‹ La Restauration convaincue d'hypocrisie, de mensonge et d'usurpation de complicité avec les souverains de la SainteAlliance ou preuves de l'existence du fils de Louis XVIChapitre 19 sur 54 · III. — OBJECTIONS ET RÉFUTATION · texte numérisé non relu

III. — OBJECTIONS ET RÉFUTATION

Ces objections peuvent se réduire à deux :

1° La surveillance active organisée dès les premiers moments de l'incarcération de la famille royale au Temple ne s'est jamais ralentie jusqu'à la mort de l'enfant, et par conséquent n'a jamais permis l'enlèvement ; les rapports des Conventionnels l'attestent.

Cette objection ne nous arrêtera pas longtemps : nous avons, en racontant d'après des documents officiels ce qui s'était passé au Temple le 19 janvier 1794, démontré combien au moyen des Simon gagnés, l'enlèvement devenait facile, et combien, en donnant décharge de l'enfant, les municipaux durent se montrer coulants envers un confrère qu'ils avaient mille raisons de ne pas soupçonner.

Quant aux rapports des Conventionnels, leur affirmation *aut en histoire ce que vaut une assertion politique du Mo-

niteur. On conçoit qu'ils aient prôné la vigilance de leurs agents et nié 1 évasion; c'était l'intérêt du Gouvernement. Mais, est-ce une preuve que l'évasion n'ait pas eu lieu? Nullement.

2° L'identité du fils de Louis XVI et de l'enfant mort au Temple a été surabondamment constatée par une foule de témoins. Et on cite à l'appui de cette objection les dépositions de Lasne et de Gomin, deux gardiens de l'enfant, recueillies en 1837.

Nous extrayons de la Gazette des tribunaux du 7 juin 1851 les passages de ces dépositions sur lesquels on se fonde.

Déposition de Lasne*

Etienne Lasne, âgé de 83 ans...., dépose :

a Je suis entré aux gardes françaises en 1774, et j'en suis sorti en 1782, puis, en 1789, je fis partie de la garde nationale de Paris, et r en 1791 je fus nommé capitaine des grenadiers du bataillon du poste Saint-Antoine. J'eus, dans cette position, et toutes les fois que j'étais de garde au Château, occasion de voir les enfants du roi Louis XVI. Le jeune Dauphin se faisait remarquer par la beauté de ses traits, la vivacité de son caractère et son regard imposant et plein d'expression ; il avait l'abord brusque de son père ; ses gestes étaient vifs et saccadés ; le premier moment passé, personne dans la conversation n'était plus affable ; il étonnait par Tà-propos et la maturité de ses reparties.

« Après la journée du 10 août, je fus nommé commandant en chef de la section des Droits de l'Homme. En cette qualité, j'allai au Temple pour y inspecter les hommes de service, et j'y voyais les enfants de Louis XVI, lorsqu'ils jouaient dans le jardin. J'ai parfaitement reconnu le Dauphin pour celui que j'avais vu et sur la terrasse des Feuillants et dans les promenades aux Tuileries.

« En germinal an m, avril 1795, je fus chargé par le Comité de sûreté générale de la garde du prince et de sa sœur. A mon arrivée au Temple, je visitai le Dauphin ; c'était bien assurément le même; mais l'incurie de ses anciens gardiens l'avait mis dans un tel état, que ce malheureux enfant inspirait la pitié et presque le dégoût

Déjà l'enfant allait mieux lorsque Desault fut enlevé

par « une attaque d'apoplexie foudroyante. »

Au milieu des souffrances les plus aiguës, le prince montrait une impassibilité extraordinaire ; aucune plainte ne sortait de sa bouche et « jamais il ne rompait le silence. »

« Dans une seule circonstance, il daigna m'adresser la parole. On jour, plus souffrant que de coutume, il était étendu

sur son ïit;la douleur avait atléréses trarts,ii clterdiaH encore à dissimuler son mal. le fui présentai une potion stomachique qu'on m'avait recommandé de lui donner dans ses momentsde crise ; il refusa. Je revins à la charge à différentes reprises : même refus. Enfin, fatigué de mes importunités, il prit le verre qui renfermait le breuvage et contractant sa figure d'une manière toute particulière, signe manifeste de son mécontentement, ri en jeta le contenu par terre. Sans me déconcertée, sans, lui adresser le moindre reproche, je remplis de nouveau le verre, et pour lui inspirer plus de confiance, ie le portai à ma bouche et bus moi-même devant hri : « Tu as donc juré que je le boirais ? me dit-il en se levant brusquement sur son séant; eh bienî donne, je vais le boire...» Et d'un trait il avala ce qu'il y, a.vait dans te verrn, puis me le remit. « Ce sont les seules paroles que je lui aie entendu proférer pendant tout le temns que j'ai passé près de lui, »

