‹ La Responsabilite Étude de SociologieChapitre 46 sur 107 · CHAPITRE HI · texte numérisé non relu

CHAPITRE HI

Les doctrines actuelles de la responsabilité ressortissent à deux types très différents. Les unes sont d'ordre historique. Elles font état des phénomènes que nous venons de décrire et en proposent une interprétation. Les autres, au contraire, purement abstraites et philosophiques, ne cherchent nullement à expliquer des faits. Elles veulent fonder en raison la conception de la responsabilité qui leur paraît vraie. Par suite elles ignorent systématiquement toute règle de responsabilité étrangère au droit et à la moralité des sociétés où nous vivons. Ce sont des doctrines construites en vue de l’action. Conservatrices, elles visent à défendre une conception de la responsabilité, menacée de tomber en désuétude ; réformatrices,

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à accélérer l'établissement de règles de responsabilité nouvelles ; éclectiques, à ménager un compromis entre un régime qui tend à disparaître et un régime qui s’instaure.

Historiques ou philosophiques, toutes ces doctrines reposent sur un postulat commun, qu’elles ne croient nécessaire ni de démontrer, ni même le plus souvent de formuler. Elles admettent que le vrai responsable est toujours l’auteur ou la cause du crime, et que sa responsabilité dérive, si l’on peut dire, de sa causalité. L’étroite connexion logique des deux notions de causalité et de responsabilité leur paraît être une donnée première : elles ne remontent pas au-delà. « Le problème de la responsabilité, dit Tarde!, se rattache à la recherche philosophique des causes et n’en est qu’une application ». C’est la valeur de ce postulat que nous allons discuter. Sans le contester absolument, nous essayerons d'établir qu’il a une portée plus restreinte et une autre signification qu'on ne l’admet ordinairement. SN

Les doctrines historiques se placent, comme nous, sur le terrain des faits. C’est à elles que se rattache directement notre essai théorique. C’est elles que nous examinerons en dernier lieu. Nous commencerons par éprouver les doctrines philosophiques. Sansleuropposer des faits dont elles serefusent à tenir compte, nous nous demanderons si elles réussissent, autant qu'elles le prétendent, à déduire logiquement la-responsabilité de la causalité, telles qu’elles les définissent l’une et l’autre.

Quand il s’agit de concevoir la causalité humaine, et corrélativement la responsabilité, les philosophes se partagent en deux camps. Les uns professent que la volonté est libre : c’est la doctrine indéterministe, généralement solidaire d’une conception spiritualiste des sanctions. Les autres nient la liberté : leur doctrine est le déterminisme, généralement solidaire d’une conception utilitaire des sanctions. Les deux philo-

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