‹ La Restauration convaincue d'hypocrisie, de mensonge et d'usurpation de complicité avec les souverains de la SainteAlliance ou preuves de l'existence du fils de Louis XVIChapitre 40 sur 54 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

OPINION DE LA FAMILLE ROYALE, DES PUISSANCES ET DE QUELQUES GRANDS PERSONNAGES SUR L'EXISTErNCE DU DAUPHIN.

Aucun membre de la famille restaurée n'a jamais ignoré l'existence du Dauphin; actes, paroles, réticences mêmes, tout le prouve. Nos arguments, dans ce chapitre, seront souvent la reproduction, à ce nouveau point de vue, d'arguments antérieurs ; ils n'auront cependant ni moins de force ni moins de portée. Commençons par le prétendu chef de race :

Louis XVIII.

Le Court-Journal du 24 mars 1832, n° 152, page 186, cité page 8 de notre préambule, écrit : « Nous avons vu une proclamation, datée de Vérone, du 14 octobre 1797, dans laquelle le comte de Provence prenait simplement le titre de Régent de France. » Or l'acte officiel de la mort de son neveu remontait au 8 juin 1795; en se donnant le titre de Régent deux ans plus tard, il le savait donc vivant

La même conclusion se tire des deux traités secrets, indiqués pages 9 et 10.

Le premier, celui du 12 décembre 1802, conclu entre la Russie, l'Autriche, la Prusse, Naples, et le comte de Provence, « accorde à ce dernier le titre officiel de roi, sous la condition que dans ses rapports avec ces puissances il restera régent, et qu'advenant certains cas prévus, il résignera la qualification suprême. » Cette note émane de l'auteur du traité, M. le duc de Serra Capriola, lui-même, alors ambassadeur de Naples en Russie. — Si le comte de Provence consent à rester régent vis-à-vis des souverains étrangers, c'est qu'il ne peut nier l'existence du fils de Louis XVI. ( Le second, celui de 1814, contient cette clause significative : « Bien que les hautes puissances contractantes, souveraines alliées, « n'aient pas fa certitude de la mort du fils de Louis XVI, » la situation de l'Europe et les intérêts publics exigent qu'elles placent à la tète du pouvoir, en France ce Louis- Stanislas-Xavier-Joseph , comte de Provence , sous le titre de roi, ostensiblement, mais n'étant de fait, dan3 leurs transactions secrètes , que régent du royaume , pendant les deux années qui vont suivre, se réservant, pendant ce laps de temps, d'acquérir toute certitude sur un fait qui.

FILS DK L0L1S XVI

déterminera ultérieurement quel doit être le souverain régnant de la France, de. p — En signant ce traité» Louis XVIH avouait donc implicitement l'existence du Dauphin, en 1814.

H se f avouait pas Moins par sa conduite que par «es écrite :

Dans sa séance du 28 décembre 1815, la chambre des députés avait pris une résolution relative au deuil public du 21 janvier, et à Pérectiou de monumenls expiatoires en l'honneur de Louis XVI, de Marie-Antoinette et de madame Elisabeth. L« 18 janvier 1816, la chambre des pairs adopte à l'unanimité celle résohiiton, en y faisant, dans ion enthousiasme* Mae addition que les ministres n'avaient fias demandée. EAle décide, loi des 19 janvier et 2 février, art. A :

« 11 sera élément élevé un monument au nom et aux frais de la nation à la mémoire de Louis XVII. »

Les monuments du roi. 4e la reine, de madame Elisabeth, furent construits; celui du duc (TEnghien s'éleva dans les fossés de Vincenncs; Moreau, Pichegru eurent des statues... et le pîince qui avait été roi de Taît, en vertu des anciennes bis monarchiques, Louis XVII, fut complètement oublié.

Ce n'était pas la volonté de le Taire passer pour mort qui manquait ; mais trop de personnes, à cette époque, connaissaient son évasion et son existence ; trop de pièces conservées en différents endroits, retenues par différentes mains pouvaient se répandre dans le public et dévoiler la tartuferie et l'usurpation ; Louis XVm se tint sur la réserve, afin de garder au moins nne excuse, s'il arrivait un éclat; il ne fit point exécuter de monument à Louis XVII.

Lorsqu'il fut question de transférer dans les caveaux de Saint-Denis les restes des trois royales victimes de la révolution, le marquis de Dreux-Brézé, fils de l'ancien maître des cérémonies de Louis XVI, revêtu par Louis XV Ul de la même dignité en 18U, demanda au roi si on ne ferait pas en même temps la translation des cendres de Louis XV1L..

Louis XV11I répondit : « Nous ne sommes point assez sûrs -de sa mort pour faire une telle cérémonie à son sujet. »

Cette parole lui était échappée ; il crut en gager AL de Dreux* Brézé au silence en le nommant sur-le-cnamp grand-maître des cérémonies.

Madame la marquise de Monténart, senl enfant vivant du' marquis deDreux-Brezé, a affirmé et est disposée à affirmer la réalité de cet aveu. 11 en est de même de sa mère.

Louis XVÏÏ1, en effet, ne devait pas être très sûr de la mort de son neveu, puisque, par son ordre, M. de Caraman, son ambassadeur, — voir sa déposition p. 140, — le faisait arrêter, en Lombardie, le 12 avril 1818 f et la translation des cendres avait lieu en janvier 1BH !

OPINION DE LA VfBÊÊOM , ETC. 147

Aussi, n'y eut-il aucunes fouilles ordonnées 00 pratiquées pour retrouveras ossements du prétendu mort. Le roi se conduisit à son égard en homme qui n'était pas sûr d'un décès qu'un acte public constatait.

Il n'y eut, non plus, à son intention, aucunes prières publiques, aucun service solennel-, ou plutôt , nous iwus trompons; M y evl -des -ordre loimés, car Lo-uis XVIII, voulant anéantir l'idée de k coub rvation de son neveu, essaya de consacrer religieusement sou décès ; mais il dut renoncer à ee. projet, et mesure assez significative, les ordres furent immédiatement révoqués.

Voici comment les choses se passèrent :Ua témoin ocrflaire, irrécusable puisqu'il était alors employé à la Grande-Aumônenie, rb«*orable M. R.., se charge <fe nous les raconter.

Pièce 62. — « Un autre fait pourrait attester que le duc de Normandie n'est pas mort au Temple, et qu'il a été sauvé miraculeusement des mains de la horde sanguinaire qui existait dans ce temps d'affreuse mémoire, c'est que vers le commencement de Tannée 1817, Louis XVUI, voulant officiellement consacrer le bruit de la mort de son neveu, ordonna qu'un service solennel serait célébré dans la basilique de Saint- Denis,pour le repos de l'âme de Louis XVlï. Pour se conformer aux ordres du roi, des préparatifs furent faits et le jour fixé*

Tout-à-coup, et sans que l'on pût s'y attendre, un contreordre arriva au chapitre royal de Saint-Denis, et le service n'eut pas lieu. » Ce fait, tout extraordinaire qu'il soit, est à ma connaissance, car je faisais alors partie de l'administration de la Grande-Aumonerie, sous les ordres de laquelle était le chapitre royal.

« Ce service presque aussitôt décommandé qu'ordonné prouve positivement qu'on ne pouvait faire un service mortuaire pour un vivant.

« Paris, le 22 juin 1850.

« Signé : R..., rue de Sèvres. »

Alléguera-t-on qu'en considération du jeune âge de l'enfant roi, le monarque et le clergé se crurent dispensés de prier ? Mais alors ou se serait aussi dispensé de donner des ordres.

Il est plus présumable que le service fut contremandé par la même cause qui fit contremander les apprêts du sacre de Louis XVlll. Nous avons rapporté, page 11, d'après Lafont d'Aussonne, qu'un envoyé de Rome communiqua au roi une pièce authentique constatant l'existence du fils de Louis XVI, et que le Saint-Père se fonda sur cette existence pour mettre obstacle la cérémonie. Le haut clergé, nécessairement instruit de l'opposition et de ses motifs, dut en tenir compte à l'occasion du service de Saint-Denis.

De tous ces faits il transpira quelque chose, et le public commençait à former contre la légitimité de Louis XY111 des conjectures assez défavorables. Afin de les arrêter dès l'origine, celui-ci résolut d'attirer l'attention générale du côté du sabotier Mathurin Brun eau, qui s'était dit fils de Louis XVI, et qu'on avait arrêté dès le mois de décembre 1815. La police lui enseigna son rôle, et comme il fallait à tout prix répandre l'opinion delà mort du Dauphin, en publiant le plus solennellement possible les documents qui semblaient la constater, quoiqu'il ne fût pas difficile de confondre l'imposteur, on affecta de donner à l'instruction, aux débats et au jugement du procès une importance que n'admettait pas la grossièreté du personnage. Le tribunal correctionnel de Rouen le condamna, le 18 février 1818, à sept années d'emprisonnement.

Loin de diminuer les commentaires, ce procès les multiplia, surtout dans les classes élevées de la société. 11 est vrai que les indiscrétions de Louis XVJIl ne s'étaient pas bornées à M. de Dreux-Brézé; d'autres personnages de la cour en avaient recueilli de semblables.

M. le duc de Montesquiou, par exemple, a dit à différentes personnes : « qu'il tenait positivement de Louis XVlll la réalité de l'évasion de son neveu delà prison du Tejnple. » MM. de Montciel et deTBréuiont, l'un ministre de Louis XVI, l'autre secrétaire du ministre, pièce 17, p. 31», et M. Botot, attaché à Barras, pièce 16, p. 30, ont attesté « qu'il connaissait l'existence de son neveu. »

Supposons même, contre toute apparence et contre toute vérité, qu'il eût été personnellement dans l'ignorance à cet égard, les renseignements (jui lui furent adressés directement, les avertissements qu'il reçut, ne lai permettaient pas d'y rester.

