I-MPOISÛ.NNEMLM I>E £>KSAI I.I
son du Temple et que je vieus de visiter ce n'est pas le ûls de Louis XVI que je connaissais parfaitement; ce^t un autre enfant qui lui a été substitué. »
« Avant et depuis la mort de ma mère j'ai moi-même raconté ce fait à qaiavonki l'entendre. Si j'e adonne au jouâd'hui la déclaration par écrit, c'est uniquement pour servir à la connaissance de la vérité.
« Passy, 21 juillet 1849.
« Signé : P..., propriétaire. »
Ajoutons à ces attestations :
lo Celle de M. Abeillé, rapportée par M. Labreli de Fontaine, ancien bibliothécaire de madame la duchesse douairière d'Orléans, dans une brochure publiéeen 1831 :
« M. Abeillé, élève en médecine sous le docteur Desault, à l'époque de sa mort, a déclaré à qui a voulu l'entendre, en France, et aux États-Unis où il s'est réfugié depuis, « que l'assassinat de ce docteur suivit immédiatement le rapport qu'il fit que l'enfint qu'on venait de lui présenter « n'était pas le Dauphin, » qu'il connaissait parfaitement!... » V Abeille américaine, rédigée par M. Chtudron, mentionne ce fait dans un article inséré en 1817. Ma lame Delisle , habitante de New-Yorck, et actuellement à Paris, a déclaré avoir entendu raconter cette anecdote par M. Abeillé luimême, et avoir en outre lu l'article précité dans un journal américain.»
2° Celle de M. le comte de la R..., ancien colonel du génie, qui souvent a raconté que :
a Sa belle-mère encore vivante avait entendu le docteur Desault, médecin de son père, dire, immédiatement après sa visite au Temple, « qu'il venait d'examiner l'enfint qui y était détenu, mais que ce n'était pas le Dauphin qu'il connaissait parfaitement ; » qu'en conséquence, ne sachant ce qu'il pouvait èlre devenu, il se trouvait très embarras-é paur faire à la Convention un rapport à ce sujet, et « qu'il en craignait les suites... »
De nombreux auditeurs nous ont proposéde certifier la vérité de ces rapports.
Rappelons enfin oe passage de la conversation de Lanjuinais, piècb 13 : «Il entra dans des détails fort curieux... sur la fin prompte et inexpliquée de personnes en tête desquelles était le célèbre Desault, qui aurait pu donner les preuves d'une substitution de personne faite dans le prisonnier du cordonnier Simon ; » et celui-ci du certificat de M. d'Arsac, pièce 14 : « Desault cessa de vivre immédiatement
après avoir donné comme positif aux dictateurs du temps que l'enfant qu'il venait de trouver au Temple n'était pas le fils de Louis XVI. »
Discussion et conférence des preuves.
Ce n'est ni aujourd'hui, ni par nous, pour la première fois, que la mort de Desaulta été attribuée au Gouvernement et au poison. Le bruit s'en répandit à l'instant même, et acquit d'autant plus de consistance que le pharmacien Choppart, qui avait commencé avec son ami Desault le traitement du malade, mourut subitement. Les uns, suivant Eckart, p. 296, disaient : il a été empoisonné parce qu'il a refusé d'exécuter les desseins criminels qui lui ont été confiés; les autres, suivant Cléry, p. 235, prétendaient qu'il l'avait été après avoir lui-même administré du poison à l'enfant. Notez qu' Eckart et Clery sont des partisans déterminés de la mort du Dauphin.
L'une et l'autre opinion sont également insoutenables. En supposant que le Gouvernement eût poussé l'infamie jusquelà, il n'aurait pas choisi pour de telles confidences et une telle mission un homme aussi généralement estimé que Desault Puis, en présentant Desault comme victime d'un refus, on ne s'aperçoit pas que c'est accuser Pelletan et Dumangin, ses successeurs, d'avoir été moins scrupuleux. Us ne méritent pas une pareille flétrissure. D'autre part, manifestant ses craintes, Desault ne les aurait pas motivées sur ce que dans son rapport il déclarait que l'enfant malade n'était point le fils de Louis XVI.
D'ailleurs, et c'est la raison péremptoire, le Gouvernement, depuis le 19 janvier 1794, n'avait plus aucun intérêt à se débarrasser d'un prisonnier sans importance.
Desault a donc été empoisonné par d'autres motifs.
Laissant de côté des suppositions, présentables tout au plus à une époque où les documents étaient aussi rares que le désir de trouver la vérité, hàtons-nous de rentrer dans le domaine du positif.
11 résulte des certificats qui précèdent que, d'après l'opinion de sa veuve, de sa famille, de ses fournisseurs, d'après ses propres craintes , ses révélations à des amis 9 à ses clients,
Desaulta vu, au Temple, dans l'enfant qu'on lui a présenté comme fils de Louis XVI, « un enfant étranger ; »
Desault a fait à la Convention un rapport en ce sens ;
Desault a été invité à un repas politique ;
Desault est mort « empoisonné » à la suite de ce repas.
Desault avait été appelé près de l'enfant le 6 mai 179$; mourait le 1 er juin.
EMPOISONNEMENT DE DESAULT. 47 Acte de décém.
« Ville de Paris. — Rég. 51, no 548.
« Extrait du registre des actes de décès de la municipalité de Paris, pour Tan ui.
