‹ La Restauration convaincue d'hypocrisie, de mensonge et d'usurpation de complicité avec les souverains de la SainteAlliance ou preuves de l'existence du fils de Louis XVIChapitre 21 sur 54 · POURSUITES DU DAUPHIN PAR L'AUTORITÉ · texte numérisé non relu

POURSUITES DU DAUPHIN PAR L'AUTORITÉ

L'autorité fut-elle instruite de la disparition du Dauphin le jour même du départ des Simon, ne le fut-elle que plus tard? C'est ce qu'il est impossible d'affirmer. Comme les cornmissaires-gardiens se renouvelaient chaque jour, comme la plupart d'entre eux n'avaient jamais vu ni connu le Ris de Louis XVI, comme la pièce où se tenait l'enfant était obscure il est assez présumable qu'on ne s'aperçut de rien sur-lechamp. Mais quand vint l'heure du repas ou du coucher, et quand, interrogeant l'enfant, on n'obtint de lui aucunes paroles, le soupçon dut éclater. Ce ne fut cependant pas à qui des commissaires irait instruire l'autorité de ce qui s'était passé, car une terrible responsabilité pesait sur leur tête pour avoir négligé de vérifier l'identité du prisonnier. La fraude a donc pu n'être officiellement découverte que longtemps après ; et pourtant les modifications apportées au service intérieur du Temple, la suppression du gardien spécial, l'abandon de l'enfant, sa séquestration complète de tous ceux qui connaissaient le Dauphin, tout, en un mot, dans la conduite du Gouvernement, semble indiquer clairement qu'il la savait.

Des recherches furent faites, sourdement d'abord, ensuite plus ostensiblement, à partir du 8 juin 1795, jour du décès de l'enfant substitué. Le Gouvernement possédant dès lors un titre mortuaire authentique, se dispensa de garder autant de mesures.

Est-ce à l'époque intermédiaire, est-ce à celle qui suivit la mort de l'enfant qu'il faut rapporter les recherches dont je vais fournir des preuves? Je n'oserais trancher la question. Quelle que soit, du reste, l'opinion qu'on adopte, le fait principal, celui de la poursuite du fils de Louis XVI par l'Autorité, n'en sera pas moins avéré, et on ne poursuit ni les prisonniers qu'on tient en sa puissance, ni les morts.

Pièce 31. — Le 21 décembre 1849, M. B. D..., horticulteur, né à £aint-R<>main-de-Colbose , arrondissement du HàV/re, Seine- Inférieure, déclare :

« En 1794 ou 95, requis pour servir sous les drapeaux je me rendis à la municipalité afin de justifier que la réquisition ne pouvait m'atteindre, attendu que je n'avais pas encore râge révolu. Pendant que je luttais pour ainsi dire corps à corps avec les membres du comité, Petit, Condé, Du val, Dupuis, etc., tout-à-coup le citoyen Berthelot se précipite plutôt

qu'il n'entre dans la salle du conseil, et, sans m'apercevoir, parce que j'étais masqué par la porte, s'écrie, tout effaré en patois du pays :

« Citoyens , no va recommencer les perquisitions domiciliaires : Cap et est écappé.» — On va recommencer tes visites domiciliaires : Capet est échappé.

Pièce 32. — Le 6 décembre 1849, madame P..., née M..., propriétaire, demeurant à Paria, rue d'Enfer, déclare :

« En 1818, à l'époque du procès de Mathuria Brun eau, j'habitai* avec ma mère à Pithivîers ; j'avais vingt-six ans. Nous reçûmes la visite d'un ancien et intime ami de/ma famille, qui avait succédé à mon père en qo«l*véde maire de la commune de Gobertin, arrondissement de Pitnivier*, est 1794. H s'appelait M. Pierre Mennetioo.

« 11 dit à ma mère que le Dauphin n'était pas mort, qu'il en avait eu la preuve entre ses mains; qu'il avait autrefois reçn trois lettres fort importantes à ce swjet, qui lui avaient été adressées confidentiellement par un de ses amis membre d'trn des districts de Paris; qu'il lui avait recommandé de les bràler, mais qu'il les avait conservées et confiées, pensait-il, en déi»ôt à notre famille en -1795, date de leur envoi.

« Ma mère crut, en effet, se rappeler le dépôt et me pria de chercher- Je retrouvai bientôt trois lettres enveloppées soigneusement dans un papier. M. Mennetton n'eut pas de peine a les reconnaître; il témoigna beaucoup de joie de leur con- 9 ervation , les prit et nous les lut.

« La première était à peu près ainsi conçue : « Mon ami , je « t'apprendrai un singulier événement; ou vient de nous en* « lever le fils de Louis XVI et de lui substituer un autre en- « fant malade, contrefait, presque mourant, et qui, ^e creis, « n'a jamais sn parler. 11 a les cheveux rouges , l'autre les « avait blonds. Nous ne savons ni par qui ni comment a été « fait le coup. Je te prie , mon ami , de faire d'activés re- « cherches dans les environs, et de prévenir le district de « Bois-Commun. Tu ne montreras pas ma lettre et tu laixrû- « leras. »

« La seconde, datée de deux ou trois j purs pi us tard, disait : « Mon ami, j'ai oublié de t'envcyer le signalement de l'enfant « enlevé; il est blond, a la peau blanche, les yeux bleus, les « sourcils blonds et clair-semés... » — La lettre parlait aussi du teint, de la bouche et du menton, mais je ne sais plus en quels termes ; je me rappelle aussi qu'il était question d'une marque au côté gauche, et que la lettre se terminait ainsi : « Le chirurgien Desault est mort; on le présume empoisonné. « On fait des recherches de tous côtés en sous main ; je ne « sais pas comment cela va se passer. Brûle cette lettre. »