Sans doute on n'aura point oublié M. Mennetion et la pièce 32, p. 68. Cet ancien maire de Gobertin, qui venait de retrouver trois lettres d'un de ses amis du district de Paris,

annonçant l'évasion du Dauphin, se hâta de les envoyer à Louis XVlll, vers l'époque du procès de Mathurin Bruneau ; « Je suis content, disait-il de lui prouver que son neveu n'est pas mort au Temple, et qu'il en a été enlevé... »

Les mêmes avis lui étaient parvenus déjà d'une manière et par une voie tout extraordinaire. Pourquoi ne parlerais- je pas de Martin? La mission du paysan de Gallardon serait-elle plus déplacée dans l'histoire que celle de la paysanne de Domrémi, l'héroïque Jeanne d'Arc? et l'Esprit, qui inspirait à Daniel son Mane, Thekel, Pharès, aurait-il moius de force, moins d'activité, moins de sagesse, moins de justice en France qu'à Babylone, en 1816 qu'en 1428, et en 548 avant l'ère chrétienne? Le paysan Martin, donc, s'annonçant comme exé-

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cuteur d'un ordre céleste, demanda à entretenir LouisXVIIl, sans témoins. On le traita de fou, et on le conduisit à Charenton. A force de persistance, i! fut admis, le 2 avril 1816, près du roi. Comme garantie de son mandat, il lui révéla d'abord des circonstances secrètes de sa vie, connues de lui seul; ensuite il lui dit: «Votre neveu n'est pas mort, il est dans vos provinces, faites-le chercher ; vous n'avez pas droit de régner; c'est à lui que le trône appartient. » LouisXVIIl, très ému, pleura beaucoup, remercia le paysan, et, ne pouvant le forcer à accepter de l'or, lui acheta une petite propriété d'un revenu strictement nécessaire à ses besoins. Si Martin eût été fou, conformément à ( opinion du médecin Leuret, Louis XV111 se serait-il ainsi conduit? Voir la Relation publiée par Bneon, attestée véritable par un haut personnage et par M. de Sillery, p. 69,169 et 161.

Un dernier fait dévoilera mieux que tous les autres la pensée intime et la politique de Louis XVlll : C'est la disparition de M. Caron père. Laissons parler son fils :

Déclaration de M. < ai on.

« Employé au service de la bauchî de Louis XVI, en qualité de gobeletier, M. Caron, mon père, âgé de quarante-six ans en 1792, parvint, après la journée du 10 août, l'arrestation et le transfert au Temple de la famille royale, à s'introduire dans cette prison, d'après un ordre de Péthion, et à sa rendre utile aux augustes prisonniers.

« M. Caron voyait souvent le Dauphin, et il contribua dans les plus mauvais moments, à adoucir les souffrances que causaient à cette royale victime la privation de la vue et des soins de sa malheureuse famille, et la rude cruauté de ses farouches gardiens... C'est aiusi qu'il put avoir pleine et entière connaissance de l'enlèvement du jeune prince de la manière et par les sollicitudes de qui il fut exécuté... '

« Après l'enlèvement, M. Caron en rendit naturellement compte à la fille du roi... Cette princesse dut lui savoir gré d'une pareille confidence, et eu conserver un précieux souvenir.

« A la rentrée en France, en 1814, de la famille des Bourbons, la lillede Louis XVI, qui n'avait point oublié les services que M. Caron avait rendus a elle et aux siens dans les jours ûe malheur, le gratifia d'une pension qu'il reçut avec reconnaissance, et qu il toucha jusqu au moment où il fut mis dans l'impossibilité de se présenter pour la recevoir...

« A la seconde restauration, LouisXVIIl, inquiet de ce que la duchesse d'Angoulême lui avait raconté relativement à l'enlèvement du Dauphin, et plus encore de ce que Martin ve-

ISO

TILS DE LOUIS TCVT.

oùt delùî révéler à ce sujet, fit appeler ffl. Caron et l'interrogea sur ces faits.

«B. Caron, mon père, à qui la flatterie était inconnue, et qui devait croire d'ailleurs que le roi n'avait «Tantre but que de s'instruire de la vérité des faits, ainsi que de toutes les circonstances qui les avaient accompagnés, lui raconta tout oeiçai s'était passé au Temple.». Louis XVIll en parut satisfrit, et congédia mon père, après l'avoir remercié du zèle dont iUxait fait preuve à ces époques désastreuses.

« Ma famille ayant observé que mon père était plus sombre et jplus taciturne depuis qu'il avait vu le roi, chercha à obtenir de lui quelques éclaircissements; ce fut en vain : il s'obstina à garder lesilence.

« Mon père reçut dans ce moment la visite du prince Iules de Polignac, avec lequel il s'enfermait et causait. Le prince mettait par écrit tons les dires de M. Caron, et emportait soigneusement tout ce -qu'il écrivaît. Die temps en temps , le prince remmenait dans «a voiture. Où allaient-'ilst On t'ignore !... Mais, chaque fois que mon père rentrait, sa femme et ses enfants remarqua ient'nnrM'était iwqwet et qu'il évitait avec soin tout ce qui pouvait provoquer une explication quelconque au sujet de sa conduite si extraordinaire sous tons les rapports»».

« Souvent* ma nnère et ma sœur aînée, qùll chérissait, lui firent des observations ; il resta constamment muet, tant sur sa visite au roi que sur les écrits faits par le prince de Polignac, et sur leurs courses.

« Enfin, k 4 mars 4820, twon père sortit vers une heure de l'après-midi, en annonçant qu'il allait voir sa fille aînée , et qn il rentrerait immédiatement.

« Plusieurs heures s'écoulèrent ; celle du dîner se passa , et, ne voyant çoint revenir mon père, ma mère et moi, étonnés d'une absence aussi insolite, nous nous rendîmes chez ma sœur aînée, qui répondit qu'elle n'avait pas vu son père depuis

quelques jours.

« Justement alarmés d'un incident aussi imprévu, nous craignîmes que mon père n'eût fait quelque chute dangereuse dont on voulait nous cacher la gravité, et nous fîmes auprès de nos «on naissances des démarches empressées pour savoir si on ne i'svait pas vu. Sur les réponses négatives, et ne pouvant nous expliquer les causes d'une absence aussi étrange, n«n nous adressâmes au commissaire de police de notre quartier pour obtenir des renseignements... Ma mère écrivit au préfet de police, aux ministres de la police et de l'intérieur, et à tons ceux qui auraient pu rencontrer mon père... Ge fut en vain , personne ne l'avait vu !...

« éeme présentai en outre chez le secrétaire des commandements de S. À. R. la duchesse d'Angoulème, pour savoir si

OPINION DE LA FAMILLE , ETC

mon père avait reçu sa pension ou s'il avait envoyé quelqu'un *

pour en toucher le montant. Ce secrétaire me répondit, môme un peu sèchement, que M. Caron n'avait point paru, ni personne de sa part, et qu'il était surpris que sa famille mit tant de persistance dans ses recherches i..».

« Cette réponse, plus qu'inconvenante de la part du baron Charlet, qui, s'il n'eût reçu des instructions partScuHères sur celte affaire, aurait dû approuver toutes les angoisses d'une

ses recherches , fit soupçonner que M. Caron pouvait être victime d'an horrible guet-apens, dont le but était évidemment de le forcer à garder le silence sur ce qu'il avait vu et

entendu au Temple Ce qui prouve toute la justesse de

cette observation, c'est que ma mère a été privée de la part lui revenant de la pension dé mon père, et ce, contre tous les usages reçus l...

a Un fait, qui par lai-môme paraissait d'abord sans importance, vint nous éclairer et nous prouver que mon père éAaU tombé dats an piège adroitement tendu pai%qni avait le pins grand intérêt à ce qu'il ne révélât à qui que ce fût le secret de l'enlèvement du Temple du iftls de Louis XVI !... Voici ce qui se passa quelques jours après la disparition incompréhen-

« Comme je demandais mon père et que le racontais son malheur à tous ceux que je croyais susceptibles de me donner de ses nouvelles , je fus accosté au cafe qui était celui du théâtre des Variétés, par un individu que j'y rencontrais parfois et que je connaissais à peine ; cet individu me tint ce langage : « le sais que vous faites des démarches très actives pour découvrir le sort de M. votre père qui a disparu inopinément. Je vons engage , dans voire intérêt , à cesser vos recherches; elles ne peuvent aboutir qu'à vous compromettre et voilà tout!... »

« Etonné d'un tel langage et d'une confidence si inattendue, Y adressai à cet homme une fouie de questions auxquelles il refusa de répondre, et il s'éloigna pour éviter toute espèce d'explication.

« Atterré par cette découverte, je fis mon possible pour retrouver cet individu , sans jamais pouvoir le rejoindre... Qui était- il? Appartenait -il à la police? Je l'ignore encore...

a Après avoir informé ma famille de ce nouvel incident, et fait, malgré les représentations de cet inconnu, .auprès de l'autorité supérieure Les démarches Jes plu6 actives, afin d'être iuslruit du .sort de mon malheureux jpère , je tombai malade et fus forcé de garder le Ut, par suite du violent chagrin que m'avait causé l'inexplicable disparition d'un père ^jue j'aimais tendcemeuiet ^ui chérissait toute sa «famille dant il était adoré.

« Depuis cette funeste catastrophe, nous n'avons eu aucunes nouvelles de mon père, quelles qu'aient été notre activité et notre sollicitude. »

L'honorable M. R..., de la Grande-Aumônerie, mis au courant de cette tragique aventure par des amis de sa famille, confirme, en ces termes, la relation de M. Caron fils :

Pièce 63. — «J'ai lu dans les numéros 12 et 13 de 17»ftexible le récit de l'étrange disparition de M, Caron père. Je puis en quelque façon le corroborer de mon témoignage. J'ai connu ce M. Caron, sinon particulièrement, du moius par des amis de ma famille : il était alors messager d'Etat. Je me rappelle, vers 1820; avoir entendu plusieurs fois parler en famille de cette malheureuse disparition.

a Paris, 2 juillet 1850.

