Ch. U, p
avéré que le prévenu a matériellement accompli le crime,
\ | l'instruction s'attache à l'étude des « antécédents » : si sa
conduite passée révèle une similitude entre son caractère et
le crime, il y a présomption contre lui. Inversement, les témoins de moralité affirment que le prévenu ne ressemble pas au crime — cela, dit-on, ne lui ressemble pas —, d’où une présomption en sa faveur.
C. — Responsabilité collective des groupes organisés, aussi bien devant la vendetta que devant la peine proprement dite. Quand lindividu qui a personnellement commis le crime ou le meurtre est nommément connu, la responsabilité collective du groupe résulte évidemment d’une association qui s'établit entre la représentation du crime et celle du groupe, par
* l'intermédiaire de celle de l'individu auteur. Sans doute la
relation de contiguité entre ici en jeu. Mais il y a là surtout une relation de la partie au tout, laquelle n’est possible que si la partie ressemble assez au tout pour n’en pas être aisément distinguée. On explique volontiers la responsabilité » collective par la forte intégration des groupes sociaux et la faible individualisation de leurs membres *. Cette explication, insuffisante pour rendre compte du phénomène tout entier, a cependant une part de vérité. Quand les individus sont peu différenciés, ils se ressemblent entre eux, psychologiquement
: et même physiquement, parce qu'ils divergent infiniment peu
d’un type commun qui est le type collectif. Dans les sociétés inférieures, a-t-on dit, la solidarité provient des similitudes ?.
. La responsabilité collective provient, elle aussi, des similitudes.
Penser à lun des membres, c’est penser à tous, c’est penser au groupe entier.
D. — Responsabilité par ressemblance affective. Deux représentations qu'aucune ressemblance ne rapproche, au regard de la seule intelligence, peuvent se lier parce qu’elles
4. Voir ci-dessus, ch. [II, p. 205-207, 2. Durkheim, De la Division du travail sotial, pp. 18, 99, 103, 149 sad.
ont même tonalité affective : pour la sensibilité, elles sont semblables. — Il y a facilement présomption de responsabilité
contre les personnes qui ne sont pas aimées. D'une manière générale « l’antipathie » commande la suspicion; et une « antipathie » spéciale commande une suspicion spéciale. Les gens qu’on redoute pour leur brutalité sont les premiers soupçonnés d’un crime violent; ceux qu'on méprise, d’une vilenie; ceux qui soulèvent le dégoût, d'un acte immonde. Les gens « mal vus » sont accusés et condamnés sur des indices qu’on jugerait insuffisants, si une prévention défavorable ne les apparentait d'avance au crime. Inversement, si notre bienveillance est acquise à l’accusé, nous demandons des preuves irréfutables pour lui imputer la matérialilé du crime. On sait combien les jurys criminels sont accessibles aux arguments d'ordre sentimental, même s'ils n'ont aucun rapport logique avec la question de responsabilité qui leur est posée. Cependant le rôle de ces ressembiances est d'autant, plus petit que le contrôle critique de la réflexion sur la sensibilité et l'imagination est plus rigoureux. Aussi perdent-elles une partie de leur importance dans l'exercice régulier de la juridiction pénale organisée. Ce sont surtout les jugements de l'opinion et de la foule que commande souverainement la ressemblance affective : quand un crime, même une catastrophe, ou une crise dont rien n’établit le caractère criminel, les émeut, elles sont portées à affirmer, sans enquête ou sur des indices insignifianis, la responsabilité des personnes ou des groupes qu'elles haïssent ou méprisent. Néron faisait ainsi imputer aux chrétiens l'incendie de Rome; les sociétés. chrétiennes ont, pendant des siècles, irouvé leurs boucs émissaires dans les juifs, les sorciers, les hérétiques; l’antisémitisme contemporain a produit des conséquences analogues !. C'est dans les sociétés inférieures que doivent se produire les faits typiques de responsabilité par ressemblance