«c J*ajouterai que, pendant deux jours, le corps du prince fut exposé dans sa chambre. 11 a pu facilement être vu et reconnu par toutes les personnes qui allaient et venaient dans le Temple, ainsi que par les hommes de garde. Je ne i ai aurtté aoe lorsque les derniers devoirs lui furent rendus, t. e» dan-s le cimetière Sainte-Marguefite-Saint-Antoine qu'il a été enterré^ « dans une fosse à part. »

Jean-BapiUt*torie Gomin, âgé de 83 ans-, dépose :

« Je suis entré au Temple, vers le t» thermidor an ii, 2ft août 1794. en qualité de gardien du prince Chartes-Louis, duc de Normandie, fils de Louis XVI. Je ne le perdais pas de vue un seul instant • • *

ce Pendant sa maladie, le prince, que je voyais à tous les instant» de la j««rné«, « causait sans effort ; il a même parle une heure avaiU de mourir.» 11 était impossible surtout e* raison de la surveillance continuelle dont il était 1 abjet, qui* fût enlevé furtivement. * * *

« Je suis d'autant pluseertain que Tenfant que j'ai vu mourir au Temple était le duc de Normandie, fils-de Louis XVi, qu'antérieurement à la détention, je l'avais vu plusieurs fois et de très près,-étant à cette époque commandant d un bataillon de la garde nationale de Paris,-dans le jardin, dit du prince, aux Tuileries, où il avait rhabitude de jouer, accompagné de sa gouvernante, madame de Tourte!.

« Quant au fait de l'identité du duc de Normandie fils' de Louis XVI, avec i'en§ant confié à ma garde au Temple, et à celui d'un enfant muet qui lui aurait été substitué, mes' sou venirs sont précis, et j'ai à cet égard la conviction la plus entière. Ainsi, je le déelare en mon àme et conscience :

« Je connaissais parfaitement, avant sa détention, le duc de Normandie, fils de Louis XVI, l'ayant vu souvent, et à une distance fort rapprocnée, dans le jardin du prince, anx Tuileries, où il jouait sous la surveillance de madame de Taurzel.

^ a C'est cet enfant dont la garde m'a été confiée; c'est lui que j'ai soigné, c'est lui qui est mort sous mes yeux en juin 1795, à la tour du Temple ; c'est lui, enfin, « qui parlait encore une heure avant de mourir. »

« J'ajouterai que plusieurs membres de la Convention sont venus visiter cet enfant à l'époque où il était coiifié à ma garde, et que jamais il n'a fait de réponse aux questions qu'ils lui adressaient, ce qui a pu accréditer cette version que cet enfant était muet, « il répondait volontiers aux sieurs Lauréat et Lasne ainsi qu'à mot. » Cette circonstance se rapporte aux derniers temps de sa vie.

«Au moment de l'ouverture de son corps, je fis entrer dans sa chambre plusieurs gardes nationaux et officiers, qui Ions l'examinèrent ; peul-ètre rétro uverais-je sur mes notes de Paris les noms de plusieurs d'entre eux.

Occupons-nous d'abord de Lasne.

Outre sa déposition de 1837, il y a son interrogatoire de 1834 dans le procès de M, de Richemont.

Le voici :

a Avez- vous causé avec l'enfant? — « Tous les jours. » — « Sur quels objets ? — « Jamais «rue sur des objets sérieux et graves. » Un enfant de dix ans!! « Ces conversations ont laissé des sonvenirs profonds chez moi. Jamais il n'entamait la conversation. U avait beaucoup d'intelligence ; « je surprendrais i'audttoire si je voulais dire ce qu'il médisait. » Gazette des trib. du 31 octobre i834.