« Signé : R.... »

Remarquons que déjà M. Perrès, pièce 1 , p. 20, et un homme de confiance de M. le marquis de la Roche- Ay mon, p. 36, avaient disparu de la même manière.

De pareils faits ont un langage d'une logique accablante.

Charles X.

Pas plus que Louis XVIII, Charles X n'ignorait l'existence du fils de Louis XVI. Pendant l'émigration, il s'était presque constamment trouvé près du comte de Provence, et, par conséquent, avait eu connaissance de la proclamation de Vérone et des traités de 1802 et de 1814. En 1816, il n'avait pu ignorer l'entrevue de Versailles ; l'attestation de son premier valet de chambre, pièce 58, en fait foi: en 1824, MM. de Montciel et de Brémont, pièce 17, p. 31, vinrent tout exprès de Suisse l'assurer de celte existence, et l'engager à restituer le trôue au légitime héritier. Us furent enlevés par la gendarmerie et reconduits à la frontière. Charles X avoua lui-même cette existence à MM. de Bruges et de Montchenu, convoqués par lui; chapitre un; et, cependant, en 1825, consulté par l'Autriihe sur la conduite à tenir envers le Dauphin alors captif à Milan, il répondait : « Je ne le reconnais pas pour Français ! »

Duchesse d'Angoulème.

Après ce que nous avons écrit de l'entrevue de 1816, la connaissance de la conservation du Dauphin ne devrait plus faire question quant à la duchesse d Angoulème ; groupons néanmoins tous les documents qui s'y rattachent.

N'apprit-elle pas de M. Caron les détails de l'enlèvement, dès le temps de sa captivité à la Tour?

N'est-ce pas elle qui fit imprimer, en 1823, dans son Récit des événements du Temple, l'aveu cité page 35 : « Le 10 jan-

OPINION DE LA FAMILLE , ETC

vier 1794, nous entendîmes chez mon frère un grand bruit qui nous fil conjecturer qu'il s'en allait du Temple, et nous en fûmes convaincues quand, regardant par le trou de la serrure, nous vîmes emporter des paquets. Les jours d'après, nous entendîmes ouvrir la porte et marcher dans la chambre, et nous restâmes toujours persuadées qu'il était parti. »

N'est-ce pas elle qui vint aux Incurables voir la femme Simon, qui acquit, de sa bouche, la certitude de l'enlèvement et de l'existence de son frère, qui l'appela plusieurs fois aux Tuileries, et la fit menacer pour l'empêcher de parler ? Pièces 6 et 11, pages 23 et 2*i.

N'est-ce pas elle à qui M. de Brémont écrivait en 1837: « A ma connaissance, la cour d'Autriche a la preuve authentique de l'enlèvement de l'orphelin du Temple, » page 128?

N'est-ce pas elle qui, plusieurs fois interrogée par M. le comte de Croy et ses amis, sur les mêmes faits, « passait outre, sans répondre ni pour le oui , ni pour le non ? » Pièce 41, p. 88.

Plus explicite quelquefois, elle ne se bornait pas à des réticences.

M^r de B..., qui, à diverses reprises, visita la famille exilée, à Prague, écrit de Paris, le 19 avril 1850;

Pièce 64. — « J'ai eu l'honneur d'entendre dire à madame la Dauphine qu'il était probable que son auguste frère était mort, mais qu'elle n'en avait pas la certitude.

« Signé: de B... »

Eu 1843, M. de Rich^mont rencontra, chez un personnage de distinction, Mgr Tharin, ancien évèque de Strasbourg, et ancien précepteur du duc de Bordeaux. Ce prélat, qui cherchait le fils de Louis XVI partout où il n'était pas, lui adressa, sur sou invitation, une foule de questions auxquelles M. de Richemont répondit de manière à prouver à Mgr Tuarin qu'il trouvait enfin le prince tant désire.

Alors Mgr Tharin se décida à lui faire les confidences suivantes :

« J'ai souvent causé avec la comtesse d'Estérazy, qui m'a confié une lettre de madame la duchesse d'Angoulèrae, dans laquelle il y avait entre auires choses, la phrase suivante : « Je sais parfaitement que mon frère n'est pas mort au Temple, mais j'ignore ce qu'il est devenu depuis... » Gomme je demandais à la comtesse si, après avoir reçu cette lettre de la duchesse d'Augoulème , elle avait parlé à cette princesse des bruits qui circulaient de l'apparition en France de son frère, et des démarches qu'il avait laites auprès de sa famille, la comtesse me répondit: « Il fut effectivement question du fils de Louis XVI, uu jour dans un de nos entretiens ; la princesse,

sans dire qu'elle avait ou n avait pas revu son frère, ^exprima ainsi a ce sujet: « Croyez^moi, comtesse, il va des nécessités qu on est forcé de subir ; notre position, les traités consentis, les promesses faites, ^avenir de notre famille, exigeaient impérieusement qu'on repoussât un homme dont Téducation etles prmcipes politiques et religieux n'étaient point en harmonie avec les nôtres tt encore moins avec ceux de nos alliés • nous avons dû i faire ce sacrifice, quelque pénible qu'il fût, êtil a eie abandonne !... »

«Quels étaient donc, demandai-je à la comtesse, les principes du frère de madame la duchesse d'AngouIême, pour la forcer, elle et les autres membres de la famille, à se conduire ainsi envers un prince qui, après tout, leur appartenant par les liens du sang, devait être traité d'une manière honorable, et placé au moins dans une position plu3 décente Il était

« 11 n\ avait pas de réplique possible à un tel argsment, ajouta Mgr Tharin, et je quittai la comtesse d'Estérazy, bien persuadé que le fils de Louis XVI était dans une mauvaise voie, «t que oe qui s'était passé entre lui et les siens était une permission de la Providence pour Je faire rentrer ea lui-même et le purifier par de nouvelles tribulations.... »

Après quoi Mgr Tharin s'éloigna, et M. de Richemont ne l'a plus revu depuis.

Un estimable diplomate, bien connu dans le monde religieux, M. T. de B..., affirme et déclarera au besoin « tenir de la bouche de madame d'Estérazy tout ce qui vient d'être raconté. »

Heureusement pour la manifestation de la vérité , la lettre de madame d'Angoulême à madame d'Estérazy, laissée pendant quelques jours à la disposition de M. de Richemont, a été vue entre sts mains par un respectable ecclésiastique, qui nous le certifie ainsi :

Pîéce 65. — « Pour édifier vos lecteurs sur la pensée de madame la duchesse d'Augoulême, je sens le besoin de vous faire une déclaration.

« Eu Tannée 1843, M. le baron de Richemont me fit lire une lettre écrite par madame la duchesse d'Angoulême , sa sœur, à madame la comtesse d'Estérazy. H me dit que c'était Mgr Tharin , ancien évèque de Strasbourg , qui la lui avait communiquée. Je l'ai lue en son entier, mais je n'ai retenu que ce passage, <jai m'a tellement frappé qu'il ne s'effacera jamais de ma mémoire: « Je sais que mon frère est sorti du Temple, mais il sera mort depuis. » Je m'empressai de regarder la date ; le timbre et la signature. Elle était datée de Gontz, timbrée de Goritz, et signée Marie-Thérèse.

OPINION DE LA FAMILLE , ETC

« Je déclare, monsieur, que ces faits sont selon l'exacte vérité et que je suis prêt à les reproduire partout où besoin sera.

« Recevez, je vous prie , etc.

« Signé : G..-., prêtre du diocèse de Paris.

« 6 août 1850. »

Le général Auguste de Larochejacquelein a reçu et rapporté les mêmes confidences.

Une entrevue avait été ménagée, en 1 840, entre M. le baron de Richemont et lui , par le révérend père B...., chez M. l'abbé Jacolet ? ex-aumônier du prince de Condé, alors curédeSaial- Ambro ise-Popin court. No us possédons la lettre du R. P. B.„, qui annonce le rend* z-vous. Après une conversation de plusieurs heures, pendant laquelle ces messieurs échangèrent mutuellement leurs souvenirs , M. de Larochejacquelein avoua :

«Que, depuis de longues années, il était à la recherche du fils de Louis XVI ; qu'il en awt parlé à la duchesse d'Aagoulème, qui lui avait déclaré, comme à la comtesse d'Estérazy, comme à Mgr Tharin, comme à tant d'autres, « qu'eftle savait parfaitement que son frère n'était pas mort au Temple, » mais qu'elle ignorait ce qu'il était devenu depuis...»

En terminant, il ajouta : « Défiez-vous de Metternich ; c'est votre plus cruel ennemi. »

Le général, auquel le secret ne fat point recommandé, a souvent raconté son entretien avec la duchesse.

Cette conversation, qui ne convenait point à la politique du représentant Henri de Larochejacquelein, a été r objet de ses dénégations. Mais elle a été bientôt confirmée :

Pièce 66. — « J'ai été singulièrement étonné, en lisant l'Univers, d'y trouver une lettre de M. de Larochejacquelera niant les paroles rapportées dans le Mémoire d'un contemporain, car M. Léo de Laborde, représentant do peuple, se trouvant avec moi chez M. d'Escnns, à Montfort-rAmaury, nous a dit avoir eutendu de M. Auguste de Larochejacquelera les adieux qu'il fit. en 1830, à Charles X, à peu près en ces termes : * bi*e, il faut qu'il y ait eu un grand crime de commis dans votre famille pour que la Providence vons afflige d'une manière aussi sensible. »

« Signé ancien libraire.

« Montf jrt-rAmaury, 27 août 48SO. »

Ce qui était certitude vis-à-vis de M. de Larochejacquelein, devint incertitude pour M. Pelletan.

