VIII PREFACE
Actuellement, la vie privée existe à peine, tout se raconte, tout se discute, tout se publie. A côté de l'homme qui pense que les siens ont été victimes du médecin, il se trouve toujours une autre personne qui excite ce sentiment de protestation, de revendication. La plainte, au lieu de s'éteindre, comme autrefois, au sein de la famille ou dans le cercle des amis, se déverse dans la presse ou aboutit au cabinet du Procureur de la République.
Quel accueil y trouve-t-elle? Celui que lui fait la réputation d'honorabilité, dont à ce moment la profession médicale est en possession.
Qui règle cette appréciation? Je le dis sans réserve, c'est le corps médical lui-même.
Est-ce un dépôt dont il se montre soucieux? Qui de nous, dans une réunion, dans un diner, n'a entendu un médecin juger la moralité ou l'habileté de ses confrères? Si le médisant est en verve, la conversation roulera exclusivement sur les méfaits médicaux. C'est une revue générale, chacun y a sa place, plus particulièrement ceux dont le nom a une certaine notoriété.
On ne jette pas de pierres à lui arbre sec, dit un proverbe persan.
Comment concevoir que ceux qui ont entendu des médecins, d'ailleurs honorables, lapider ainsi les hommes que jusqu'alors ils avaient crus dignes de respect, n'ajoutent pas foi aux allégations produites contre un individu faisant partie de la corporation médicale? En dépréciant ses confrères, on prépare l'opinion publique et la magistrature à la sévérité.
Je sais que, dans la bouche du médisant, les termes n'ont pas la valeur que lui accordent les auditeurs. Nous sommes habitués, entre nous, à parler de nos confrères en ornant notre discours d'épithètes aiguisées ; nul de