‹ La Responsabilite Étude de SociologieChapitre 37 sur 107 · Lev., XI, 32-38, XII, XIV, XV; Num., V · texte numérisé non relu

Lev., XI, 32-38, XII, XIV, XV; Num., V

3. Cf. Burton, J. M. P. Smith, G.B. Smith, op. cit., pp. 3-90,

241 sqq., 269 sqd.

à LES SITUATIONS GÉNÉRATRICES DE RESPONSABILITÉ 457 contestation, — suffirait à démontrer la proposition que nous voulons établir. Il apparait que la religion, contrairement au droit pénal laïque, admet une responsabilité engendrée par l'intervention passive dans la violation des interdits, dans l'événement qui réalise la souillure. Sans doute, entre cette intervention passive et l’acte à résultats accidentels, on peut établir une série continue d'intermédiaires. Quand ils comportent l’action inintentionnelle, les faits étudiés dans ce paragraphe se rangent à côté de ceux que nous avons examinés sous Ja rubrique précédente. Mais ils ne la comportent pas toujours et, même si le responsable a agi; c'est moins de l'acte même et bien plus du contact en résultant que découle -sa responsabilité.

Les situations génératrices qui viennent d'être définies sont toutes des espèces d'un même genre : le sujet respon- sable soutient toujours avec le fait sanctionné une relation directe et immédiate, qu’il y intervienne psychologiquement ou corporellement, activement ou passivement. Mais la responsabilité peut aussi être indirecte ou médiate : la situation du sujet responsable est alors définie, non pas directement par rapport au fait sanctionné, mais par rapport à un intermédiaire qui s’intercale entre ce fait et lui. Cet intermédiaire est Le responsable primaire. Suivant les cas, la responsabilité dérivée se substitue à la responsabilité primaire et l’annule : il y a alors substitution de patient; ou bien la deuxième s’ajoute à la première sans la détruire, égale ou inférieure à elle, concomitante ou subsidiaire ; quelquefois elle ne se réalise que si le responsable primaire échappe à la sanction; il arrive enfin que l’intermédiaire n’est, à aucun moment, responsable : la responsabilité indirecte s'établit à travers lui, mais saus l’intéres-

r 6, à Lo 4

ser. La transmission ne s'arrête pas nécessairement au premier sujet indirectement responsable : à son tour, celui-ci peut jouer le rôle d’intermédiaire et communiquer sa responsabilité à un troisième, à un quatrième sujet. Toutes ces différences sont secondaires et peuvent être négligées. De même, la nature de la situation génératrice d’où est sortie la responsabilité primaire ne nous intéresse pas ici. Seule est essentielle l'apparition d’une responsabilité chez un sujet qui ne soutient avec le fait sanctionné aucune relation directe.

Il est tout à fait exceptionnel que le droit laïque fasse une place à la responsabilité indirecte; mais toutes les fautes religieuses sont éminemment communicables. La souillure indirecte s’observe donc dans le même domaine que la souillure née d’une intervention passive, d'un contact. Aussi bien-présentent-elles les plus étroites ressemblances : la première est, en quelque sorte, un prolongement de la seconde. S'il suffit de toucher à des choses interdites pour devenir impur, on s'explique qu'un Contact médiat puisse avoir les mêmes effets. La communication avec le responsable primaire réa-. lise une sorte d’éntervention indirecte dans la violation de l’interdit, voisine de l'intervention passive. Les mêmes raisons qui nous ont commandé la description du fait de souillure passive nous conduisent à décrire la souillure indirecte.

Pour donner à ces faits toute leur portée, il convient de rappeler ce qui se passe tous les jours dans les sociétés où nous vivons. Le mépris, le dégoût, l'horreur, que nous inspirent certains criminels, nous l’éprouvons facilement pour tout ce qui les touche ou leur est apparenté. Inversement, l'entourage d’un héros participe à son mérite. Nos mœurs comportent en fait une responsabilité morale indirecte, flottante mais étendue, bien que nous proclamions, en principe, que la responsabilité est rigoureusement individuelle. Quelle doit être l'importance de faits analogues dans des sociétés qui admettent explicitement la communication de la faute et

du mérite ! Les règles écrites ne sont que les indices d’un état de choses qui échappe, dans une très large mesure, à notre observation expresse.

