‹ La Responsabilite Étude de SociologieChapitre 81 sur 107 · FOND RER \ LS · texte numérisé non relu

FOND RER \ LS

Au cours de l'histoire, la représentation du patient a réagi toujours plus énergiquemeni sur celle du crime. Les sociétés contemporaines, quand elles réfléchissent sur la responsabilité,

en arrivent à ne plus voir que cetteréaction, qui leur masque

lephénomène primaire. A leurs yeux, le crime et le criminel

se confondent presque : le crime n'existe que dans la cons-

cience individuelle qui l’arésolu, ou bien il révèle la eriminalité virtuellement préexistante dans cette conscience. Plutôt qu'un rapport de causalité, crime et criminel soutiennent entre eux un rapport de contenu à contenant, de signe à chose signifiée, presque un rapport d'identité. Le crime se

trouve ainsi complètement résorbé dans l'agent : c’est l’agent

que la peine semble viser directement; on punit les per- ‘sonnes et non les crimes. Toutes les spéculations qui expri-

ment doctrinalement les conceptions communes de la responsabilité sont, au fond, radicalement subjectivistes. Pour le spiritualisme, l'intention est l'unique principe générateur d’une responsabilité proprement morale. Pour l’utilitarisme, Ja responsabilité se définit en termes qui n’ont de sens que par rapport à une personne : témibilité, intimidabilité, anormalité,idonéité à la vie sociale. À cet égard toutes les doctrines, malgré leur opposition, se ressemblent : elles reflètent de

façons diverses l'opinion collective, qui, en cette matière,

est unanime. Le prétendu « objectivisme » de l’utilitarisme est une illusion. Même, à regarder les choses de près, c’est l'utilitarisme qui verse le plus complètement dans le subjectivisme intégral : car il néglige le crime accompli et mesure la responsabilité exclusivement d’après des critériums tirés de l'analyse des criminels. Or cette résorption complète, si elle

. était effectivement réalisée, ferait disparaître le problème de

la responsabilité. Nous avons montré que celui-ci ne se pose

que si l’on reporte sur un patient les sentiments qu'on éprouve d'abord pour le crime. Et la difficulté de ce report provient précisément de l'hétérogénéité des deux termes, dont l’un, malgré sa constitution propre, doit être traité comme s'il ‘était l’exact équivalent de l’autré. Nous venons d'étudier les conditions qui, à mesure que l'individualisme progresse, s'opposent de plus en plus à la reconnaissance de cette équivalence. La représentation du patient est un centre de forces, comme la représentation du crime ; et les forces qui procèdent de la première sont, le plus souvent, en antagonisme avec celles qui procèdent de la seconde : celles-ci tendent à produire, celles-ci à réduire la sanction. Pour pouvoir interpréter exactement l'élaboration difficile, dans une conscience collective, des jugements réels de responsabilité, il faut ne jamais méconnaître ce conflit de forces. Et il n’y aurait pas de conflit, s’il n’y avait deux termes, crime et patient, à la fois rapprochés et distincts.

Cette dualité de termes hétérogènes est la principale cause de l’évolution de la responsabilité. Tout jugement de responsabilité étant le produit de deux facteurs, il suffit que l’un. des facteurs change, pour que le produit change également. Les formes archaïques de la responsabilité montrent surtout * le fait élémentaire, d'où résulte qu’un être est assimilé au crime el traité comme tel. Les formes les plus évoluées montrent surtout la réaction secondaire qui, en fonction du patient d'abord choisi, modifie la sanction et l’inerimination elle-même. Si l'on rapproche les formes extrêmes, le contraste est si marqué que l'institution semble avoir changé de nature : la responsabilité engendrée par l'intervention purement corporelle, surtout par l'intervention passive ou indirecte dans le crime, paraît n'avoir rien de commun avec la responsabilité purement subjective. Mais la continuité de l'évolution devient intelligible, dès qu’on tient compte des deux systèmes de tendances, dont l’histoire révèle les combi-

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naisons. Dans une même société, au même moment, selon les crimes et selon les sanctions ; dans une même société au cours de son histoire; d’un type social à l’autre, la force relative et le contenu de ces tendances varient. Et les jugements de responsabilité dont elles sont les facteurs passent par des types divers de DOS secondaires, tout en restant les espèces d'un même genre.

4. D'un point de vue d’ailleurs différent du nôtre, les questions abordées

’ dans ce chapitre ont été bien étudiées par Lanza, L'Umanesimo nel diritto

penale, Palerme, 1906, Cf. mon compte-rendu dans L'Année Sociologique, tome X, 1907, p. 466.

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