Secret médical. Présomption de crime ou délit. Avorte
ment. Mort.
15 mai 1888.
Très honoré Maître,
Permettez-moi de venir vous consulter au sujet d'un cas de déontologie médicale qui m'embarrasse fort :
Je donnais depuis quinze jours mes soins à une jeune fille qui est morle hier, au soir, emporlée par une péritonite consécutive à un avortement pratiqué par une sage-femme de Saint-G...
A ma première visite, la jeune fille m'a dit le nom de la sagefemme, et m'a indiqué les moyens qui avaient été employés par •elle pour la faire avorter.
La jeune fille guérissant, j'avais le devoir de me taire. Elle est morte, ai-je le droit de me faire, dans une certaine mesure, par mon silence, le complice de la sage-femme?
La victime laisse une mère et une jeune sœur au courant de la situation.
La jeune sœur, tout en blâmant son aînée, l'a accompagnée, paraît-il, chez la sage-femme.
Je vous serai très obligé, mon cher Maître, de vouloir bien m 'indiquer la conduite à tenir en cetle circonstance, et je vous prie d'agréer avec tous mes remerciements l'assurance de mes sentiments respectueux.