EMPRISONNEMENT DU DAUPHIN A MILAN
Après deux ans d'absence , le fils de Louis XVI , supposant qu'on avait perdu ses traces et qu'on ne s'occupait plus de lui, crut pouvoir traverser sans obstacle les Etats autrichiens. Mais sur les instances du gouvernement français, il fut arrêté à San-Benedetto, près de Mantoue, le 12 avril 1818, où il subit un premier interrogatoire.
Questionné sur ses nom, prénoms et qualités, il refusa toute explication et protesta vivement, comme étranger et comme Français , contre l'acte de violence qu'il subissait : « C'est précisément, lui répondit-on, parce que vous êtes Français, et d'après la demande du gouvernement français, que nous vous arrêtons. »
Aussitôt on s'empara de son argent y de ses bijoux , de ses papiers, et notamment de l'original de la protestation de 1816 et de la lettre du prince de Gondé. Ne voulant pas qu'elle fût lue par tout le monde ou égarée, il la mit sous enveloppe, avec cette suscription : « A Sa Majesté Impériale seule. »
Sommé de nouveau d'indiquer son nom , il se contenta de dire : « Je me nomme Louis-Charles de Bourbon , je suis Français, libre d'aller où bon me semble ; j'insiste pour qu'on me reconduise à la frontière , ou qu'on me remette entre les mains de mon gouvernement. »
Trois mois plus tard, en juillet 1818 , un délégué de l'empereur se rendait auprès du prince, « Vos papiers, lui dit-il, et la lettre ont été transmis à Sa Majesté ; ils attestent une haute origine ; veuillez vous expliquer franchement et sans crainte ; l'Autriche n'a point de griefs à vous reprocher ; sa conduite est une complaisance envers Louis XVIII ; elle vous traitera honorablement si vous êtes membre de la famille régnante. Mais sachez qu'une loi de l'empire punit de mort celui qui se prétend faussement parent du souverain. »
Le prisonnier saisit une plume, écrivit et signa la déclaration suivante :
« Je me nomme Louis-Charles de Bourbon , duc de Normandie, comme le disent les papiers qui ont été saisis sur moi et qui sont ma propriété ; Louis XVI , roi de France , fut mon père ; Marie-Antoinette- Jcsèphe- Jean ne de Lorraine , tante de l'empereur actuel d'Autriche, et reine de France, fut ma mère ; je naquis à Versailles, le 27 mars 1785.
« Comme particulier, et quoique je n'aie rien fait pour mé-
PRISON DE MILAN
riter l'acte rigoureux dont je suis victime , je demande des juges.
« Gomme prince et souverain , je déclare que je ne dois compte de mes actions qu'à Dieu > qui seul a le droit de me le demander... »
Probablement, il en fut donné avis à Louis XVIII ; tous ayant intérêt à étouffer les cris et les réclamations de la -victime , elle resta captive , au secret le plus rigoureux.
En 1823, le prince trouva moyen de faire parvenir à l'empereur de Russie une note dont le congrès de Vérone eut connaissance. Alexandre insistait en faveur du fils de Louis XVI; l'Autriche produisit sa protestation du 1 er juin 1816, et la détention fut maintenue.
Louis XV11I mourut Tannée suivante, 1824 ; l'Autriche fit notifier officiellement sa mort au prisonnier.
Enfin, l'empereur vint à Milan; le Dauphin put lui adresser une réclamation et lui demander justice. L archiduc et de hauts fonctionnaires le secondèrent. Par ordre du souverain, on écrivit au gouvernement français pour qu'il eût à donner des explications sur le captif, faute de quoi sa mise en liberté serait prononcée.
Un an de règne , et la certitude qu'on ne restituerait point au prisonnier les pièces justificatives de son identité rassurèrent Charles X. Son gouvernement répondit que « ne le reconnaissant pas pour Français , il n'avait aucune objection à faire à la décision que prendrait l'empereur. »
Au vu de cette dépêche, l'empereur, qui était alors à Prèsbourg, ordonna de rendre le captif à la liberté. Cet ordre reçut son exécution le 25 octobre 1825 ; le fils de Louis XVI sortit de prison après sept ans , six mois et douze jours de détention .
Prc lires.
La captivité du prince à Milan ne passa point inaperçue : deux compagnons d'infortune , justement célèbres, Silvio Pellico et Andryane, en ont gardé le souvenir; le duc de Caraman , notre ambassadeur en Autriche, à cette époque, ne Ta pas oubliée, et de graves attestations la confirment.
Il faut qu'elle ait produit sur l'auteur des Prisons une impression profonde, puisqu'il lui consacre quatre de ses chapitres.
Silvio s'exprime ainsi :