Macula. Cf. Tanquerey, loc. œt., p
2. Voir la signification de la controverse dans Bossuet, Réfutalion du .
catéchisme de Ferry, éd. Lachat, Paris, 1867, tome XIH, p. 393-454; Histoire: des variations des Eglises protestantes, t. XIV, p. 24-31, p. 106-123, p. 356 361;t. XV, p. 1 sqq.
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découragement, démoralisation, abandon au mal. Tous les éducateurs savent que la volonté est ainsi sanctifiée, régénérée par les bonnes volitions, ou bonnes intentions, et qu'elle est au contraire pervertie par les fautes. Sans doute ils n'appellent pas culpabilité ou responsabilité ce quelque chose qui rejaïllit de la faute sur l'auteur; mais le phénomène d'emprunt, de transfert est bien aperçu par ceux qui manient les réalités morales.
Cette croyance à l'importance propre des volitions qui, bien loin d'exprimer simplement l'homme posé une fois pour toutes, le font petit à petit, nous paraît être l’un des éléments essentiels de la croyance commune au libre ‘arbitre’. Or, les hommes, dans le cours ordinaire de la vie, agissent et
jugent comme s'ils se croyaient libres et croyaient libres les
autres hommes. En fait, c’est l’indéterminisme qui exprime philosophiquement l'opinion commune. Cette adhésion de la conscience morale à l’indéterminisme vérifie indirectement notre analyse des conditions dans lesquelles naissent le mérite etle démérite subjectifs. Elle témoigne que cette conscience sent confusément que les choses se passent telles que nous les avons décrites.
Nous venons de retrouver, dans l’intérieur de la conscience individuelle du sujet, responsable en raison d’une faute interne, le fait fondamental que nous avions antérieurement déerit; un événement distinct du sujet, des émotions morales nées de la confrontation de l'événement avec la règle et d’abord orientées vers lui, un report de ces émotions sur la personne du sujet, un jugement de valeur qui exprime, en termes intellectuels, ce report. Mais le parallélisme entre les opérations de la mentalité collective, qu’elles se déroulent sur le plan de la faute spirituelle ou sur le plan du crime matériel, s'étend encore plus loin. Les situations génératrices
1. Nous nous expliquons sur ce point dans l’'appendice ci-dessous.
de la responsabilité subjective sont les mêmes, mutatis mutandis, que celles de la responsabilité objective.
Assurément, nous n’observons rien ici qui rappelle la responsabilité médiate engendrée par un rapport indirect avec le crime; la faute interne est toujours étroitement liée à une conscience individuelle. Les consciences apparaissent comme trop isolées les unes des autres pour que l’impureté subjective puisse se communiquer. Mais s’il n’y a pas de responsabilité subjective médiate ou indirecte, il peut y avoir une responsabilité subjective passive. C’est, à savoir, celle que nous attribuons plus ou moins complètement à la personne, moi ou autrui, qui a eu de mauvais désirs ou de mauvaises pensées. En principe, nous déclaronsn'être responsables que de ce que nous avons voulu. Le désir, l'image, en tant qu'ils apparaissent spontanément dans la conscience, n’engagent, pas notre responsabilité, disons-nous, tant que, par une libre acceptation où au moins par un accueil complaisant, nous ne leur . réconnaissons pas droit de cité en nous. L'image séductrice qu’on essaie de repousser, le désir qu'on combat, le doute qu'on refoule ne sont pas des péchés. Cependant, une conscience scrupuleuse se fait des reproches à l’occasion de ces fautes passives. Elle à le sentiment de son indignité, de sa perversité, sentiment qui se fond insensiblement dans celui d'une culpabilité. Nous nous estimons souillés par certaines images ou certains désirs, une foi ombrageuse s'inquiète de doutes qui la menacent, même si nous les repoussons. Cela ne revient pas à dire qu’il peut y avoir responsabilité sans fait. Car désirer, imaginer sont des faits, et non pas seulement des dispositions ou des tendances. Il n’y a pas jugement direct du sujet, mais contamination, par un fait, de la conscience qui en est le théâtre. Ce report, sur la conscience qui participe. passivement à un fait, des sentiments suscités par lui, ressemble bien à ce qui se passe en cas de participation passive corporelle.