Il est boa de noter qu'à la même époque Lasne avouait que u r entant ne disait jamais rien. »

Pièce 28.— Le 2 novembre 1842, M. J.-Casseux, professeur, demeurant à Paris, rueBourtibourg,déclare :

a En 1834, lors du procès Richemont, j'interrogeai le sieur Lasne, qui disait avoir gardé le fils de Louis XVI au Temple, afin desavoir quelles étaient les réponses que lui faisait cet en-

fant sur ses parents, et autres choses, le sieur Las ne me répondit « que renfarit ne disait jamais rien. »

Rapprochons maintenant de l'interrogatoire de 1834 la déposition de 1837 :

<k . . . Jamais il ne rompait le silence.

« Dans une seule circonstance il daigna m'adresser la pa rôle... Ce sont les seules paroles que je lui aie entendu pro férer pendaat tout le temps que j'ai passé auprès de lui. »

Ainsi, leLasne de 1834 « causait tous les jours avec l'enfant qui lui tenait des conversations à surprendre l'auditoire,» et le La3ne de 1837 « ne l'a entendu parler qu'une fois. » Lequel des deux ment, ou plutôt lequel des deux ne ment pas? Il faudrait avoir de la mémoire quand, avec de pareils témoins et de pareils témoignages, on s'avise de faire de l'histoire ou de réfuter ceux qui la font sérieusement et religieusement; on ne s'arrêterait pas aux radotages d'un vieillard qui n'a plus la conscience de ses souvenirs, ou qui les forge pour se rendre utile ou important,

11 y a plus ; la déposition de Lasne est infirmée par celle de Gomin, qui la contredit.

Gomin dit : « Pendant sa maladie, le prince, que je voyais à tous les instants de la journée, c causait sans effort ; il a même parlé une heure avant de mourir. »

Voilà deux vieillards de 83 ans dont l'un affirme que le Dauphin ce n'a parlé qu'une seule fois, » Lasne; et 1 autre, « qu'il causait sans effort et qu'il répondait volontiers aux sieurs Laurent et Lasne ainsi qu'à lui, » Gomin. Qu'en conclure? Qu'ils mentent tous deux.

Examinons maintenant la véracité de Gomin.

Gomin a été pendant la Restauration gardien du château de Meudon ; la duchesse d'Angoulême l'atrectionnait et l'anoblissait sous le nom de Pongerville ; le tout au témoignage écrit de sa propre famille.

Premier motif de suspicion ;

Second motif :

Tous les détails qu'il a donnés, même dans l'intimité, sur sa conduite envers les prisonniers du Temple sont un tissu de faussetés. Qu'on en juge par ceux que raconte, d'après ses confidences, un membre de sa famille.

Piécb 29. — Lettre de M... A... M... du 2T mai 1851. :

« Gomin, en sa qualité de commissaire, a protégé plus d'une foi3 la famille royale contre la fureur populaire qui voulait faire invasion dans sa prison ; il avait fatt de fausses cloisons derrière lesquelles il faisait cacher le Dauphin et sa famille, pour les soustraire aux mauvais traitements dont ils auraient

été victimes de la part des scélérats qui parvenaient à entrer dans le Temple; les enfants étaient laissés dans un état de dénûment complet; il leur procurait ce dont ils avaient besoin, le leur mettant sur le lit où ils reposaient, leur laissant ainsi croire qu'ils ne tenaient rien de sa générosité; malgré la défense, il obtint, parce que leur santé s altérait, la permission deles faire sortir pour respirer l'air, à condition qu'il en répondît sur sa tète; enfin, il était si bon pour ces pauvres enfants, que le petit Dauphin, n'ayant rien, ne pouvant témoigner sa reconnaissance par quelque cadeau, trouva ce-

Êendant moyen de lui laisser un souvtnir : il lui donna une Ducledeses cheveux blonds.... »

Il y a dans ce récit des services de Gomin autant d'impossibilités matérielles que de faits énoncés.