Dans les premiers jours de la Restauration, ce docteur publia que „ lors de l'autopsie du cadavre de Peuiani mort au Temple le 8 juin 1795, il était parvenu à soustraire son

cœur, et qu'il le conservait soigneusement. 11 supposait que les oncles et surtout la sœur du prétendu Dauphin seraient heureux de le retrouver. Etonné qu'on ne faisait aucune recherche et qu'on ne le lui demandait pas , il sollicita de la duchesse d'Angoulème une audience, l'obtint, et lui offrit ce cœur. La princesse refusa de le recevoir, alléguant: «qu'elle n'était point assez sûre de la mort de son frère pour accepter des restes qui n'étaient peut-être pas les siens. »

L'ancien archevêque de Paris , Mgr de Quélen , ayant entendu parler du refus, voulut savoir à quoi s'en tenir; la duchesse lui répéta les mêmes paroles, et lui-même les 'a redites à un grand nombre de personnes, à M. Laurentie, de VUnion, entre autres.

Cette incertitude de la mort de son frère , madame la duchesse d'Angoulème l'a manifestée tout aussi formellement à madame de Carayon-Latour, ainsi qu'il résulte de la seconde partie du certificat suivant :

Pièce 67. — «En l'année 1822, M. Saulnier, ancien docteur de la Sorbonne , alors prieur de l'abbaye de Melleraye , Loire-luférieure, de Tordre de la Trappe, sous le nom de don Antoine, m'assura que le fils de Louis XVI, sauvé du Temple, ayant été, quelques années auparavant, soumis à l'investigation d'un grand personnage de la cour de Louis XVlll, lequel je crois être le duc Decaze, pour s'assurer de son identité, répondait à une de ses questions: «Je suis si bien le frère de Madame duchesse d'Angoulème, que, dans notre enfance, jouant avec un lapin qui lui appartenait, cet animal me fit une égratignure à la lace, et que pour m'en venger, je frappai ma. sœur, au genou, d un petit couteau que j'avais à la main ; la cicatrice doit en exister encore. »

« Vers l'an 1825, je priai madame la baronne de Carayon- Latour d'offrir à madame la Dauphine, à Paris, une garniture d'autel, brodée par les jeunes filles d'un établissement auquel elle avait précédemment accordé des secours et en témoignage de leur reconnaissance. Cette garniture , destinée à f autel expiatoire qu'avait fait construire cette princesse , en mémoire de ses parents infortunés , offrait les profils du roi , de la reine , de madame Elisabeth , et du jeune Dauphin , cru mort au Temple.

« Ces enfants* dit madame de Carayon à la princesse, ont osé se rendre les interprètes de Votre Altesse Royale, en y reproduisant les quatre portraits. — Quatre portraits, répondit la princesse ; il n'y en a que trois. »

« Je déclare que ces deux circonstances sont exactes et conformes à la vérité.

«Bordeaux, 16 juin 1848.

«Signé : Thi... L..., chanoine de la Primatiale. »

OPINION DE LA FAMILLE, ETC

La duchesse savait trop bien que trois portraits devaient y figurer. Légalement, en vertu de Pacte de décès, le quatrième n'aurait pas été déplacé parmi ces dessins funèbres, car, depuis longtemps et pour longtemps, hélas ! le fils de Louis XVI avait été relégué entre les morts.

Le procès de Mathurin Bruneau fut aussi l'occasion d'une démarche très significative :

En 1817, M. le marquis de Montmort, officier aux gardes, alla, ou fut envoyé à Rouen , afin de voir et d'interroger le soi-disant duc de Normandie. M. l'abbé M..., désiraut éclaircir la cause et lebutdu voyage, lui écrivit le 28 décembre 1849, et, dans un intérêt purement historique, lui demanda entre autres renseignements : « S'il avait reçu mission de la duchesse d'Angoulème ; s'il avait eu, de sa part, une conférence avec M. Decaze pour l'engagera faire punir l'imposteur, et s'il avait dit à M. Decaze que la princesse croyait à l'existence de son frère. » M. de Montmort répondit dans les termes suivants !

Pièce C8. — «Nice, ce le* janvier 1850.

« C'est un aveugle, Monsieur, qui répond tant bien que mal à votre lettre du 23 décembre. Royaliste né, je ne rougis nullement de ma façon de penser, et sur les sentiments qui m'ont toujours animé. Quant à ce que vous insérez dans votre lettre, j'y trouve beaucoup de faits exagérés et qui font de cette histoire une grande affaire , quand elle est très simple, et, en quelques mots, je vais y répondre.

« En 1817 , de service chez S. A. R. madame la duchesse d'Angoulème, je reçus un assez gros paquet à l'adresse de Son Altesse, et un autre à moi adressé, qui me priait de remettre le gros pli à Madame. Ne pensant pas qu'il fut ordinaire qu'un of! icier des gardes pût se permettre une pareille démarche, je résolus de communiquer cette missive à M. le maréchal de Viomesnil , mon oncle, qui me dit que malgré la bizarrerie de la lettre, je devais la remettre à Son Altesse. Il ajouta que c'était lui oui avait fait arrêter Mathurin Bruneau à Saint- Malo, regardant ce personnage comme un imposteur.

« D'après ce conseil, je me rendis chez S. A. R. à qui je remis les deux lettres, et qui me « parut étonnée de l'une et l'autre missive. » Puis, après avoir salué Son Altesse, nous sortîmes.

« Voilà, monsieur, ce qui se passa, et à quoi je n'ai rien à ajouter.

« Intrigué de cette aventure, mon service fini, je me décidai d'aller à Rouen voir un individu aussi b'zirre. Je le trouvai avec deux acolytes qui portaient, l'un le nom de marquis de Foulques, l'autre, ecclésiastique, celui de Malouisset, personnage d'une grande vivacité et d'un enthousiasme étonnant.

Le prisonnier me dit beaucoup de choses que Je savais déjà par les différents icrits oui avaient circulé. 11 voulut me faire boire à la légitimité, ce a quoi je me refusai. Alors il se fâcha et nous en restâmes la.

«t Je retournai à mon hôtel , mais bientôt ledit abbé Malouisset me relança, et le lendemain et jours suivants, je fus encore à même de voir ce personnage qui ajouta encore beaucoup de choses, mais sans me convaincre davantage.

« Je repartis pour Paris, bien convaincu que cet « indrvido était un agent, soit de la police, soit des jacobins. »

« Voilà, monsieur, ce qne je puis vous dire. « Ayant écrit le sommaire de toutes nos conversations, je le remis à S.A.B. à mon retour à Pari*. » Au bout de quelques jours, Madame me remit le paquet que je portai à M. Decaze qui trouva boo de dire : « Si cet homme est Louis XVil, on lui reudra son droit. » Puis je sortis...

« Signé : de Montmort. *

D'après cette lettre, où tout respire la complaisance et la bonne foi, M. de Montmort «remet les deux paquets à la duchesse qui parait étonnée ; » eosuite il va, de son propre mou* vendent, dît-il, à Rouen ; il est introduit près du prisonnier, le questionne à plusieurs reprises, « consigne les réponses, » et présente sa relation à madame d'Angoulême. J'avoue qu'entre une mission spéciale et if s démarches de M.de Montmort la nuance est tellement imperceptible qu'elle m'échappe» La duchesse prend d'abord a quelques jours de réflexion , » puis envoie M. de Montmort porter à M. Decaze les paquets et la relation * et M Decaze dit : «Si cet honnne est Louis XVII, on lui rendra son droit.» Ou ces paroles sont sérieuses, et alors elles sont nécessairement la réponse à une recommandation faite au ministre d'examiner scrupuleusement l'affaire; donc on croyait à l'existence : ou c'est une jonglerie débitée à dessein pour que M. de Montmort, et, par lui, tous ceux qui conservaient des doutes sur la mort du Dauphin, fussent persuadés de la bonne foi du pouvoir; et alors que penser delà duchesse?... qu'elle était complice de Louis XV1IL

Enfin M. de Montmort croit, comme nous croyons aussi , que Mathurin était un « agent, soit de la police, soit des jacobins. v> Mais M. de Hlontmort, la police et les jacobins de cette époque sont tout un; car la police était celle du jacobin Louis XVIII !

Une démarche plus directe, plus positive et plus concluante encore est celle-ci :

11 résulte d'un procès-verbal , en date, à Paris, du 21 novembre 1839, inséré au chapitre X1U, que M. le comte de Bruges et M. le vicomte de Montchenu, le premier, lieutenant- général, le second, maréchal-de-camp, « furent délégués par ma-

Dig

OPINION DE LA FAMILLE , ETC

dame la duchesse d'Angoulême,» ainsi qu'ils le déclarent, « à l'effet de procéder à la reconnaissance de l'état civil de S. A. R. monseigneur le Dauphin, frère de la duchesse, et de se livrer aux investigations les plus minutieuses pour arriver à constater son identité... »

Enfin, y a-t-il aveu moins contestable que ces mots de la duchesse d'Angoulème à l'homme que le prince de Condé lui présentait comme son frère. « Allez! allez! vous êtes la cause de bien des malheurs, et jamais mes bras ne s'ouvriront pour recevoir l'ennemi de notre famille! » Sanglante apostrophe à laquelle. l'infortunéfiUde Louis XVI ne tro iva d'autre réponse que : a Ah ! ma sœur! ma sœur!... Et. vous aussi , vous me repoussez!... » Piîxes 50 et 57.

Elle reconnut si bien so i frère qu'elle le dit à Louis XVHI, qui la menaça de l'exil. Pièce 58.

Après tant d'indices de certitude de la vie du Dauphin, il n'est pas surprenant que laduchesse d'Augoulème ait éprouvé des remords. Voici une anecdote emprunté} à la Voix d'un proscrit, p. 177, qui en révèle les traces :

«Une dame d'honneur de la duchesse d'Angou!ème couchait dans une chambre attenante à la sienne. Uue'nuit, elle l'entendit se lever, marcher avec rapidité, puis bientôt elle se mit à pleurer et à éclater en sanglots. « Mon frère ! mon pau7re frère!...» furent les seules paroles qu'elle prononça. La dame effrayée entra pour s'informer si San Altesse était indisposée. — La duchesse demanda vivement : — Navez-vous rien entendu?— Non, madame. — Eh bien ! si vous avez entendu ne le dites jamais. »

Dnc de Berry.