L’Avesta décrit en termes saisissants la transmission de l'impureté : « Des hommes sont assis sur la même place, sur le même lit ou le même coussin, l’un près de l’autre, à deux, à cinq, à cinquante ou à cent, tous se touchant; un de ces hommes vient à mourir : combien d’entre eux la Druj Nasu embrasse-t-elle de son mal, desa pollution, de son impureté?.… Si c'estun prêtre, la Druj Nasu se précipite sur lui;.… elle va jusqu’au onzième et en souille dix. Si c’est un guerrier, .… elle va jusqu’au dixième et en souille neuf. Si c’est un laboureur.. elle va jusqu’au neuvième et en souille huit, eic..., etc... Si c’est une belette, combien de créatures du Bon Esprit souille-t-elle par contact direct ?.… La belette ne souille aucune créature du Bon Esprit ni par contact direct, ni per contact indirect, excepté celui qui la frappe et la tue ». Mais, «c'est pendant qu'il est vivant qu'un bandit, un méchant bipède, un impie Ashemaogha (un hérétique) souille les créatures du Bon Esprit par contact direct, les souille par contact indirect. !»

Si un homme a touché un cadavre en pleine solitude, loin de tout lieu habité (cf. ci-dessus, p. 144), « il courra jusqu'à ce qu'il rencontre homme vivant, en élevant haut la voix : je suis sous le coup {du contact} d’un mort et impuissant de pensée, impuissant de parole, impuissant d'action veuillez me purifier. Si l’homme refuse de le purifier, cet homme lui remet le tiers du péché (involontairement, en le prenant sur lui-même, explique Darmesteter). Il courra une seconde fois jusqu'à ce qu'il atteigne un homme. Si

l’homme refuse de le purifier, cet homme lui remet la moitié

de son péché (la moitié du reste, le second tiers)... Il COurra

une troisième fois... Si l’homme refuse de le purifier, cet

Vendidad, Farg, V, 27-36, Darmesteter, tome IE, pp. 15-11.

homme lui remet tout son péché! ». C’est un manque de bonté et de piété, s’ajoutant au contact, qui détermine ici le report du péché.

L'Avesta exprime, avec plus de force peut-être qu’ aucun autre texte, la crainte qu’inspire la contagion menaçante des souillures et des fautes. L'idée que la communauté est souillée par la faute d’un seul n’apparaît pas comme dans la Bible?, non plus que la responsabilité héréditaire”. Mais la mort d'une créature d’Ahura Mazda, l'accouchement, les menstrues, la miction, la violation des interdits, le crime volontaire, etc... allument des foyers d'infection contre le rayonnement desquels des précautions minutieuses peuvent seules protéger les fidèles et les choses pures. Le principe d'impureté est incarné dans des démons, les drukk; la Druj par excellence est la Druj Nasu qui, aussitôt après la mort, « fond des régions du nord sous la forme d’une mouche furieuse » et s'empare du cadavre; de là, elle s’élance sur tout ce qui touche ou approche le mort‘. Tantôt les termes employés par le texte se réfèrent à ce combat contre des agents personnels; tantôt l'idée d'une

1. Farg. VIII, 100-402, IT, p. 144. Cf. IX, 42-44, p.169 : mérite de l'homme qui purifie celui qui a touché la Nasu. Autres exemples de transmission entre personnes qui soutiennent entre elles un autre rapport qu’un rapport de contact : Responsabilité du mari pour la violation d’un interdit par la femme, autorisé d’ailleurs en raison de « l’état de nécessité » : VII, 70-72, p. 112, cf. la note 88. — Responsabilité du séducteur, en cas d'avortement

Roues par la mère, sans que sa complicité semble présumée : XV, 41-19, \

223; à rapprocher de XV, 13-14, — Le prêtre indigne attire du mal sur :

ceux qui l’emploient : XVIII, 1-12, cf. p. 244, n. 22 (?), — Inversement le fidèle qui porte le Kôsti (ceinture du Zoroastrien) participe à toutes les bonnes œuvres accomplies par ses coreligionnaires, p. 243, n, 13.

2. Cf. cependant XII, 52, p. 208 : « Celui qui tue un chien, d'eau produit une sécheresse qui détruit les pâturages », et IX, 51-57, p. 171-172.

Page 1