‹ La responsabilité médicaleChapitre 62 sur 105 · ANNEXES · texte numérisé non relu

ANNEXES

1. Plaie perforante du thorax. Infection purulente. Non-emploi du traitement antiseptique. Condamnation. — Josepli H..., garçon de ferme chez ie paysan Sch... et réserviste dans l'armée allemande, se rencontra dans nn cabaret à 0... le o avril 1882, avec im de ses camarades; une discussion s'engagea entre eux, au cours de laquelle H... reçut un coup de couteau, immédiatement au-dessous de la clavicule gauche; H... était assis, son aiiversaire était debout, et avait aussitôt relire le couteau de la plaie ; il était 6 heures du soir.

Le premier pansement fut fait par B..., officier de santé de troisième classe. (Il existe en Allemagne des individus qui, après avoir passé quelques examens sommaires, ont l'autorisation de ventouser, de saigner, de faire des pansements; on les nomme Bader, terme qui lilléralement veut dire haigneun.) B..., en entendant, pendant un elTort de toux du malade, l'air sortir en sifflant hors de la plaie, demanda qu'on allât chercher un médecin.

Le D"" N... arriva à 11 heures, et donna ses soins à H... jusqu'au 11 avril, jour où le malade fut abandonné à lui-même, à part quelques visites que lui fit l'officier de santé.

Le 21 avril, le blessé fut ramené en voiture chez ses parents, et le D"" P... lui donna ses soins jusqu'à sa mort, le 30 avril.

L'autopsie fut pratiquée le 2 mai et établit que le blessé avait succombé aux suites de sa blessure et que la mort devait être attribuée à la septicémie.

Le traitement ordonné par le D'' N... avait consisté à rapprocher

les bords de la plaie au moyen de bandelettes de sparadrap, à

maintenir des compresses froides sur la partie gauche du thorax

et à prescrire le repos ; le 7 avril, le D'"N... fit appliquer dix sangsues,

P. Brouardel. — Respons. méd. 20

et prendre de la poudre de Dower; le il avril, le blessé déclara à son médecin qu'il se sentait très bien el qu'il le priait de cesser ses visites. Celui-ci, du reste, partageait Toplimisme de son client, ainsi qu'il ressort des dépositions de plusieurs témoins. Le D"' N... n'avait fait appliquer qu'une seule fois un tampon de charpie imbibée d'acide phénique sur la plaie.

Le docteur P..., qui vit le blessé le 22 avril, après qu'il eut été transporté dans sa famille, trouva le côté gauche du thorax déformé ; la mensuration donna de ce côté une augmentation de 3 à 4 centimètres au niveau du mamelon; les espaces intercostaux étaient effacés; les battements du cœur n'étaient perçus qu'à droite, à côté du sternum; l'auscultation révélait nettement la présence d'un vaste épanchement dans la cavité thoracique; il y avait un pneumothorax; la plaie était béante, d'un gris sale, sans aucune granulation et laissait suinter une sérosité sanguinolente. Le D"" P... diagnostiqua un pneumothorax avec épanchement à gauche et une septicémie; l'issue en était nécessairement fatale. Le traitement antiseptique fut appliqué dans toute sa rigueur, mais le malade succomba le 30 avril.

Le D'' S..., commis comme expert par le tribunal, déposa un rapport très clair et très précis, au cours duquel il fut amené à dire que les lésions occasionnées par la blessure de H... étaient telles, qu'elles étaient incompatibles avec la vie, mais que la mort avait pu être hâtée par une septicémie, dont le point de départ avait été la blessure qui ne présentait nulle trace de cicatrisation, mais bien tous les signes d'une infection. Il ajoutait que cette infection s'expliquait, puisque le D"" N... avait négligé de réunir par une suture les lèvres de la plaie et d'employer un traitement antiseptique, ce qui eût empêché l'accès de l'air extérieur et la contamination de la blessure.

Un deuxième expert fil un rapport analogue et la cour d'assises d'Augsbourg condamna le meurtrier à trois ans de prison, le 20 octobre 1882.

Tout n'était pas fini cependant. Le procureur du roi du tribunal de E... commit un nouvel expert, le 8 janvier 1883, afin de rechercher jusqu'à quel point le traitement ordonné par le D"" N... avait pu contribuer à la mort du malheureux réserviste. Ce nouvel expert reprocha au médecin traitant de ne pas avoir posé de diagnostic précis, de ne pas avoir reconnu la gravité de la blessure, de ne pas avuir suturé la^plaie et de ne pas avoir fait de traitement antiseptique ; d'avoir manqué, enfin, aux principes de la chirurgie moderne.

La Faculté de médecine de l'Université de E..., consultée à son

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