Le duc de Berry ne cachait pas l'iatérèt qu'il portait au fils de Louis XVI : il le vit et prit son parti le jour de l'entrevue de Versailles; pièces 58, 57 et 58 ; il fit à Louis XVlll d'énergiques représentations, quand il apprit l'arrestation de son cousin dans les Etats autrichiens... Comme Louis XVIII faisait sentir que cette mesure était toute dms les intérêts du duc de Berry, celui-ci lui dit avec toute la vivacité qui lui était naturelle: « Justice avant tout, mou oncl:!...» Mots sublimes, qui causèrent sa perte, etqu'on a trop tôt et trop souventoubliés !!!...

A l'époque de la première Restauration, il s'en entretenait avec le prince Constantin; ainsi le déclare M. J.-B. Baillot, exsommelier de Louis XVHI :

Pièce 69. — «De 1814 à 1815, étant chargé des caves du roi j'eus plusieurs fois l'occasion de servir le vin sur la table, soit du roi, soit de M. deBlacas, chez lequel les princes alliés

dînaient souvent. Le prince Constantin de Russie dit un jour au duc de Berry, en parlant du fils de Louis XVI : a Et le prince, en avez-vous des nouvelles? — Je n'en sais rien absolument, répondit le duc de Berry. »

« Signé : J.-B. Bailîot. »

De 1819 à 1820, le duc de Berry a constamment dit à deux familles honorables de Lille, que la crainte enchaîne, mais que nous pourrions nommer au besoin : « Louis XYH existe! »

H. l'abbé Caucheteur, curé de P..., de qui nous tenons ces détails, connaît parfaitement les deux familles et a reçu leurs confidences.

La meilleure preuve de la croyance du duc de Berry à l'existence du fils de Louis XVI, c'est qu'il est mort victime de son dévoûment à sa cause. Ecoutons plutôt :

Pièce 70. — «Peu de jours avant l'assassinat du duc de Berry, ce malheureux prince se trouvait à dîner chez le roi avec plusieurs plénipotentiaires. Un d'eux lui donna des preuves certaines de l'existence de Louis XVII. Le prince récoulait avec le plus vif intérêt, lorsque le roi, inquiet, demanda avec une autorité absolue quel était le sujet d'une conversation si animée. Le prince rebondit avec émotion : a Sire, on m'assure que Louis XVII existe, elie proteste que je serai le plus soumis de ses sujets.» Le roi, bouillonnant de colère et oubliant sa dignité, se leva par un mouvement spontané de dessus son fauteuil, lança sa serviette au visage du prince en criant : «Monsieur, vous êtes un factieux! »

« Ce fait est avéré par un témoin oculaire.

«Vendredi, 13 septembre 1850.

«Signé : £œur A ..»

« Cet écrit, qui m'a été remis ce matin, est de madame sœur A..., qui était maîtresse à l'institution des sœurs de la Charité, à Rosni, et qui m'a ajouté verbalement que, « peu de temps après cet événement, le duc de Berry fut assassiné. » La sœur L... m'a raconté les mêmes choses, qu'elle tient de la vénérable sœur de Malleville, supérieure de la même institution de Rosni, qui lui a dit a avoir souvent parlé du fils de Louis XVI avec la duchesse de Berry. »

«Signé: M..., prêtre.»

Et maintenant, qui furent les meurtriers du duc de Berry ? sont-ce les libéraux, comme on s'efforçait de le faire croire à cette époque? sont-ce Louis XV11I et ses créatures? La réponse n'est pas embarrassante.

OPINION DE LA FAMILLE, ETC. 16 î

Duc d'Angoulcme.

Après l'entrevue de Versailles et les scènes d'intérieur de la famille royale, l'époux de la duchesse d'Angoulème n'a pu ignorer l'existence du Dauphin.

Prince de Condé.

Les pièces 43, 44, 45 et 46, contenant les témoignages de MM. Foucault, d'Olry, Desfontaines, relatifs à la présence du fils de Louis XVI à l'armée de Condé, rapprochées du certificat de M. Labreli de Fonlaine, du chapitre XIII, ne permettent aucun doute sur la croyance de ce prince à l'existence du Dauphin.

Duchesse douairière d'Orléans.

La preuve d'une croyance identique de la part de cette princesse résulte :

i° de l'attestation de M. Labreli de Fontaine :

« Comme je témoignais à S. A. S. le désir de voir « le prince, qui venait quelquefois chez elle, » cette princesse me permit d'entrer sous un prétexte quelconque, lorsqu'il s'y trouverait, mais à condition que je ne lui parlerais pas.

« Un jour que le fils de Louis XVI vint rendre une visite à S. A. S., j'entrai dans l'appartement, « et j'aperçus ce prince debout, le coude appuyé sur la cheminée. Ce fait date du commencement de 1816. » Pièce 59;

2° du témoignage de M. de Brémont, rapporté par M. le chevalier d'Olry :

« M. de Brémont ajoutait à tout cela une notion non moins importante pour établir en fait l'évasion du Temple. <t 11 prétendait savoir que le Dauphin, en passant en Espagne, s'était présenté à madame la duchesse d'Orléans, née duchesse de Penthièvre, dont il avait été également reçu avec un tendre et compatissant empressement, et qu'elle aussi lui avait remis des témoignages écrits et signés par elle, pour lui servira ce que de droit. » Pièce 55 ;

3° et du témoignage de M. de Castéja , consigné dans le certificat suivant d'un respectable ecclésiastique :

Pièce71. — « M. l'abbé C..., curé, doyen de la paroisse de Saint-Germain, d'Amiens, ancien curé de Francarville, Somme, résidence de la famille de Castéja, a souvent entendu raconter à

Fun des MM. de Castéja, qui a rempli de hautes fonctions, celles notamment de préfet des départements de l'Oise et du Haut-Rhin, le fait suivant :

. M. de Castéja* chargé d'une mission dans les Pyrénées, apprit que la vertueuse duchesse de Penthièvre, douairière d r Orléans, se trouvait en Espagne,, non loin des frontières. Il se fît un devoir d'aller lui porter l'hommage de son respect. Admis auprès de la princesse, il remarqua un homme jeune, et de manières extrêmement distinguées, qui se retira à son arrivée.

«M. de Castéja avait à peine salué Madame la duchessed'Orléans, qu'elle lui demanda s'il connaissait le personnage qui venait de sortir. Sur la réponse négalive de *o.i interlocuteur, elle répondit : « C'est Louis XVU !»

« Abbeville, 8 novembre J8oi.

« Signé : de la H..., chanoine honoraire.»

Au chapitre XIII, M- Labreli de Fontaine, chargé par madame la duchesse douairière de remettre des titres au fils de Louis XVI, viendra confirmer de nouveau la croyance de

cette princesse.

L'entrevue, dont parlent MM. de Brémont et de Castéja, eut lieu à Figuières, en 1810, quand le Dauphin, venu, du Brésil à la recherche de son secrétaire, après avoir été arrêté en Italie et conduit à Paris devant le ministre de la police, Fouché, put, grdze à ce dernier, gagner l'Espagne, la traverser et s'embarquer à Cadix pour l'Amérique.

Peut-on supposer qu'une princesse, aussi éclairée que vertueuse, ait été la dupe d un aventurier, constamment, et en Espagne, et en France, où ses relations avec le duc de Bourbon lui donnaient des moyens de vérification? Elle avait assez connu le Dauphin dans son enfance pour se rappeler ses traits son caractère, pour démè er si ses explications sur les hommes, sur les choses, sur les événements sur la cour, sur la prison du Temple, sur l'infortunée famille de Louis XVI, étaient des souvenirs personnels ou des renseignements recueillis et retenus. Si donc elle a dit à MM. de Castéja et Labreli de Fontaine : « Voici le fils de Louis XVI ; » si, jusc^u a sa mort, elle a persisté à s'intéresser à ses malheurs, cest que le fils de Louis XVI existait, c'est qu'elle le voyait, qu elle le recevait. Les vertus et la position de la fille du duc de Penthièvre écarteut tout soupçon de mensonge ou d'erreur.

Puissances étrangères.

La Russie, l'Autriche, la Prusse, Naples, ont reconnu son existence dans les traités secrets, précédemment indiqués, de iSOfc et de 1844.

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OPINION DE LA FAMILLE, ETC. ^3

*»wffitïjS2^ qUe ' e Pr ° UVe U déclaration

sur 1% S l S io1 nC ° re q 1 e '««ou^rnemeut autrichien possède , ob iS' S De P' èce deg P ,us Précieuses. Un Se mes M - P-. q«e Son Excellence Mgr Thugbuïh Employait comme son secrétaire particulier, m'a déclaré avoir

£ eDtre i SeS m t m ,> î dDS le cabillet de ce mTni r . tre. « C était un procès-verbal de l'enlèvement du Temnle

du jeune Louis XVII. » Gazette des Trib., 3 mai, col. 7 P

MJanVchapar n e D XI. Par C ° DdUite enVer3 le prisonnie1,

aJjJ! 1 ^ 1 1>a «connue par l'accueil et les bons traitements de don Juan. Pièces 54 et 53,pages H4 et H7 lemen,s

du Pafe U pTe rQ vr e D n P??^ £ 1 * reCOn , nue p » r «'«UocuUon uu pape ne VI, en 1798, citée page 8: par la misqinn Ha

,a^ b n Sad n e " r , dU r P 1 Pie 3 ^ ie LounviH,Tonsignee Page 11 , par la réception à Gaëte, le 20 février 1849 à Pi,.

