‹ La Restauration convaincue d'hypocrisie, de mensonge et d'usurpation de complicité avec les souverains de la SainteAlliance ou preuves de l'existence du fils de Louis XVIChapitre 20 sur 54 · IV. SQUELETTE DE l'eNFAHT MORT AU TEMPLE · texte numérisé non relu

IV. SQUELETTE DE l'eNFAHT MORT AU TEMPLE

En confiant son secret à la terre, le gouvernement espérait qu'il y serait enseveli pour toujours, et qu'au pis aller, les investigations se borneraient à des conjectures impossibles à vérifier. Mais l'éternelle justice en a autrement ordonné: le squelette de l'enfant retrouvé il y a quelques années, et scro-

Îuleusement examiné par quatre anatomistes distingués, IM M... D... B... et T.., les uns anciens internes, l'autre méde in des hôpitaux, outre les traces de l'autopsie, et celles de scrofules congéniales dont jamais le fils de Louis XVI n'avait été atteint, a révélé un âge de treize à quinze ans, et le fils de Louis XVI n'en avait que dix !!

Ces médecins, hommes consciencieux, honorables et bien connus, complètement désintéressés dans la question, nous ont eux-mêmes raconté les circonstances de la découverte, le mode, les détails et le résultat de leurs observations ; l'un d'eux en a conservé procès-verbal, et tous ont promis leur affirmation judiciaire au besoin.

Pièce 30.— M. l'abbé Ne... écrit à M. A...

« Monsieur,

« Je suis prêtre, jadis ennemi déclaré de la cause du fils de Louis XVI, dont j'ai regardé longtemps l'histoire comme une fable, mais aujourd'hui, pleinement convaincu de son existence, et cherchant à réparer, par mon respect et mon amour,

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mon indifférence passée, que l'espèce de bonne foi où j'étais peut rendre excusable, permettez-moi donc d'ajouter un nouveau témoignage à tous ceux que tous avez déjà publiés. J'es-

f)ère que cette petite pierre contribuera pour sa faible part à 'édifice de la reconnaissance du fils du roi martyr.

« J'ai souvent entendu plusieurs personnes s étonner de ce que la Restauration ne fit pas rechercher les restes de l'enfant mort au Temple, puisqu'elle professait que cet enfant était l'infortuné Dauphin. L'on dit, pour l'excuser, que ces restes étaient difficiles à découvrir, et que, d'ailleurs, des fouilles commencées quelque part n'avaient pas eu de résultat. ]. Inflexible a également publié que ces restes furent, il y a trois ans environ, découverts près de l'église Sainte-Marguerite, et que des médecins appelés déclarèrent que cet enfant, que tout prouvait être celui mort au Temple, devait avoir au moins quinze ans. Or, voici un témoignage que j'ai recueilli ces jours-ci, et qui vient jeter un nouveau jour sur ce sujet; le public en jugera la valeur.

« Le 20 juin 1850, étant à Paris, je me transportai à l'église Sainte-Marguerite, près de laquelle la tradition rapporte qu'on déposa les restes de l'enfant mort au Temple en 1795. Mon but était donc d'acquérir une connaissance détaillée de ce qui se passa, il y a environ trois ans, lors de la découverte du cercueil de cet enfant. J'étais accompagné de M. l'abbé 6..., prêtre, agrégé à une congrégation religieuse. M. le curé de Sainte-Marguerite étant absent, M. le prêtre sacristain de cette paroisse, à qui l'on m'adressa comme le plus capable de me fournir les renseignements que je cherchais, me raconta les faits suivants :

« i° Il est hors de doute que « les restes de l'enfant mort an Temple furent déposés au cimetière de Sainte-Marguerite. » On les mit d'abord « dans la fosse commune ; » mais, quand la nuit fut venue, ils en furent tirés par les soins du fossoyeur, en présence de témoins, « et placés tout près d'une petite porte de l'église. » Ce fait est certain et ne peut être révoqué le moins du monde en doute.