Même on pourrait noter, dans les progrès de l’analyse subjective, une évolution tout à fait comparable à celle qui se produit en matière de responsabilité objective, au moment où : la participation passive commence à être distinguée de l’ac- “tion. Quand la responsabilité commence à se spiritualiser, il semble qu’une analyse encore maladroite confonde presque - la volition proprement dite avec les faits de conscience non volontaires. Pour peu que l’auteur corporel du crime soit réputé avoir eu de mauvaises intentions, dans le sens le plus vague du terme, il est d'abord jugé subjectivement responsable. Il a su ce qu’il faisait, il avait des sentiments hostiles : la société qui juge n'en demande pas davantage‘. C'est peu à peu seulement que les représentations et les désirs sont distingués des volitions et que l'intention parfaite, la résolution effective sont exigées comme une condition de responsabilité. H ne suffit pas alors que l'intelligence se soit représentée le crime, il faut que cette représentation ait été retenue par le ‘moiet érigée en principe d'action. Le fait intérieur de volonté s'oppose désormais au fait de représentation et de désir, à peu près comme la participation corporelle active à la participation passive. C’est seulement au terme d’une longue évolution que le principe subjectiviste de l’imputation est parvenu à l'entière conscience de lui-même. Aujourd’hui nous remarquons que la préméditation elle-même n’engendre pas nécessairement la responsabilité. Le fou peut préméditer, quoique sa faculté de vouloir ne soit pas entière. Dans cette spiritualisation au deuxième degré, nous remontons au delà du fait de conscience jusqu’à ses conditions les plus profondes et,s'il nous apparaît qu'il a été plutôt passivement subi qu’activement élaboré, nous concluons à une irresponsabilité partielle.
Reste à mettre en parallèle l'intervention active, mais pure-
4. Certaines étapes de cette analyse progressive des conditions psycholo- #iques de la responsabilité sont bien marquées par Lôfiler.
ment corporelle, dans le crime matériel, et cette intervention aetive, mais purement spirituelle, dans la faute interne, qui -est la volition mauvaise, limitée à sa phase psychologique et
abstraction faite de toute exécution extérieure. Iei encore, il
n’y a pas lieu de réduire la responsabilité à la causalité. Vouloir le mal, ce n’est pas le créer. L'acte interne se définit comme moral par le contact avec les choses sacrées, morales, données dans le système des impératifs; il ne diffère pas essentiellement du contact corporel actif avec les choses interdites, dont résulte la responsabilité objective.
Par rapport à l'individu, même considéré uniquement sous son aspect spirituel comme une conscience, le règne moralreste hétérogène et transcendant. La volonté individuelle ne peut pas proprement créer du moralet pas davantage de l'immoral. Pour qu'il y ait faute ou volition immorale, il faut qu un élément supra-individuel intervienne, qu’un rapport s’'établisse entre le moi et l’ordre moral préexistant. Le caractère
« moral » est tout aussi surajouté au contenu psychologique :
de la volition qu’au contenu physiologique des actes corporels. Pas plus qu’un contact matériel re serait sacrilège, s’il ne concernait une chose sacrée protégée par un interdit, une volition ne le serait, s'iln’existait un système d'êtres sacrés spirituels, donnés dans la représentation et auxquels se rapportent des sentimenis de respect et des impératifs. Commettre une faute
interne, c'est prendre la décision de maltraiter ces êtres.
sacrés, de manquer au respect qui leur est dû et de violer les impératifs. Pendant la délibération, la volonté trouve devant elie des forces morales préconstituées avec lesquelles elle enire en rapport. Si ces forces n’existaient pas, la délibération
serait moralement neutre: portant sur des partis moralement …
indifférents, elle ne pourrait aboutir qu’à un résuliat moralement indifférent. Pour une conscience qui ne connaît pas la loi ou qui ne la tient pas pour obligatoire, il n'ya pas de faute à la violer. C’est la présence en elle de représentations
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morales commandant une attitude de respect qui rend coupable son attitude d’irrespect. Leur nature, leur valeur morale se communiquent à toute volition qui s’y rapporte. Vouloir en conformité ou en violation de ce qu’exige la règle, c’est manier les choses sacrées et, peut-on dire, entrer en eontact avec elles.