Sése C n t a P nï l com è l e P , ape , Pi ? & de " ^ Wchêmtifï présentant comme fus de Lou s XVI avp^ Bft n a M a ^« „«• sance du 97 i-ro- , ATI ' avec «on acte de nais-

aarîes U de^ ■* nom de Louis-

arémo S ntT e * C ° DnUe ' d ' après Ce 9^ encore M. de « En 1795 feu Son Excellence Mgr TAvover de Stei^r a» ^nc f mc leq uel je travaillais alors... ., p } 0 ur rOr l^

phehn du Temple sur son trône me 'fi ^appeler dou 1

dire .qu'il avait été informé par des courriers de généraux ▼endeens, expédiés à Vérone, que le jeune prince n'était

pSoTÏ ^ ïemple, mâiS qu ' on *' avait au contraire sauvé de « Environ trois mois après cette nouvelle, M. de Steurer me la confirma en m'assurant qu'il venait dè « recevoir fes documente très certains de l'évasion du Temple du roval or phehn. » Gaz. des Trib. du 3 mai, col. 7. P F ° yal 0r "

Grands personnages.

LÏÏi*!^^ ^l^^: ~ Ei ! e adéclaré à la sœur de ma-

r " w " r r ui ÎT * * uc ^ aniz y, « elle au

confidence semblable à ses enfants - » pa^e 75

Lucien Bonaparte.-- On connaît les refilions qu'il eut avec le Dauphin ; les membres de sa famille les avouent et ni., sieurs ont atteste « qu'il avait élé assez heureux pour lui ren~ dre des services. » Chapitre XIII.

Mlle des Cars. - Un ami de M. le duc des Cars, l'un des conseillers intimes du duc de Bordeaux, nous avait appris

que Mlle des Cars, fille du marquis des Cars, avait, à l'époque de révasion du Dauphin du Temple, fourni une assez forte somme d'argent pour faciliter l'enlèvement, et qu'après le succès, on était venu l'en informer; M. le duc, ajoutait-il. tient ces faits de Mlle des Cars.

Nous écrivîmes à M. le duc, et le priâmes de vouloir bien nous dire si cette confidence était exacte. Il eut l'obligeance de nous répondre la lettre suivante : •

Pièce 7*.— « Sahit-Malo, 14 août 1850.

« Monsieur,

.« Votre lettre du 7 de ce mois vient de m'être renvoyée et je me hâte d'y répondre. Mile des Cars était bien ma cou 1 » sine. «Il est à ma connaissance qu'elle avait fourni des fonds

Çour aider à sauver le fils de Louis XVI de la prison du empîe ; elle m'en a même indiqué le chiffre. » Elle est morte dans cette persuasion, que si Louis XVII avait pu être sauvé de sa prison, il devait être mort peu de temps après ; car, disait-elle, ses amis en auraient entendu parler, et, même en le voulant, ce prince n'eût pu si longtemps cacher son existence, surtout depuis que les événements de 1814 et de 1815 avaient rappelé sa famille et sa sœur en France. «Elle ne comptait donc plus sur sa réapparition, qui , à ses yeux, n'était plus possible que par une action surnaturelle de la puissance de Dieu. » Ce oui me semblait raisonnable il y a trente et un ans, me semble encore plus démontré aujourd'hui ; et je dois vous dire qu'en 1850, c'est-à-dire cinquante ans après la mort plus ou moins authentiquement déclarée de Louis XVII , son existence est humainement impossible à mes yeux, et qu'il faudrait un miracle de la Providence pour surmonter toutes les impossibilités morales qui se présentent I l'homme qui réfléchit.

« Avant sa mort , Mlle des Cars avait désiré savoir si madame de Tourzel, qui avait été gouvernante du Dauphin, et qui avait gagné la confiance et 1 affection de ce prince, avait eu quelques renseignements sur son évasion ou sur son existence depuis 4795 ; Mme de Tourzel n'en avait point entendo parler ; et certes, cette noble dame, si remarquable par son courage, sa loyauté et sa tendre affection pour son auguste élève, n'eût pas manqué de rendre un témoignage éclatant à l'existence de Louis XVII, si elle en eût eu connaissance.

« En un mot, Monsieur, vous voyez que je ne suis aucunement disposé à entrer dans vos pensées. Louis XVII est, à mes yeux, d'après tous les moyens 4e certitude humains, mort depuis longues années. Ce u'est pas une intervention humaine qui peut changer en moi cette conviction. « Recevez, Monsieur...,,

« Signé des Cars. »

Ol'liMO* DE LA FAMILLE , ETC. ffâ

M. le duc n'avait point explicitement répondu à la question de savoir si les sauveurs du prince avaient instruit Mlle des Cars du succès. Nous insistâmes de nouveau sur ce noint et comme au lieu de parler des sauveurs en termes généraux

nL^ S H m r Sa ![? S M M 2 e F x rotté ' nous avi0Q 3 dft ceux du' prince de Conde, il nous fut répondu :

Pièce 73. — « Saint-Malo, 23 août 1850.

« Votre lettre du 20 me parvient à l'instant, Monsieurma réponse est facile : Mlle des Cars, ma cousine ne m'a iamais parlé du prince de Condé lorsqu'elle m'a entretenu des >nds qui lui avaient été demandés pour aider à l'évasion de 1 orphelin du Temple.

« Recevez, Monsieur..-,

« Signé : des Cabs. »

Évidemment, on ne voulait pas s'expliquer catérarla ne- £rrh e n° D - Pr( ? f ? lait d : UD ? écha PP*°ire pour se tire7dlmminon; ( i fl UO n qu ll e ? SOlt ' la P remiere lettre nous suffit; examinons-la. Dans cet examen, nous ne perdrons de vue ni la

des Cars ■ nl sa ^ ^

D'après cette lettre, Mlle des Cars a fourni des fonds pour 1 enlèvement du Dauphin ; elle en a indiqué le chiffre à son cousin ; et, si ce dernier hésite à avouer que le succès avait été annoncé, cela résulte implicitement de ces paroles : a Elle est mone dans cette persuasion que si Louis XVII avait ou être sauve de sa prison, 11 devait être mort peu de temps après. » «s il avait pu être sauvé.... », elle pensait donc ou il avait pu 1 être. Sur quoi se fondait-elle? Sans doute elle avait des données. Quelles donuées plus vraisemblables que l'avertissement des agents de l'entreprise, sur lequel on a évité de s expliquer ? Mais comme l'ami de M, le duc des Cars ne s'e«t pas trompé sur les autres détails, il ue se sera pas tromoé sur le plus important. v

«11 devait être mort que'que temps après... » Et la nécessité? Je ne la vois pas; pour faire place à Louis XVIII à Lnarles X, au duc de Bordeaux? Sa mort aurait lai^é des traces, et trop de gens avaient intérêt à la divulgue/ pour qu'elle fût restée secrète. °" v

En publiant les preuves de la vie du Dauphin, nous avons

?XoT» 6éj ° Ur , à ré î rang€r en 18i4 * 1**3 î » nc'poT 1.1* f -n 6 V Tes ? nieT al ? rs î on * ™. P»«s tard, la conduite de la famille royale a son égard, et l'impuissance d'action dan] laquelle on 1 a constamment tenu.

« Mlle des Cars ne comptait plus sur sa réapparition oui a ses yeux, n était plus possible que par une action surnaturelle de la puissance de Dieu. » Mais si elle la croyait possible

par une action de la puissance de Dieu, elle croyait donc le fils de Louis XVI vivant. Et ce qu'ajoute M. le duc des Cars : «Son existence est humainement impossible à mes yeux; il faudrait un miracle de la Providence pour surmonter toutes

les impossibilités morales », ne signifie-t-il pas : je m

conteste point son existence physique, mais son existence sociale ne saurait être réhabilitée sans la Providence? A ce point de vue, nous sommes d'accord ; l'ambition et la perversité ont enveloppé cette existence de tant de voiles, la politique égoïste lui a creusé un tombeau si profond, que la Providence seule peut contraindre le monde corrompu des courtisans à déchirer le voile et arracher la pierre tumulaire. Hais les hommes de bien n'ont pas attendu cette extrémité ; nul intérêt, nulle passion ne les empêche d'être justes et vrais.

L'objection relative à Mme de Tourzel n'a pas la moindre force. Elle croyait si bien à la possibilité de l'existence du Dauphin, que sa fille aurait, dit-on , reconnu pour tel te Prussien Naûndorff ; elle a pu être trompée Bur la personne ; c'est fâcheux ; mais cela prouve qu'on admettait en famille la réalité du fait, la conservation. ,

Mgr. Tharin. — On nous communique, de la part de M. Beau..., de Bordeaux, deux lettres du révérend père B..., ami de l'évêque de Strasbourg, qui témoignent bien de sa profonde conviction. Les voici :

«28 avril! 831.

« Lié d'amitié avec Mgr. Tharin, précepteur du duc de Bordeaux, j'ai vu éclore les premiers germes de cette histoire ; car Mgr. Tharin y a perdu le boire et le manger. Pendant quatre ans, j'ai lutté contre toutes « les évidences dont il me produisait les pièces justificatives . » Enfin, je vais vous dire ce qu'il y a de plus fort, et ce qui aurait pu ébranler mon incrédulité , si elle n'était pas invincible.

c Le 6 octobre 1827, j'allai passer la journée entière à Saint- Cloud avec Mgr Tharin. Après déjeuner, je le vis prendre des paquets de preuves qui me faisaient trembler, parce que je craignais ce que j'allais avoir à essuyer. Etant assis dans le parc sur un banc de pierre de l'ancien jardin de Mme de Maintenon, il se mit à entreprendre ma conversion. Il me lut gros qomme ma tète de « preuves authentiques. » Je niai et combattis comme un diable. Il finit en m'annonçant tous les malheurs qui pesaient sur la famille royale. Il écumait d'inspiration prophétique. Je dois déclarer « qu'il me prédit alors, mot pour mot, année par année, mois par mois, tout ce que nous avons vu , la catastrophe de juillet, ses signes, ses suites; l'expulsion de la famille ; l'avènement du duc d'Orléans, enfin tout » Quand il partit de la Cour, quelques mois avant

OriNIOX DE LA FAMILLE , ETC.

les événements , il me dit : « Je m'en vais pour ne revenir qu'avec Louis XVII ; vous n'avez pas voulu me croire; vous vous en repentirez; les événements approchent; je me sauve; vous avez grand tort de n'en pas faire autant. »

« Signé ; B... »

a 2 mai 1831.

