mais si l'on a’ agi avec intention, on tombe sous le coup d’une qu dure judiciaire ?
Quant aux RUN prescrites par Manou au livre V,
elles peuvent être nécessaires à la suite d’un contact passif avec les choses naturellement impures, par exemple avec les douze impuretés du corps humain, avec le sang menstruel, les morts, les personnes impures *. Les choses inanimées subissent évidemment la souillure : tels lustensile en terre qui a été en contact avec des liqueurs fortes, de l'urine, de l’ordure, des aliments qui ont été becquetés par des oiseaux, flairés par des vaches, remués avec le pied, sur lequels on a éternué, qui ont été souillés par des cheveux ou des insectes, les organes par où sortent l'urine et les excréments ‘. Mais l’homme est souillé aussi par le conctact qu'il subit sans agir. Ainsi : « celui qui porte un objet d’une manière quelconque, et qui vient à être
{. XI, 45-46 : À sin unintentionally committed is expiated by the recitation of Vedic texts, but that which (men) in their folly commit intentionally, by various (special) penances (trad. Bühler).
2. TI, 226 (Yéjfavalkya's Gesetzbuch, Sanskril und deutsch, hrsgg. v. Stenzler, Berlin-Londres, 1849, p. 11%): Durch Bussen verschwindet die Sände, etc. Mais Oldenberg (Zum ältesten Strafrecht, p. 76) traduit : Durch Sühnungen verschwindet die Schuld... Sur le sens du mot sanscrit et l'extension de l’idée de Sühnung, expiation, cf. Oldenberg, La religion du Véda trad. franc., Paris, 1903, p.277.