«Du « quatorze » prairial de Tau m, acte de décès de Pierre-Joseph Desault, du jour « d'hier,» dix heures du jour, chirurgien, âgé de cinquante ans, natif de Lure, département de la Haute-Siône, demeurant à Paris, enclos de la Raison, 18, marié à Marguerite Thouvenin.
« Sur la déclaration faite à la maison commune par Xavier Bichat, âgé de 22 ans, officier de santé, demeurant à l'hospice de l'Humanité, le déclarant a dit être l'ami du défunt, et par Antoine Fontaine, âgé de trente-sept ans, demeurant à Paris, même enclos, 18, le déclarant a dit être aussi ami.
«Signé : X. Bichat, Fontaine, Bois.
« Pour extrait conforme:
« Paris, le 31 août 1842.
«Le maître desrequêtes, secrétaire-général,
« Signé : illisible. »
Malgré cette date du 13 prairial, la Convention, qui ne s'en accommodait pas, à cause des rapprochements possibles, fait insérer dans le Moniteur du 16 prairial an m, 4 juin 1795, une notice nécrologique « du jour » ainsi conçue :
« Desault, fut un excellent citoyen ; nos derniers tyrans rayaient persécuté, leurs derniers complices ont causé sa mort. La journée du 1 er prairial a déterminé « la crise désespérée » qui Ta précipité, à l'âge de quarante-neuf an3, dans le tombeau. y>
Dans sa séance du 21 prairial an m, la Convention renouvelait ses mensonges officiels, à l'occasion du rapport de Sevestre sur la mort du prétendu Diuphin.
Seyestre, en effet , Moniteur du 21 prairial an lu, — 9 juin 1795, — s'exprime en ces termes :
« Citoyens, depuis quelque temps, le fils de Capet était incommodé par une enflure au genou droit et au poignet gauche. Le 15 floréal— 4 mai, — les douleurs augmentèrent, le malade perdit l'appétit et la fièvre survint. Le fameux Desault, officier de santé, fut nommé pour le voir, etc. Le 16 de ce mois,— prairial,— Desault mourut. Le comité nomma, pour le remplacer, le citoyen Pelletan, officier de santé, très connu, et le citoyen Dumangin, premier médecin de l'hospice de Santé, lui fut adjoint. Leur bulletin d'hier, onze heures du matin, annonçait des symptômes inquiétants pour la vie du malade, et à deux heures un quart après midi, nous avons reçu la nouvelle de la mort du fils de Capet.
48 rtts de louis m.
« Le Comité de sûreté générale m'a? ehargé de tous en informer. Tout est constaté. Voici les procès-verbaux qui demeureront déposés aux archives. »
Je forai remarquer la fausseté de l'assertion énoncée dam le Moniteur du 16, et répétée dans le rapport de Sevestre : la mort de Desault, qu'ils fixent an «5 prairial, — 4jnin, — est, selon ractecivil de décès, du 43 prairial, - *•« juin.
il suffit de relever un mensonge aussi effronté pour arguer de faux et frapper de nullité tous les actes de la Convention relatifs au fils ae Louis XVI.
L'empoisonnement du docteur, sur teque) le Moniteur du 46 essayait de faire prendre le change, en attribuant la mort à «une crise désespérée, » occasionnée par la journée du 4« r prairial,» a été publiquement affirmé par sa veuve, qui ne craignait pas dé dire à qui voulait l'entendre : «Mon mari est mort cropobonné aussitôt après le dépôt de son rapport, et au sortir du dtaer qui lui fol donné par les Conventionnels. »
Ni la veuve, ni la nièce, ni les amis, ni les clients de Desault n'avaient intérêt à parler de ses craintes, s'il n'en a pas manifesté, et de son empoisonnement, s'il n'est pas mort empoisonné ; ils s'exposaient au contraire à des persécutions, à la mort, peut-être. Leur témoignage n'est donc pas récusahie.
Si nous en étions réduits à des soupçons, les mensonges de Sevestre et du Moniteur qui cachent aux conjectures du public la a date » et les a causes » de la mort de DesauLt» les changeraient en certitude. On ne pourrait pas. excuser la Convention en disant que l'inexactitude des dates du Moniteur et de Sevestre provient d'une simple erreur, lis avaient comme moi l'acte de déets à leur disposition; s'ils ont menti, c'est qu'ils avaient intérêt à menur. Or, quel intérêt leur supposer autre que celui d'ensevelir le secret de l'évasion l
Mais, objecte-t-on, Desault n'était pas le seul qui connût ou pût connaître la sub^itution. Sa mort devenait inutile s'il restait un seul témoin. Je réponds : Les docteurs Pelietan et Duma-rgm, successeurs de Lksault r n'avaient jamais vu le fils de Louis XVI ; par conséquent on n'avait point à craindre de leur part une contestation d'identité. Quant aux auteurs on complices d'une évasion qui uéjà remontait à plus d'un an, ils s'étaient échappés, ou restaient inconnus.
Sevestre et le Moniteur n'avaient pas besoin de mentir et *a Convention empoisonner Desault si l'enfant mort au Temple était le Dauphin. C'était donc un autre enfant ; c'était le fils du baron Tardif.
£n> prouvant l'empoisonnement de Desault et ses causes, nous rendons de plus en plus incontestables la substitution et 'évasion.