« 2° 11 était tellement avéré que les restes de l'enfant mort au Temple avaient été déposes dans ce lieu, que, la Restauration venue, M. Lemercier, curé de Sainte-Marguerite, prédécesseur immédiat de M. le curé actuel, crut devoir faire une démarche formelle auprès de madame la duchesse d'Angoulême. Il lui proposa donc « de faire chercher ces restes, » afin de les mettre dans un lieu plus convenable, et il offrit même de les

r lacer dans une chapelle de son église qu'on aurait disposée cet effet. Madame la duchesse d'Angoulême pleura beaucoup, mais refusa d'ordonner aucune recherche, alléguant pour prétexte qu'il « fallait bien se garder de réveiller le souvenir de nos discordes civiles, que les rois étaient dans une

position terrible et qu'ils ne pouvaient pas faire tout ce qu'ils voulaient. » ^interrogeai minutieusement M. le prêtre sacristain sur cette déclaration qui me paraissait infiniment grave, et H m'assura, à plusieurs reprises, tenir ce fait de M. le curé actuel de Mainte-Marguerite, qui le tenait à son tsur de M. Lemercier. Il me répéta de nouveau que M. Lemercier, en faisant cette proposition, savait positivement où étaient déposés les restes de l'enfant mort au Temple, et proposait par conséquent de faire une recherche bien facile et dont le résultat devait être infaillible.

« 3« n y a trois ans environ, l'on creusait des fondations pour un petit bâtiment annexé à l'église. M. le prêtre sacristain surveillait les travaux, et était présent quand on découvrit, à trois pieds au-dessous du sol, « un cercueil en plomb placé dans le lieu même où Ton disait qu'était le corps de l'enfant mort au Temple. » Le cercueil pouvait avoir cinq pieds de long à peu près. Aussitôt, M. le prêtre sacristain fit suspendre les travaux et courut prévenir M. le curé. Ce'.; dernier, jugeant le cas extrêmement grave, n'osa pas prendre sur lui de faire enlever ce cercueil, et ordonna d'ouvrir tout à c&é une tranchée juste de sa longueur et de l*y Taire glisser, sans le retirer de la fosse. Ainsi fut-il fait. Mais, la nuit suivante, M. le curé, de l'avis deM.de Rambuteau, préfet de la Seine, «fit enlever le cercueil et le fit ouvrir. » Depuis, qu'est-il devenu? C'est ce que M. le prêtre sacristain ignore ; il sait seulement qu'on ne l'a pas remis dans son ancienne place.

« Tels sont, monsieur, dans leur plus grande exactitude, les faits que m'arapportésM. le prêtre sacristain de Sainte-Marguerite. Il est inutile que je les commente. Ne parlent-ils pas assez d'eux-mêmes ? Que le public juge. Il trouvera sans doute d'abord très étonnant queladuchessed'Angoulème refused'ordonner des fouilles à Sainte-Marguerite. — Le prétexte a qu'il ne faut, pas réveiller ie souvenir de nos discordes civiles, » ne lui paraîtra guère plausible. N'a-t-on pas cherché et transporté à Saint-Denis les restes de Louis XVI et de Marie-Antoinette? Et cela paraîtra d'autant plus étonnant que, je le répète, il n'était pas seulement probable, mais certain quel'enfant mort au Temple était enterré à Sainte-Marguerite. Il tirera aussi de graudes conséquences du fait qui s'est passé il y a environ 1 trois arrs. En effet, on trouve un cercueil; évidemment,c'est celui de l'enfant mort au Temple. Il est dans le lieu précis où Ton a mis ce dernier. De plus, les médecins déclarent l'avoir parfaitement reconnu « aux marques de l'autopsie et aux traces des scrofules. » Mais ce cercueil a cinq pieds de long; mais les médecins déclarent "que c'est le squelette d'un enfant « d'au moins quinze ans ; » donc l'enfant mort au Temple avait « au moins quinze ans. » Donc il n'était pas le Dauphin, qui n'en avait que dix !

« Voilà, monsieur, ce que ma conscience m'obligeait de dire. Faites de mou témoignage ce qw'il vous plaira. Je suis prêtre et Français; ni l'un ni l'autre ne doivent savoir dissimuler; et, puisque nous reconnaissons dans M. le baron de Richemoni le iils de Louis XVI, hen au monde ne doit nous empêcher de le publier tout haut.

