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P... était devenu un habitué du gardénal à la suite des troubles suivants : De caractère nerveux et irritable, il souffrait d’insomnies. Cet état psychopathique s'était trouvé aggravé du fait des fatigues imposées à P... par son travail. Il devait en effet se lever tous les matins à 4 h. 30 pour ne rentrer chez lui que vers 20 heures. Un médecin consulté avait prescrit du gardénal, et P.. avait de lui-même poursuivi cette thérapeutique.
Un jour, se sentant particulièrement nerveux, il force la dose. Il s’endort pendant 24 heures et c’est à son réveil que « tout abruti » il se prend de querelle avec sa femme et la frappe. Il la met dehors, se renferme et s'endort.
Au réveil, il ne peut expliquer son geste violent qu’il met sur le compte de son intoxication aiguë. Il reconnaît d’ailleurs ses tendances impulsives antérieures.
La réalité des troubles psychopathiques préexistants et de l’intoxication invoquée fut d’ailleurs établie par le récit de plusieurs témoins.
Aussi l’expert conclut-il à la responsabilité atténuée, l'ivresse résultant d’une imprudence thérapeutique et non d’une habitude perverse.
Dans ce cas, l’action de l’ivresse toxique est très nette. Elle libère les tendances instinctives violentes que le sujet présentait antérieurement, maïs qu’il arrivait néanmoins à contrôler. Revenu à son état normal, il ne peut donner de son délit une explication raisonnable.
Il faut d’ailleurs ajouter que P.. n’avait gardé de la scène qu’un souvenir très vague, et ce caractère ajoute encore à la ressemblance étroite qu’une telle ivresse présente avec celle de l’alcool.
Nous allons maintenant examiner les caractères des délits commis en état de besoin.
OBS. IV. - ETAT DE BESOIN (Observation empruntée à MARANDON DE MONTYEL)
M° X..., avocat distingué, est devenu morphinomane à l’âge de 28 ans, à la suite du traitement d’une crise de coliques néphrétiques.
En deux ans, il en est arrivé à prendre 0 gr. 23 de chlorhydrate de morphine par jour.
C’est un homme intelligent, arrivé à une haute situation et dont les antécédents familiaux et personnels n’ont jamais rien présenté d’anormal.
Revenant par mer de Gènes à Marseille, il perd, au cours d’un gros temps, toute sa provision de drogue. Il va alors trouver le médecin du bord et le supplie en vain de lui en procurer.
Après avoir résisté plusieurs heures au besoin croissant qui le tourmentait, il pénètre par effraction dans la pharmacie du paquebot et vole la morphine qu’on lui avait refusée.
Il ne fut d’ailleurs pas inquiété, mais, soit pour s’excuser, soit qu’il se fit illusion sur la puissance de sa volonté, il déclara n’avoir voulu faire qu’une gaminerie, et que d’ailleurs il aurait pu résister à la tentation.
Cette observation est classique, maïs elle mérite néanmoins d’être rappelée dans un travail de revue générale. Elle est en effet particulièrement démonstrative du trouble moral entraîné par la suppression brusque du toxique puisqu'elle concerne un homme particulièrement versé de par sa profession dans le droit, et qui n’hésite pas à qualifier de gaminerie un vol par effraction.
OBS. V. — ETAT DE BESOIN (Rapport communiqué par le Docteur GENIL-PERRIN)
La fille L... est inculpée de vol dans les grands magasins.