Acte de déeè
« Extrait du registre des actes de décès du 24 prairial de l'an m de la République, — 12 juin 1795.
a Acte de décès de Louis-Charles Gapet , du 20 de ce mois, — 8 juin,— trois heures après-midi , âgé de dix ans et deux mois, natif de Versailles , département de Seine-et-Oise , domicilié aux tours du Temple, section du Temple, fils de Louis Capet, dernier roi des Français, et de Marie- Antoinette- Joséphine- Jeanne d'Autriche ; sur la déclaration faite à la maison commune par :
« Etienne Lasne, âgé de trente-neuf ans, gardien du Temple , domicilié à Paris , rue et section des Droits de l'Homme , 48 , le déclarant a dit être voisin ;
« Et par:
a Rémi Bigot, employé , domicilié à Paris , Vieille rue du Temple ,61 ; le déclarant a dit être ami.
« Vu le certificat de Dusser, commissaire de police de ladite section , du 22 de ce mois,— 10 juin.
« Signé : Lasne , Bigot, et Robiw , officier public. »
MORT Dli SUBSTITUÉ.
L'enfant mourait le 8 juin... et, le 12 seulement, l'acte de décès était dressé ! Or, alors comme aujourd'hui , en cas de décès dans une prison, il devait en être sur-le-champ donné avis à la Municipalité, oui s'y transportait immédiatement, vérifiait le décès , et rédigeait l'acte. Mais il fallait bien le temps de délibérer s'il convenait d'avouer l'évasion ou de faire un faux; quatre jours n'étaient pas trop ; le faux fut adopté.
Cette irrégularité n'est pas la seule.
Capet, surnom du chef de race, n'est pas le nom de famille du fils de Louis XVI.
L'acte indique le décès à trois heures ; Sevestre , dans son rapport du 9 juin , pag. 47, l'indique à deux heures et un quart.
L'acte est matériellement, légalement et moralement inapplicable au fils de Louis XVI.
Ce n'est pas tout.
Le 9, MM les docteurs Pelletan et Dumangin, commis par arrêté du Comité de sûreté générale , daté de la veille , à l'effet de procéder à l'autopsie , assistés des docteurs Lassus et Jeanroy qu'ils s'étaient adjoints, rédigèrent le procès-verbal suivant :
« Arrivés tous les quatre à onze heures du matin à la porte extérieure du Temple, nous y avons été reçus par les commissaires , qui nous ont introduits dans la tour. Parvenus au deuxième étage, dans un appartement, dans la seconde pièce duquel nous avons trouvé clans un lit le corp3 mort d'un enfant qui nous a paru Âgé oc d'environ » dix ans, que les commissaires « nous ont dit être » celui du fils de défunt Louis Capet, et que deux d'entre nous « ont reconnu pour être l'enfant auquel ils donnaient des soins depuis quelques jours... »
Suit l'énoncé de l'opération.
* Tous les désordres , ajoutent les docteurs en terminant , dont nous venons de donner le détail, «sont évidemment l'effet d'un vice scrofule ux existant depuis longtemps » et auquel on doit attribuer la mort de l'enfant... » Journal de la Tour du Temple, par Cléry, p. 240 et 243.
Les docteurs, comme on le voit, ne se compromettent pas ; au lieu de dire : Nous avons trouvé le corps du fils de défunt Louis Capet, et ils eussent pu le dire si le corps eût été réellement celui du fils de Louis XVI , puisque deux d'entre eux, MM. Lassus et Jeanroy le connaissaient ; ils déclarent : « Nous avons trouvé le corps... que les commissaires nous ont « dit être » celui du fils de..., et que deux d'entre nous ont reconnu pour être l'enfant * auquel ils donnaient des soins depuit quelques jours. »
Quête sont ces deux ? Évidemment Pelleta» et Dumanginv qui Savaient jamais connu le Dauphin. Encore Dnmangin a-t-il publié une réfutation des complaisantes explications de Pelieian soas la Restauration.
« 11 est à remarquer, écrit l'historien Léonard Gajlois dans sa continuation d'Atiquetil, tome 1 M , page 254, que les médecins qui procédèrent à l'autopsie du cadavre de l'eu faut mort au Temple le 8 juin 1795, ne connaissaient point personnellement le fils de Louis XVI, et qu'ils furent obligés de s'en rapporter, quant à l'identité, à la déclaration des commissaires de la prison, »
Ainsi toute la constatation se réduit à ce porât ; que Tenfa»t mort était eeltn auquel on donnait des soins depuis quelques jours. Qui était-il? Les médecins se taisent. Et puis cet enfant le*r paraît âgé : « d'eaviron dix ans. * Pourquoi cet a environ ?» On conçoit une approximation dans le cas d'incertitude sur l'identité d'un cadavre ; mais ici rien de sem-» blable ; s'il s'agissait du fils de Louis XVI, n'avait-on pas son acte de naissance du 27 mars 4785 ? il n'était pas besoin du moi a environ. » Maïs l'accident de Desault fit adopter sans donle cette prudente rédaction.
Le 10 juin, à huit heures du soir, cinquante-quatre heures après le décès, Dusser, commissaire de police de la section du Temple, accompagné de deux commissaires civil», se reodit à la tour pour laire enlever le corps de l'enfant. Il fut mis dans un cercueil de bois, transpoité sur-le-champ, sans aucune cérémonie, au cimetière de la paroisse de Saiute-Mac* guerite, au faubourg Saint-Antoine, et déposé dans la fosse commune. Eckard > p, 289.