« Agréez, monsieur, l'assurance de ma parfaite estime et de mon entier dévouaient.

« Paris, 27 juin 1850.

« Signé : Ne....*, prêtre du diocèse de Lyon. » « J'atteste que ce récit est parfaitement exact. J'étais présent lorsque le prêtre sacristain de Sainte-Marguerite nous a raconté les faits ci-dessus relatés*

«Paris, 17 juin 1850.

« Srgné : B..., prêtre. »

Voilà, ou nous nous trompons fort, une découverte décisive.

Hàtons-nous de prévenir les quelques objections qu'on ne manquera pas de soulever.

Le commissaire de police Dusser dit que le corps de l'enfant fut placé dans un cercueil de bois et mis dans la fosse commune ; le squelette a été trouvé dans un cercueil de plomb et dans une fosse à part; avec des dispositions si différentes, comment reconnaître l'identité?

L'inhumation eut en effet lieu de la manière indiquée au

Srocès- verbal de Dusser. La nuit venue, des royalistes, aidés u fossoyeur ou de tout autre employé du cimetière ou de l'église agissant par dévoûment ou par intérêt, exhumèrent le corps, le changèrent de cercueil et le descendirent dans une fosse creusée près de l'église. H n'y a pas de fossoyeur qui ne se rappelle aisément, par le nombre des convois, la place d'un cadavre dans une fosse commune, surtoutquaud l'inhumation a lieu à huit heures du soir et l'exhumation dans la même nuit. A plus forte raison a-t-il pu se rappeler la fosse distincte, et perpétuer en confidence la tradition du fait et du lieu. Je dirai la même chose de ceux qui l'assistaient ou à l'instigation desquels il agissait.

Le cercueil est comme ceux de cette époque qu'on tenait en réserve dans les caveaux des églises; il affecte grossièrement la forme des contours du corps. On voit à sa longueur qu'il a été choisi à la hâte.

Est-il possible qu'on se soit trompé sur l'identité? Non. En dehorsde la tradition, ilexistaitun autrefil d'Ariane, le procèsverbal d'autopsie, et une déclaration de Pelletan du 17 août 1817, Ei kard, p. 490, dans laquelle il décrit minutieusement l'endroit où il a scié le crâne, et le procédé qu'il a employé pour le remettre et le maintenir en place. C'est avec ces

deux pièces authentiques m main- que les docteurs ont examiné le squelette. Or, ils ont trouvé le trait de scie exactement à rendroit du crâne désigné dans la déclaration de Pelletan , et les tracesdes tumeurs scrofuleuses au côté interne du genou droit et à l'os radius prèsle poignet du côté gauche, conformément au procès-verbal d'autopsie.

Une particularité plus frappante et plus concluante, s'il se peut : au crâne adhérait encore un toupet de cheveux rouges!! Qu on se souvienne de l'exclamation delà nourrice en voyant l'enfant du Temple après le 19 janvier 1794: « Mon élève avait les cheveux blonds, celui-ci les a rouges ! » pièce 5.

Même en l'absence de toute tradition, detoutedésignation,y a-t-il meilleure et plus sûre constatation d'identité du squelette? Pour la rejeter, il faudrait admettre qu'un même cimetière, en même temps, a reçu la dépouille de deux individus offrant identiquement la même analyse cadavérique, le crâne scié dans les mêmes régions, les mêmes osattaaués des mêmes tumeurs scrofuleuses, aux mêmes endroits^ les cheveux de la même couleur î Ce serait aller jusqu'à l absurde ; car, même en négligeant le trait résultant de l'opération chirurgicale, aux yeuxdel'anatomiste, entre deux cadavres comme entre deux hommes, il ne saurait exister de ressemblance parfciite

Donc l'enfant mort au Temple était, selon l'aveu du Con- Tentionnel Prieur, pièce 20, un substitué et non le Dauphin.

Démonstration de l'identité du cadavre; démonstration de la non-identité de l'enfant mort au Temple avec le fils de Louis XVI; nouvelle démonstration de l'enlèvement et de la substitution.

POURSUITES DE l/AUTORlTÉ.

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