« Je vous dois encore quelque chose sur Louis XVII. Je crois vous avoir dit une grande parli2 de la scène de Saint- Çloud entre Mer de Strasbourg et moi, sa profonde conviction , mon incrédulité, ses assertions de vrai prophète et mon obstination à tout nier. Souvenez-vous que tout cela se passait il y aura quatre ans le 7 octobre prochain. Excepté sur oe point de Louis XVII, toutes les pensées de mon àme, mes sentiments répondaient à ceux du prélat, et l'intimité la plus parfaite d'esprit et de cœur régnait entre nous deux. Nous pensions et nous parlions tout haut, ensemble, comme on parle avec soi-même. Ainsi, je ne me gênais pas pour me batailler avec lui et me moquer de lui quand il y avait lieu. Or, je dois vous dire que je le crus sérieusement atteint de folie, Quand îlme déroula tout l'événement de juillet 1830, avec sa date, ses circonstances, ses résultats par rapport à la famille royale et au duc d'Orléans. Comme il s'impatientait démon incrédulité, et qu'il|tenait à me convertir, comme s'il se fût agi du salut de mon âme, il finit par ces mots que je n'oublierai jamais : a Eh bien ! puisqu'il n'y a rien à faire avec voua pour le moment, les événements seront plus habiles que moi; Us vous convaincront. Promettez-moi seulement une chose, c* est que, si tout commence par arriver comme je vous le prédis, vous croirez le surplus, et vous cesserez d'être incrédule « sur Louis XVII, qui est la clef de tous les événements? » « Je le promets. » — « Vous m'en donnez votre parole d'honneur?» — Je la lui donnai. — a Dans ce cas, dit-il, je suis sûr de mon fait ; et 1830 ne se passera pas sans vous avoir converti à Louis XVII. »

« A mesure que nous avançâmes dans cette triste année , Mgr Tfrarin prit de plus en plus avec moi un air de voyant et d'inspiré. Il me fit part de toutes ses pensées de retraite et de fuite. La veille de son départ, un mois avant les glorieuses journées, j'allai dîner avec lui à Saint-Cloud, tête à tête. U prophétisa de nouveau, ce qui était moins difficile qu'en octobre 1827, et fit mille efforts pour m'engager à fuir avec lui en terre étrangère.

a Le point sur lequel je le chagrinais le plus, était l'espèce de contradiction que je voyais entre sa charge de précepteur du duc de Bordeaux et sa foi en Louis XVII. « Ce n'est pas ma faute, me répondit-il, si mon élève n'est pas l'héritier légi-

lime du trône ; » il peut le devenir après la mort de son oncle Louis XVII . Rien n'empêche que je vote en loi le successeur des rois de France par son droit de naissance et que je rélève pour cette En. Mais, jusqu'à présent, il n'est pas, à mes yeux, l'héritier présomptif du trône dans Tordre où il paraît Pêlre.»

« Voici à ce sujet de bien mémorables paroles que Mgr Tharin m'a mis b en des fois dans le cas d'entendre sortir de sa bouche : « Tous les événements qui s'accomplissent, ceux qui s'accompliront encore sont l'effet de la colère de Dieu. Une grande malédiction pèse sur la famille que vous voyez « parce» qu'elle règne sciemment au préjudice du fils de Louis XVi. » Elle est avertie de son « usurpation.» Louis XVIII a profité le premier de ce bien mal acquis; les autres ont succombé comme lui à la tentation d'occuper le trône de Louis XVII. Cette injustice retombe sur leurs têtes. Tant pis pour eux 1 J'en suis désolé pour mon petit duc de Bordeaux qui est innocent et n'en peut mais. Il subira le sort commun sans le mériter, sans être complice de l'usurpation de ses parents; maisîqu'y farre? Le ciel prend les choses comme il les trouve; et il «t obligé de balayer* tout devant lui , pour faire place à Louis XYÏI, oui est son oint véritable. La grande malédiction ne peut finir que comme cela. »

« D'après tout ce que je vous dis, monsieur, vous imagine* cine j'ai fini par croire. Je m'y étais engagé sur ma parole d'honneur, et assurément personne ne parait plus obligé que moi d'avoir l'esprit ébranlé. Hé bien ! non. En voyant la prédiction deM^r Tharin s'accomplir d'une manière si frappante, en juillet j$30, tout ce que j'ai pu faire a été de lui écrire bien vite en Suisse, pour îe reconnaître comme prophète; mais, en même temps, je lui ai confessé que \e ne croyais pas encore à ce surplus, pour lequel Javais témérairement engagé ma parole d'honneur. Du reste, il est armé de ma lettre pour la montrer à tout le monde et se faire reconnaître pour voyant. Il est vrai que c'est une pièce d'autant plus propre à faire impression qu'elle part de la main d'un incrédule, et que cet Incrédule est forcé d'avouer le* choses les plus incroyables et les pins merveilleuses ; car, je vous l'avoue, je suis encore tout étourdi d'avoir vu se réaliser si exactement une catastrophe annoncée trois ans d a- Taace et d*H*t mon imagination a été vivement frayée après l'événement.

a Monseigneur Tharin , toujours conduit par ses inspirations et sa ferme conviction , a quitté fa Suisse, il y a nn mois, pouf aièer chercher l'ombre qu'il poursuit» Je n'ose ni le plaindre, ni ne moquer de lui , parée qu'il a réellement contre moi des antécédents «vec lesquels il feut me battre. G*fea4a»t,jt ne croîs p*s à son surpwa;et tout ce que

OPINION DE LA FAMILLE, ETC

je puis faire, c'est de pardonner le reste de son rêve à un homme qui a rêvé si juste sur les autres points. »

« Signé : B... »

Ces deux lettres, non suspectes à coup sûr de partialité,

fraisqu' elles portent des traces nombreuses de l'incrédulité d eur auteur, font ressortir de plus en plu3 les points sur les quels nous avions appelé l'attention :

Mgr Tharin croyait à l'existence du fils de Louis XVI ; Il possédait et a communiqué des preuves authentiques de cette existence;

Le duc de Bordeaux, son élève, n'était point, à ses yeux, l'héritier légitime du trône ; Louis XVIII et Charles X étaient des usurpateurs ; Us régnaient « sciemment » au préjudice du fils de Louis XVI ;

La famille royale avait été avertie et n'en continuait pas moins son inique conduite ;

Mgr Tharin prédit la chute de cette famille et quitta la cour pour échapper à la malédiction de Dieu qui pesait snr elle.

N'est-ce pas le sentiment de sa faute et de cette malédiction, qui, dans une de ses soirées d'exil à Holy-Rood, faisait dire au roi Charles X, en présence de MM. Loisson de Guinaumont et Desèze : « Quand j'aurais résisté , je n'en ser8is pas moins ici. »

Une autre lettre, plus précieuse encore, parce qu'elle émane de l'ancien secrétaire de l'évêque de Strasbourg, nous a été adressée. Elle était destinée à V Univers; mais ce journal en refusa l'insertion.

Pièce 74. — « Verberie, Oise, 2 octobre 1850.

« A Monsieur le rédacteur de l' Univers.

« Monsieur le rédacteur,

« Je n'ai point l'habitude d'en appeler à l'impartialité des journaux pour leur demander la rectification de quelques-unes de ces raille et une inexactitudes qu'ils commettent, quelquefois à leur insu ; mais je ne puis m empêcher de réclamer contre une fausse assertion que j'ai lue, il y a peu de jours dans, un des premiers numéros de vos feuilletons sur les faux Dauphins, parce qu'elle m'a paru offensante pour la mémoire d'un saint et illustre pontife, qui a tenu, dans les rangs de l'épiscopat français, une place honorable, et dont il me semble qu'un journal qui se dit religieux aurait dù parler plus convenablement.

«c S'il faut en croire M***, auteur des premiers feuilletons, Mgr Tharin, ancien évêque de Strasbourg et précepteur de

Mgr le duc de Bordeaux, aurait été renvoyé de la cour parcequ'il croyaitàrexistencedufilsdeLouis XVl. P

« Non* monsieur, Mgr Tharin n'a point cessé de remplir les fonctions de précepteur du duc de Bordeaux, sous le coup d'une disgrâce. Sa retraite fut volontaire, et le roi Charles X ne voulut pas lui donner de successeur, pour pouvoir mieux récompenser ses bons et importants services, en portant sa pension à un chiffre plus élevé. Il lui accorda, en effet, une pension annuelle de vingt mille francs, avec l'offre du premier siège vacant qui serait à sa convenance. Il ne s'ensuit pas que Mgr Tharin n'ait pas cru à l'existence du fils de Louis XVL « Non-seulement Mgr Tharin a cru que l'orphelin du Temple a été sauvé; mais cette croyance, qu'il a conservée jusqu'à sa dernière heure, j'affirme, moi, qui eus i honneur d'être son secrétaire, et pour qui, je ne crains pas de le dire, il n'avait rien de caché, j'affirme que c'est à la cour même et en faisant l'éducation du duc de Bordeaux qu'elle lui est venue. » 11 y a plus ; bien qu'il ait prétexté sa mauvaise santé pour s'éloigner de son royal élève, qu'il aimait beaucoup et qui lui était très attaché, a le véritable motif de sa retraite fut la conviction où il était que le refus qu'avaient fait les Bourbons, et notamment Louis XVIII, de reconnaître le Dauphin, dont ils n'ignoraient pas la conservation, attirerait prochai* nement, sur cette famille et sur la France entière, les plus

frands malheurs. » Or, pour tous ceux qui ont connu Mgr harin, son opinion est d'un très grand poids. Un homme d'un caractère aussi élevé et d'un mérite aussi éminent n'a pas cru, sans y être déterminé par les plus puissants motifs* a l'existence du fils de Louis XVI.

