‹ La Responsabilite Étude de SociologieChapitre 96 sur 107 · EN PP · texte numérisé non relu

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stances données; la conduite passée permet de prévoir la conduite à venir, avec la même approximation que le diagnostic de la maladie et la connaissance du tempérament permettent au médecin d'asseoir un pronostic. Nous avons vu que, si les jugements de valeur portés sur les actes avaient ce caractère, ‘il n'y aurait à vraiment parler ni sanction, ni responsabilité. 3 Et nous avons essayé d'établir que l’acte avait en lui-même une “ valeur, que le jugement de sanction portait d’abord surlui, non + surl’agent, et que le jugement de responsabilité exprimait + la modification de l’agent par l'acte, l'acquisition par l'agent 4 . de propriétés engendrées par l’acte et rejaillissant autour de * luisurles acteurs. Or cette critique de la théorie déterministe + de la responsabilité s'accorde avec l’une des affirmations ‘1

qu’implique la croyance au libre arbitre. Ici encore, responsabilité et liberté paraissent solidaires. Une description exacte du processus de responsabilité montre à quoi correspond cette croyance à la contingence. L'événement intérieur est ‘à tout aussi réel que l’événement matériel et, comme lui, se 1 distingue nettement de l’acteur qui y participe; il se confond si peu avec la personne du sujet, qu'il suppose l'existence, en face de ce sujet, d’une réalité morale, réservoir de forces que l'acte met en liberté. L'événement moral n’est que partiellement l’œuvre de la personne; elle y contribue, mais ne le tire pas tout entier d'elle-même. Son caractère « moral » lui vient d’ailleurs : l'événement n’est « moral », en bien ou en - mal, que parce qu'il met en rapports un être obligé et un système de choses sacrées. Il y a donc dans Pacte tout autre chose qu’un symptôme de l’zndoles de l'acteur : dans et par cet acte, des forces sont engendrées qui vont produire des effets sur l'agent lui-même. Il sera autre après qu'il n'était avant ; l'événement auquel il participe le modifie, augmente ou diminue sa valeur et sa puissance morales ultérieures. Le caractère moral d’un agent n’est donc pas quelque chose d’immuable, donné une fois pour toutes. Il se transforme,

parce que sa conduite, en même temps qu’elle l’exprime,

réagit sur lui et l’alière. Nous n’avons pas, congénitalement, une valeur ni une puissance morales données; ce sont nos

actes qui les font varier, les élèvent et les abaïssent; nous allons de chutes en relèvements, nous devenons réellement meilleurs ou pires, nous sommes ce que nous nous faisons. Or

cette. conviction que l’acte moral réagit sur le caractère nous

paraît constituer ce qu'il y a d’essentiel et de fécond dans la croyance à la contingence. Le problème logique que posent

les philosophes n’est pas celui qui inquiète la conscience morale. Ce que celle-ci redoute, c’est l’influence d’une doctrine déterministe qui ferait de l’homme un spectateur de

sa propre conduite, assistant à la révélation graduelle de son

caractère congénital. Sans prétendre expliquer comment notre action s'insère dans le déterminisme universel, elle nous affirme que nous serons autres, selon que nous voudrons ceci ou bien cela : nos volitions futures restent des événements partiellement indéterminés où notre caractère se rencontrera avec autre chose que lui-même et d'où il sortira changé. Il estencourageant de croire qu’on peut se modifier, autrement dit que les actes futurs sont, relativement à ce que je suis

aujourd'hui, dans quelque mesure contingents. Au fond de. cette confiance, nous retrouvons cette conception de l'évé-

nement moral interne dont notre étude de la responsabilité nous à fait reconnaître la vérité.

Le mot liberté a, dans le langage philosophique, deux

sens : il signifie libre arbitre, possibilité ambigué, puissance de choix, contingence, indétermination; mais aussi domination de la volonté sur la sensibilité, affranchissement de l'esclavage des inclinations. Dans le second sens du: mot, l’état de liberté est un idéal où nous tendons. La liberté ainsi définie esttout autre chose que la liberté d’indifférence: elle se confond avec la moralité parfaite. Cette liberté, nous la

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