‹ La Responsabilite Étude de SociologieChapitre 91 sur 107 · FE BEN · texte numérisé non relu

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des illusions intéressées qui la lui cachent, il reconnaîtrait sa

propre responsabilité, nous restons inquiets et hésitons à nous prononcer.

L'’importante transformation que nous venons de décrire est

- l’une des conséquences du fait que nous avons déjà rencontré:

l’accroissement de valeur de la conscience, aspect particulier de l'accroissement de valeur de l'individu. La responsabilité devient subjective, au sens que nous venons de définir, quand changent les rapporis de l'individu et de la société’. Dès l’origine, l’homme est double, il y a deux natures en lui :

l’une animale, organico-psychique, l’autre supra-indivi- - duelle, résultant de sa participation à une réalité transcéndante. Cette réalité est sociale : elle consiste dans un système

d'idées et de sentiments qu'élabore la conscience collective, et qui très probablement exprime la société elle-même. Mais, au cours de l’histoire, le rapport entre ces deux natures a changé. La société est d’abord presque tout entière extérieure à l'individu : l'homme primitif est encore très peu modifié dans sa nature animale. Il a bien conscience déjà d’une dualité de nature. Maïs sa vie sociale ne-se confond

encore que très imparfaitement avec sa vie individuelle. Elles

-alternent plutôt qu’elles ne se combinent. À mesure que

l’homme se civilise plus profondément, la société devient de plus en plus immanente à l’individu. Une part toujours plus grande de lui-même est socialisée. Ce qui vient de la vie sociale se surajoute peu à peu à ce qui est d’origine organicopsychique pour le modifier. La spiritualisation des notions morales et religieuses exprime cette pénétration réelle de l'individuel par le social. La moralité s’individualise, parce que l'individu se moralise, c’est-à-dire devient de plus en

plus un être social. C’est même pour cela qu'il augmente de

valeur : car la société est la seule source de valeur morale.

1. Cf. Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse, Paris, 1912, pp. 596 sqq.

La responsabilité devient subjective, quand changent les rapports de l’individu et du social. Si la société devient lar-

gement immanente à l'individu, le sacré est en lui et com-

onde du dedans. Dieu devient intérieur, donc aussi le culte,

l’observance ou la violation des règles. C'est la vérité qu'exprime en termes laïques le principe de l'autonomie de la volonté. Désormais, c’est de quelque chose qui est en mor | que provient l'autorité de la loi elle-même. Elle reste trans-

cendante par rapport à la partie inférieure de mon être, à ce que Kant appelle la nature ou la sensibilité. Mais, dans un autre sens, la loi est mienne.Les impératifs ne sont plus obligatoires que dans la mesure où jy donne mon adhésion. Toute la vie morale est reportée sur le théâtre spirituel. Ge sont seulement des démarches intérieures qui peuvent amener le contact de la personne avec les choses sacrées, la production de bien ou de mal, et par suite de responsabilité. Tant que les choses sacrées étaient conçues comme extérieures, la loi pouvait prescrire des attitudes corporelles; quand elles sont purement spirituelles, elle ne peut prescrire que des attitudes psychologiques.

Ces explications paraîtront bien sommaires, si l’on songe à la complexité du fait dont il s’agit de rendre compte. Ce que

nous tentons ici, c'est de le mettre en rapport avec le phéno-

mène essentiel de l’histoire de la civilisation : la moralité, le droit, la religion se sont spiritualisés. La spiritualisation de la rés ponéabilité n’est qu’un des innombrables aspects sous lesquels il conviendrait de le considérer. La responsabilité, en devenant subjective, n’a pas changé de nature. Elle a seulement pris des caractères secondaires nouveaux, qui sont, ceux de la civilisation moderne tout entière.

Entre le fait inintentionnel et l'acte volontaire, les jurisconsultes intercalent la négligence ou ce qu'ils appellent.

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