Sans doute la fameuse doctrine kantienne de l'autonomie de la volonté exprime bien, en langage métaphysique, une vérité. JL est bien vrai, en un sens, que la loi morale est notre œuvre propre et que c’est la volonté qui lui confère l’autorité dont elle est investie. Mais la volonté autonome ne se confond qu'incomplètement avec la volonté qui délibère et adopte la maxime d'action. C’est la volonté universelle, absolument bonne, qui est législatrice. Et, par rapport à la volonté individuelle qui élabore dans le temps des résolutions, la volonté législatrice garde un caractère d’hétérogénéité et de transcendance. Quand nous sommes sur le chemin de la faute, nous évitons soigneusement de nous représenter d'une façon claire le conflit de ce que la loi commande et de ce que nous allons vouloir. Nous tâchons de jeter ua voile sur ce qui se passe en nous et d'arriver à nous leurrer sur la contradiction que nous allons réaliser. Nous nous efforcons de feindre que des conditions exceptionnelles autorisent actuellement pour noùs une dérogation au ) principe que nous continuons à croire valable comme loi . universelle. Mais, en dépit de ces complications, il y a bien
réellement synthèse entre deux volitions contradictoires. Nous voulons la règle en tant que législateurs et nous voulons le contraire de la règle en tant que sujets de la loi. La maxime, comme l'appelle Kant, est bien une espèce de loi de circonstance, parce qu'elle est délibérée et porte le caractère de ce qui est rationnel et volontaire : dans la forme elle se présente comme un principe, et c'est précisément par là qu’elle attente à la loi. Vouloir mal faire, c'est mouler dans
les cadres de l'activité morale une conduite qui, par som
contenu, répugne à rentrer dans ces cadres. Cette synthèse étrange est bien dans un sens notre œuvre : d’un point de vue purement psychologique, on peut bien dire que nous avons
créé la volition. Mais le caractère moral de cette volition est
emprunté. Tout comme l’action est l’œuvre du corps, la
décision est l’œuvre du moi; mais la décision serait neutre,
iout comme le contact du corps avec un objet moralement indifférent, si des éléments possédant par eux-mêmes une valeur morale n’y figuraient pas. Il y a donc une certaine
symétrie entre la violation matérielle et la violation spirituelle
desinterdits. Dans les deux cas, l’activité propre de l'individu crée l'événement qui entraîne les conséquences morales, mais elle ne crée pas directement ces conséquences. Comme l'acte externe, la volition est l’œuvre de l’homme, mais la erimina- Jité de la volition, non moins que celle de l'acte, estempruntée. Le rite corporel dûment accompli a ce double effet de renforcer la vitalité des êtres sacrés et d'élever le bénificiaire du rite au-dessus de lui-même. La faute rituelle trouble et tend à détruire l’ordre sacré et en même temps à affaiblir et à souiller son auteur. De même l’exercice moral de la volonté, ce que Kant appelle la bonne volonté et ce que nous appellerons plutôt
la bonne volition, renforce l'autorité de la loi morale et aug-
mente notre perfection. La volition mauvaise a des effets inverses. Scruter une conscience pour rechercher s’il y a eu faute interne correspond à un examen de conscience purement religieux ; on se demande si l’on a bien ou mal fait, comme on se demanderait s’il y a eu rite efficace ou faute rituelle. Il n’y a donc pas de différence essentielle entre le processus objectif et le procèssus subjectif de responsabilité.