Car, et ce sont des vérités notoires,

Après la mort du roi, la famille royale ne courut aucun danger ;

Il n'y eut nul besoin de placerde fausses cloisons pour protéger les enfants royaux qui n'étaient ni ensemble, ni dans le même appartement;

Gomin n'a pu s'apercevoir seul de l'état de dénûment des captifs, ni seul y remédier;

11 n'a pu leur procurer ce dont ils avaient besoin, en le leur mettant sur le lit où ils reposaient, attendu que les enfants, n'habitant pas le même compartiment de la Tour, ne reposaient point dans le même lit;

Les enfants ne descendirent plus dans le jardin après le départ de la reine, et ils ne se sont revus qu'une seule fois, le 12 octobre 1793, lors des confrontations ordonnées par le tribunal révolutionnaire ;

Enfin le prince n'a pu donner à Gomin une boucle de ses cheveux blonds, puisqu'il n'était plus au Temple, et que celui qui lui fut substitué avait les cheveux rouges.

Gomin avoulu se rendre intéressant, et nous l'avons prouvé par son emploi à Meudon, c'était son intérêt.

De tout ce que dessus nous inférons que, comme Lasne, Gomin en a imposé à la justice.

Menteurs sur des points tellement essentiels, peut-on les croire sincères sur les autres , par exemple quand ils affirment avoir eu souvent la facilité de voir et de connaître le Dauphin avant son incarcération, comme chefs dans la garde nationale, et lavoir reconnu depuis dans l'enfant dont ils ont été les gardiens et qui est mort sous leurs yeux? Assurément non.

Poursuivons cependant notre examen jusqu'au bout.

« Plusieurs membres de la Convention, dit Gomin dans la dernière partie de sa déposition, sont venus visiter l'enfant, à l'époque où il était confié à ma garde; jamais il n'a feit de

réponse aux questions qu'ils lui atrress aient, <©e #ui » pu accréditer cette "version que l'enfant était muet; « U répondait volontiers aux sieurs Laurent etLasne, ainsi qu'à mot. »

Qui ne reconnaîtrait à ce paragraphe la mai* chi Pouvoir qui a sollicité et dicté la déposition? H craignait l'objection tirée du rapport des Conventionnels et s'efforçait de ta prévenir. CPest absolument comme Lasne faisant mourir Desault d'apoplexie !!

Lesquels croire, ou des députés Ha-mand, Mathieu et Reverchon, qui déclarent <t n'avoir pu tirer une seule parole de l'enfant, «Eckard, p. 261 et suiv., et Prévault, p. 112, ou de Lasne affirmant, tantôt « avoir tenu conversation avec lui, * tantôt « ne l'avoir entendu qu'une seule fois, » ou de Gomin, attestant effrontément « qu'il causait sans effort?»

Evidemment, s'il eût parlé à Laurent, à Lasne et à Gamin, il aurait parlé à M. Hatmaed, q«i ^interrogea longtemps avec bonté et lui témoigna beaucoup d'intérêt.

Mais ce terrible rapport officiel gène vis»Weme»t les adversaires de la non-identité ; puisqu'il constate, s'écrient-ite, a qu'à la prière des députés, l'enfant se leva, marcha, mangea, » donc il n'était pas sourd-muet. — N'est-ce pas assez qu'il fût muet pour qu il n'y ait pas identité eatre le Dauphin et lui.

Que de tergiversations pour échapper par des mensonges è la constatation du mutisme de l'enfant, c'est-à-dire de la substitution !

Sentant tout le poids de ce mutisme relativement à la solution de la question d'identité, ils y reviennent encore. Selon eux, Desault aurait rapporté à Beau lien, qui* l'aurait consigné dans ses mémoires: a que l'enfant lut parlait; n selon eux toujours, le même enfant anrait dit à Pelleta*) : « Parlez plus bas: je ne veux pas que ma sœur apprenne que je suis malade » Gazette des Tribunaux du 7 juin 1834.

Or, Beauliew, qui du reste ne connaissait Desault que par une entrevue de prison, ne lui fait poini dire «que l'enfant parlait,» mais « que l'enfant n était point empoisonné,» ce qui est bien différent. Si Beaulieu lui avait prêté ce propos, il aurait eu le malheur d'être e» contradiction avec madame veuve Desault., avec madame Thouvenin, nièce du docteur, awec plusieurs de ses amis, qui sont à cet égard un peu plus compétents que lui, et qui affirment que le docteur déclara: « ne pas reconnaître l'enfant ; * quant aux paroles adressées à Pelletan, eHes n'ont peur garant que Cléry; du journal duquel Eckard et les autres compilateurs les ont tirées. Pelletan lui-» même, plusieurs fois démenti^par Dumangit, son coefèire, n'a pas insisté. Il suffit de se rappeter l'obséquiosité de Cléry envers la duchesse d'Angoulème, sa bienfaitrice, pour assigner à cette phrase sa juttt vateuc. Cest dommage l car elle était

sentimentale. Nous y trouvons cependant un petit inconvénient : c'est que, pour qu'elle fût vraisemblable, il eût fallu que la sœur eût pu l'entendre; et elle demeurait dans un autre appartement, éloigné, sans communication.

