SUBSTITUTION
devant moi et sur sa réponse affirmative, que lui, «baron de Tardif, était le père de l'enfant introduit au Temple et mis à la place du Dauphin. » Madame de Bussenne lui ayant exprimé son étonnement sur l'abandon qu'il avait fait ainsi de son fils, il répondit : « Mon pauvre enfant était scrofuleui et dans un si triste état de santé que je n'avais aucun espoir de le conserver ; je savais d'ailleurs qu'il recevrait tous les soins qui lui seraient nécessaires. »
Pièce 22.—« Je soussigné, Etienne Duf... Desg. ., demeurant à Paris, rue du Four-Saint-Honoré, 14, déclare sur l'honneur :
« Que dans les années de 1820 à 1825, M. le baron Tardif, qui demeurait alors à Paris, rue Saint- Thomas-du-Louvre, m'a plusieurs fois répété que le Dauphin s fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, roi et reine de France, « avait été sauvé du Temple ; qu'un enfant lui avait été substitué ; que lui, M. Tardif, pouvait indiquer l'origine de l'enfant substitué; mais que c'était son secret ;»
« Que madame la comtesse de Bussenne et madame de Montaro m'ont souvent répété la même chose, et que ces dames m'ont prié plusieurs fois de ne pas parler à M. le baron Tardif, avec lequel j'avais de fréquents rapports, de sa famille, « parce qu'il y avait des pertes qui lui laissaient de douloureux souvenirs.»
« Madame de Bussenne est morte à Paris, avant 1830, dans la maison qu'elle habitait rue du Geindre, 5.
« Fait à Paris, le 18 avril 1850, en présence de M. Foyatier, statuaire, demeurant à Paris, rue Madame, 47;
« De M. Jean Noyer, médecin, demeurant à Paris, rue Cassette, 8, et de François-Antoine Pascal, médecin, rue de l'Ecole- de-Médecine, 14, à Paris, qui ont signé le présent.
a Signé : D... Desg..., Foyatier, Noyer, Pascal. »
Discussion et conférence des preuves.
Déjà madame Bertrand, Pièce 5, nous apprenait que la nourrice du fils de Louis XVI, introduite au Temple, près de i'enfant, après le 19 janvier 1794, répondit à ceux qui lui demandaient — « Reconnais-tu ton élevé? — Non; mon élève avait les cheveux blonds, celui-ci les a rouges; mon élève avait les yeux bleus, celui-ci les a noirs ; > preuve assez explicite d'une substitution. Nous retrouverons un témoignage identique, presqu'avec les mêmes expressions, dans la première des trois lettres Mennetion, au chapitre 5. Marchant de Beaumont, membre de la Commune, pièce 18, n'est pas moins
positif, qnand il dità sa fille :« Un jour l'enfant étant légèrement indisposé, je retournai le voir dès le lendemain, et, dans le jeune garçon qui me fut présenté, je ne reconnus aucun des traits de celui que j'avais vu la veille. » La femme Simon, dans ses aveux aux religieuses des Incurables, Lanjuinais dans sa conversation, le marquis de Rovère, à propos de la mort de Desault, indiquent unanimement la substitution comme moyen d'enlèvement.
À ces diverses affirmations si on ajoute celle du conventionnel Prieur, rapportée par un honorable pair de France, on ne manquera pas de m otifs de certitude. *H 4
Entrons maintenant dans un autre ordre de témoignages: Ce ne sont plus des étrangers, c'est le propre père du substitué, c'est M. le baron de Tardif, qui affirme la substitution à mesdames de Bussen ne et de Montaro et à M. Duf... Des...; c'est lui qui dit : « Mon fils a été introduit au Temple et mis à la place du Dauphin ; » « mon pauvre enfant était scrofuleux et dans un si triste état de santé que je n'avais aucun espoir de le conserver ; je savais d'ailleurs qu'il recevrait tous les soins qui lui seraient nécessaires.»
Ici, les deux témoins n'ont pas reçu les confidences par intermédiaire; madame veuve P... et M. Duf... Desg... ont entendu M. de Tardif.
Le témoignage de M. D... Desg... estd'autant plusprécieux que ce monsieur, chargé pendant longtemps des affaires de la maison de Polignac, était placé de manière à être bien renseigné. C'est à lui-même aue M. Tardif et mesdames de Bussenne et Montaro ont fait les confidences qu'il rapporte.
En outre, mademoiselle Tardif elle-même, sœur du substitué, a très souvent raconté dans une pension bien connue de Paris les circonstances de la substitution.
Ainsi, plus de doutes ; la substitution a eu lieu, et le substitué était un enfant scrofuleux, malade, fils du baron de Târdif. <1 : i>i v »
Nous apprendrons bientôt, chapitre 4, qu'il était muet.
On voudra bien ne pas oublier que ce qui prouve la substitution preuve également l'évasion. Souvent nous aurons besoin de faire la même observation sur d'autres points de cette discussion historique, car toutes les circonstances de cet étrange événement s'enchaînent et se fortifient mutuellement.
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CHAP.ITHEIII.