Même, malgré les apparences premières, c’est le phénomène moral purement interne qui ressemble le plus complètement au phénomène moral purement externe, la faute subjective à Ja faute rituelle résultant du contact d’un
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Corps avec une chose interdite. Le caractère le plus remar- quable en effet de la faute rituelle, c'est la spontanéité de la sanction qu’elle provoque. Dans la faute rituelle, l’infraction, la responsabilité et la sanction se confondent presque. Le crime consiste dans le contact, il engendre une souillure immédiate qui se distingue à peine du contact lui-même, et cette souillure constitue un mal qui lui sert de sanction: l'événement criminel est à lui-même sa propre sanction, le responsable est puni par le fait même qu'il est coupable. Dans le droit pénal laïque au contraire, les irois termés sont très : nettement distincts. Après qu'un crime a été constaté, une responsabilité est atiribuée à l’agent pour qu’une sanction puisse lui être infligée, et le mal de la peine est tout autre chose que le mal moral résultant du crime. Or, quand on ne sort pas du domaine de la conscience, l’indistinction des troistermes reparaît. Théologiens et moralistes enseignent que la véritable sanction religieuse et morale consiste dans la souillure, dans l’état de péché, dans le démérite. C’est seulement d’une manière indirecte que le bonheur ou le malheur temporel, ou d’outretombe se rattachent au mérite ou au démérite et viennent ainsi compléter la sanction. Mais cette addition n’est pas même nécessaire. La vertu est en elle-même récompense, le vice punition. Vertu et vice, mérite et démérite, c’est-à-dire responsabilité, se confondent presque avec l'événement moral lui-même. Ici encore les forces produisent spontanément des effets : péché, démérite, et du même coup sanction. Que les choses sacrées soient conçues comme matérielles ou spirituelles, tout se passe donc de la même façon. Dès que la personne a pris une attilude indue en face d'elles et n’est plus à sa place dans le système, il y a faute et le coupable se trouve puni parce qu'il est coupable. Ainsi c’est la morale la plus subjectiviste qui rejoint le mieux l’objec-. tivisme radical du système des interdits.
Il s’en faut cependant que la transposition des faits
moraux en termes spirituels soit d'importance minime. Les phénomènes psychologiques sont trop différents des phénomènes matériels pour que la moralité, en devenant tout intérieure, garde exactement les mêmes caractères qu'elle avait d'abord. On peut relever notamment deux conséquences du changement qui se produit. D'abord la moralité, la loi et
par suite la faute sont choses beaucoup plus délicates et. nuancées. Dans une certaine mesure, elles varient d'individu à individu parce qu'elles n’exisient que dans la cons-.
cience individuelle et que chaque individu est un être singu-
lier. Il suit de là que le formalisme régresse nécessairement. Deux fautes, commises par deux individus différents ou par. le même individu à deux moments différents, ne peuvent.
plus être rigoureusement identiques. Notons d’autre part l'importance que prend, dans le système subjectiviste, le sentiment intime qu'a le responsable de sa propre responsabilité. Pour juger si un individu est responsable, nous nous plaçons à son point de vue même : nous cherchons s’il peut se reconnaître tel, à condition qu'il prenne le recul nécessaire et apprécie sa propre conduite avec impartialité. En thèse générale, nous tendons à faire de ce sentiment individuel le fondement de la responsabilité sociale. On enseigne commu-
nément que, si l'individu est socialement responsable, c'est
parce qu’il l’est d’abord à ses propres yeux. À coup sûr il ya là une exagération ou plutôt une méprise. Car la responsahilité morale dont nous avons le sentiment est en réalité sociale avant d’être individuelle. Si l'individu a le sentiment d'être responsable, c'est que la société est présente en lui. Mais, sous cette réserve, il est vrai que le sentiment interne qui nous affirme notre propre responsabilité est l'expérience la plus profonde sur laquelle puisse se fonder le jugement social. Tant que nous pouvons craindre qu'un individu que
nous tendons à juger responsable ne se juge pas tel, tant
que nous ne pouvons pas affirmer qu'une fois affranchi