Un dernier document: On lit dans les Mémoires d'un prêtre régicide, imprimé à Paris chez Tilliard, en 1829, tome 2, pages 366 et précédentes, qu'au mois de février i795, par arrêté du Comité de .'•ûrtté tféuérale, l'auteur fut chargé de visiter l'enfant du Temple. Un sentiment d'humanité lui fit accepter pour compagnon un ancien serviteur de la famille royale qui brûlait d'entretenir le fils de ses maîtres et qu'il ' désigne sous le nom de Fabricius. Us allèrent ensemble au Temple et firent tous leurs efforts pour égayer l'enfant et obtenir de lui quelques paroles.

« Nous restâmes seuls avec le prince, dit l'auteur. Je crus pouvoir alors renouveler mes instances: elles furent inutiles. Je me rappelai que mon compagnon était connu du prince,

au'il lui avait parlé; je l'engageai à le faire de nouveau ; mais m'apprit a qu'il n'en avait pu obtenir une parole; il lui parla devant moi et inutilement: » je m'éloignai; rien de plus. »

Assez de mutisme; revenons sur quelques poilts secondaires des dépositions de Lasne et de Gomin.

La&ae débute par un portait fidèle du caractère et de la personne du Dauphin avant l'incarcération ; comment nes'aperçoit-ii pas que la gaité, la vivacité, la brusquerie, pont incompatibles avec 1 impassibilité silencieuse qu'il est forcé d'avouer ehtz le prisonnier?

Gomin et Lasne s'accordent à nier la possibilité de l'évasion pendant leur surveillance, soit. Mais qu'est-eeque cela prouve? Qu ils ont bien gardé l'enfant substitué ; nous ne le contestons pas.

Lasne dit : « Pendant deux jours le corps du prince fut exposé dans sa chambre. 11 a pu facilement être ru et reconnu par toutes les personnes qui allaient et venaient dans le Temple, ainsi que par les hommes de garde. » — « Au moment de l'ouverture du corps, dit Gomin, je fis entrer dans sa chambre plusieurs gardes nationaux et ofhViers, qui tous l'examiaèreot. » Oeux jours d'exposition aux regar.is de tout venant, d'api es l'un ; introduction de quelques gardes nationaux au moment de l'ouverture, d'après l'autre. L'aocord pourrait être plus parfait. Mais, quand cela serait, si on se souvient de l'obscurité de la pièce attestée par les conventionnels , on trouvera les visiteurs peu compétents dans la question d'identité.

D'après Lasne, l'enfant aurait été inhumé « dans une fosse à part; » d'après le procès- verbal de Dusser, il l'a été dans la fosse commune. Je ne mentionne cette contradiction que pour

signaler les écarts d'imagination du principal témoin de nos antagonistes; car, pendant la nuit, le corps fut en effet retiré de la fosse commune, mais à l'insu de Lasne et du Gouvernement.

Nous aurions pu nous abstenir de réfuter des dépositions sans valeur et sans portée, puisque Lasne et Gomin n'étaient entrés au Temple qu'après le départ de Simon, par conséquent après l'évasion du Dauphin. Qa'importait dès lorsqu'ils eussent pu le voir avant sa détention ? Qu'importe qu'ils aient dit Tavoir reconnu dans l'enfant mort, puisqu'ils ont menti sur le point le plus important, celui de savoir s'il parlait ou non? Leur témoignage, infirmé quant au fils de Louis XVI, concerne une vie que nous ne disputons pas à la mort. Mais comme on y attachait une grande importance, nous avons voulu le détruire de fond en comble, uniquement pour démontrer le néant absolu de ces argumentations de commande.

Il nous reste à produire une dernière preuve de la nonidentité de Penfant mort avec le Dauphin, preuve matérielle, sans réplique, contre laquelle viendront se briser toutes les intrigues.

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