POURSUITES DR tAIWORITÉ. 69

« La troisième est moins présente à ma mémoire ; elle était moins intéressante; on é nu nierait les endroits où les recherches avaient été faites, leur inutilité et. la mort au Temple de l'enfant substitué. On recommandait encore de brûler.

a M. Mennetion emporta les lettres en disant : Je vais les envoyer a Louis XVIIL ; je suis content de lui prouver que son neven n'est pas mort au Temple, et qu'il en a été enlevé...,»

On lit dans Mlustration du 30 août ^845 :

« Le 14 juin 1795 , six jours après le décès de l'enfant qui était renfermé au Temple, la Convention rendit un décret qui ordonnait de poursuivre le fils de Capet sur toutes les routes de France... »

Personne n'a contesté ce déeret.

Il en résulte, et il résulte des pièces 34 et 32 .^ue des ordres furent donnés, des Municipalités prévenues et des recherches pratiquées dans le but d arrêter le Dauphin. Si les membres de la commune de Saint-Romain-de-Colbose , si ceux du district de Bois-Commun rf eurent des instructions en ce sens , il est évident que la mesure s'étendit à d'autres Municipalité*.

Quoi de plus précis que ce témoignage d'un vieillard vénérable, M. D..., rapportant la communication de Berthelot aux membres du Comité : «c Citoyens, on va recommencer les visites domiciliaires, Capet est échappé»» £t ce passage de la première lettre adressée par un membre des districts de Paris, à M. Mennetion : « On vient 4e nous enlever le (ils de Louis XVI... Nous ne savons par qui a été fait le coup. Je te prie , mon ami , de faire d'activés recherches dans les environs, et de faire prévenir le district de Bois -Commun... » La recommandation de brûler la lettre prou ve le déair qulqn avait de ne pas trop divulguer les poursuites.

L'autorité ne s'en tint pas aux ordonnances de poursuites, iJ y eut des arrestations opérées.

Pièce 33, — Le 5 janvier 1849 , M. J. C..., chanoine, déclare :

« J'ai sn qu'en 1793 , à l'époque de la prétendue mort du jeune prisonnier du Temple , un ecclésiastique , qui est mort depuis chanoine d'Angers, revenait de Pans avec un jeuue enfant dont il faisait l'éducation. Arrivés à Orléans, les voyageurs y couchèrent. Au milieu de la nuit, la justice arrive, entre dans l'appartement où reposaient le précepteur et son 4lève ; on visite l'enfant avec soin* et op se retire ; çe n'était pas celui qu'on cherchait, 9

M. Léon-Louis Maillard , demeurant autrefois boulevart et

hôtel Beaumarchais , fut aussi arrêté en 4795 , par ordre du Comité de sûreté générale , comme étant le Dautfhin évadé, et fut retenu quelque temps dans le département! de la Charente. I

Mais l'arrestation la plus importante, par les circonstances et les résultats , celle dont il nous reste des traces authentiques et incontestables, est celle de M. Morin dé Guérivière. Pour ne lui rien enlever de sa force , je stiis contraint d'anticiper sur les chapitres suivants et d'entrer dans des détails qui se rapportent à la manière dont le Dauphin sortit de France.

A cette époque il était caché dans la Vendée ; on n'attendait que l'occasion de le faire passer à l'étranger.

Pour favoriser cette fuite, l'émissaire du prince de Condé, Ojardias, s'était entendu avec un royaliste de sa connaissance, M. Morin de Guérivière, greffier du Comité civil de la section de Bon ne- Nouvelle, et celui-ci lui avait confié son fi!s à peu près de l'âge et de la taille du Dauphin. Ojardias fit monter le jeune Morin dans une berline de voyage à auatre chevaux , le plaça debout vis-à-vis de la portière afin qu'il fût aperçu, et, dans cet équipage, il traversa Paris avec fracas, prenant la route du Bourbonnais , après avoir répandu le bruit du prochain départ du prince quon croyait caché dans la capitale.

La Convention donna dans le panneau : elle adressa de suite au représentant Chazal, délégué dans les départements situés sur le chemin présumé qu*Ojardias allait parcourir, une dépêche dans laquelle il était dit qu'un enfant avait été enlevé la veille , et , comme tout portait à croire que c'était le détenu du Temple , qu'il fallait le faire arrêter le plus promptement possible.

Le jeune Morin de Guérivière, parti de Paris le 7 juin 1795, fut conduit dans la ville de Thiers, et mis par Ojardias entre les mains d'un de ses amis, M. Barge- Beal, l'un des plus riches propriétaires du pays; puis, par mesure de prudence , l'émissaire du prince de Coudé crut devoir s'éloigner dans le premier moment.

Les ordres de la Convention ne tardèrent pas effectivement à arriver, et l'enfant fut mis en état d'arrestation dans la maison où il était ; mais bientôt on apprit du jeune Morin son nom et sa famille, ce qui calma les esprits. Ojardias, informé par M- B3rge-Béal de tout ce qui s'était passé, jugea qu'il pouvait alors sans crainte se présenter aux autorites. Il se rendit donc auprès du représentant Chazal , qui , satisfait de ses explications, écrivit au procureur syndic de Thiers la lettre suivante:

Page 1