« Cette opinion, d'ailleurs, et personne ne le conteste, fut, avant 1830, celle de la Grande-Àumônerie et des seigneurs les plus en crédit à la cour; » et un témoignage, que je ne crains pas de rapporter ici, me semble la preuve que la famille royale elle-même partageait, à cette époque, si toutefois elle ne la partage pas encore, cette croyance, qui a toujours compté un si grand nombre de partisans dans toutes les classes de la société.

« En 4833, j'eus l'honneur de voir, à Fribourg, en Suisse, un de ces hommes que tous les partis vénèrent, qui n'en était pas moins un chaud partisan de Louis XVII, M. le marquis de Nicolaï, beau-frère de M. le duc de Lévi, dont on connaît le noble et admirable dévoûment à la personne de Mgr le duc de Bordeaux. Madame de Nicolaï faisait alors ses préparatift de départ pour aller remplacer à Prague, où se trouvait la famille royale, madame deGontaut, en qualité de gouvernant* de Mademoiselle, sœur du duc de Bordeaux. Sachant que madame la marquise partageait toutes les idées de son mari sur l'existence du Dauphin, je me permis de demander à M. de

OPINION DE LA FAMILLE, ETC. 471

Nicolaï si leur croyance à Louis XVII était connue à Prague. M. le marquis m'assura qu'on ne l'ignorait pas du tout. Je lui témoignai alors toute ma surprise du choix qu'avait fait la famille royale de madame de Nicolaï pour remplacer madame de Gontaut. Voulez-vous savoir, monsieur le rédacteur, quelle fut la réponse de M. de Nicolaï ; je la livre textuellement à votre appréciation :

<( Monsieur l'abbé, la famille royale croit aussi fortement que vous et moi à l'existence de Louis XVII. »

a J'ignore si M. le marquis de Nicolaï a persévéré dans son amcienne croyance, mais j augure trop bien de la noblesse de son caractère pour ne pas espérer qu'il me pardonnera bien volontiers de m'être appuyé, dans l'intérêt d'une cause que je crois être celle de la justice et de la vérité, de l'autorité si respectable de son nom et de sa parole ; et vous-même, monsieur le rédacteur, si, dans cette question, vous voulez faire preuve d'impartialité, comme on est en droit de l'attendre d'un écrivain religieux, vous ne refuserez pas de donner place, dans votre feuille, à ce témoignage, dont il vous sera libre toutefois de discuter la valeur, en même temps que vous accueillerez, j'espère, la réclamation que i'ai cru devoir vous adresser par respect pour la mémoire si digne de vénération de Mgr Tharin.

« Agréez...

« Signé: De la H..., chanoine honoraire et ancien secrétaire-général de l'évèché de Strasbourg. »

Neuf points capitaux, les uns déjà relevés dans les deux lettres du révérend père B..., les autres nouveaux, ressortent de cet important document :

lo M. l'abbé de la H ., secrétaire, ami, confident intime de Mgr Tharin, affirme que ce prélat « était convaincu de l'existence du fils de Louis XVI, qu'il avait acquis cette conviction à la cour, qu'il l'avait conservée jusqu'à son dernier soupir. »

î° La croyance de Mgr Tharin, choisi parmi les prêtres les plus éminents par leur piété, leur savoir et leur intelligence, pour être le précepteur du duc de Bordeaux, de l'héritier du trône, est une immense autorité.

3° Mgr Tharin, vivant avec la famille royale, au milieu des personnages de l'ancienne et de la nouvelle cour, a nécessairement fondé son opinion sur des renseignements puisés aux meilleures sources ; il a dû interroger les souvenirs, sonder les réticences des principaux serviteurs des Bourbons pendant leurs malheurs et leur restauration. Son opinion est donc rroin* nne opinns péronnelle qu» l'écho d ? opinions des

m rn.* t>t tou* xtt.

rester de l'ancien fie et loyale noblesse, qui se voyait alors indignement délaissée pour les Decaze.

40 « La famille rovale n'ignorait pas la conservation du fils de LouisXVi ; > Mgr Tiarin l'affirme ; il était à portée de s'en assurer.

50 Mgr Tharin quitte la cour de son propre mouvement , s'éloigne de son royal élève, qu'il chérissait , « persuadé que Je refus qu'avaient fait les Bourbons, et notamment Louis XVI II, de reconnaître leDaaphin, dont ils connaissaient l'existence, attirerait prochainement sur cette famille et sur la France entière les plus grands malheurs. » C'est ce qui est arrivé.

60 La Grande-Ànmôrierie, les seigneurs les plus en crédit à la cour croyaient, avant 4830, à rexistence du Dauphin.

En 4833, le beau-frère de M. le duc de Lévi* M. le marquis de Nicolaï, ne déguisait pas à M. l'abbé de la H...., que « cette croyance était ta sienne et celle de la marquise, sa femme.»

80 Nonobstant cette croyance, ou peut-être à cause de cette croyance, dont il importait d'arrêter la manifestation, Mme la marquise de Nicolaï est appelée à remplir les fonctions de gouvernante près de Mademoiselle.

90 Enfin, M. de Nicolaï, interrogé par M. l'abbé de la H...., lui fait cette réponse péremptoire : — « Monsieur Vabbé «la famille royale croit aussi fortement que vous et moi à 1 existence de Louis XVII. »

51 nous ne connaissions le mauvais vouloir et l'obstination des conseillers de FroshdorlF, nous leur;dirionsde méditer ces convictions d'un prélat illustre et vénérable, qu'ils ont choisi,

teuse

Nous dirigeons notre voix vers des oreilles mieux disposées à nous entendre et nous demandons à tous les hommes de bonne foi, de quelque parti qu'ils soient : pouvez-vous hésiter un seul instant à croire au fils de Louis XVI, quand le précepteur du duc de Bordeaux lui-même, intéressé à trouver son élève roi légitime, vous désigne l'orphelin du Temple vivant, méconnu, délaissé, sa famille coupable de la plus injuste des spoliations et devenue , pour cette cause, l objet des malédictions divines? f x

Combien de personnages encore dont nous pourrions évoquer l'opiniod déjà manifestée dans nos preuves : Mgr de Forbin-Janson, mesdames d'Ëatéraxy, de Souci, de Bussenne, de Boulai nvilliers, Périerz-d'Escart, M. le comte de Croy, MM. de Montcielj de Brémont, de Pons, d'Arsac, d Olry, de Larocheiacqueleiii, de Bruges, de Montcbenu, du Mousti^r,

OPINIOff DE LA FAMILLE , ETC. 173

Facca, de Dampierre, de Montesquiou, Cambacérès, Lancinais, et tant d'écrivains, et tant de diplomates, et tant de prélats! Que serait-ce, si, trahissant les dévoûments timides, nous inscrivions sur cette liste des noms qui vont de pair aiec ceux des Montmorency et des Larochefoucault ? Quoique nous ne comprenions guère ces zèles masqués et plastronnés, nous ne leur enlèverons pas l'avantage de se retirer intacts, en cas d échec, et de se faire valoir plus que les combattants, en cas de succès.

La conviction de l'existence du fils de Louis XVI n'avait pas envahi seulement la conscience de quelques hauts personnages, elle s'enracina jusque dans les masses, dans un corps d'armée ; en voici la preuve :

Pièce 75. — «A monsieur le directeur de Yln/lextbie. « Monsieur,

«Lecteur attentif de votre journal, je viens porter à votre connaissance un fait qui se lie à la grande question historique que vous traitez avec autant de courage que détalent. Je vous laisse, monsieur, la liberté de le publier, si vous le jugez convenable : heureux si je puis vous aider à soulever la pierre de ce tombeau factice qui, depuis plus d'un demi-siècle, cache une existence à laquelle se rattache peut-être le salut de la France I

« En 1848 , peu de jours après les funestes événements de juin, l'on causait, chez moi, de l'existence du fils de Louis XVI devant M. de Monneuse, homme fort honorable et partisan de la légitimité. « Je n'y puis croire, dit-il ; comment faire coïncider cette existence avec la piété et les vertus de madame la duchesse d' An goulème? Cependant, je ne nie pas que la mort de ce prince n'ait été contestée bien des fois , voici un fait que je puis vous garantir, car j'en fus l'acteur principal ; — il dut sans doute la méprise dont il parle plus bas, à la grande analogie qui existe entre ses traits et ceux des princes de la famille des Bourbons :

« Lors des journées de juillet 4830,1e bruit se répandit dans la garde royale, où j'étais capitaine, que la chute de Charles X était un juste châtiment de la Providence, pour la spoliation et les persécutions dont se trouvait victime le fils de l'infortuné Louis XVL Ces murmures et cette effervescence eurent un dénouaient auquel j'étais loin de m'attendre : à Chaillot, où nous nous étions repliés dès le 29, sur les ordres du duc de Raguse, des gardes royaux se saisirent de moi, et, le sabre levé, crièrent : Vive Louis XVil! Ils voulaient m'entralner de force vers la capitale. A leurs acclamations réitérées, je répondais : Vive le roi 1 J'eus toutes les peines du monie à me tirer de leurs mains.

« La vérité de ce récit peut vous être attestée par M. Odilon Barrot, qui, au même instant, gravissait la montée dans sa voiture. 11 s'enquit de cea cris et de ce rassemblement , et apprit que les gardes royaux voulaient conduire Louis XY1I à Paris pour le faire reconnaître : « Qu'ils se hâtent, répliqua M. Barrot, le ducd'Orléans va être proclamé à l'Hôtel-de-ville.»

«M. deMonneuse ajouta que son père, général sous Louis XVI» et payeur sous l'Empire, fut soupçonné maintes fois d'avoir caché chez lui le jeune Dauphin. »

a Tout prouve donc qu'en dépit des ténébreuses trames ourdies autour de cette mytérieuse existence, les efforts ont été vains pour empêcher la vérité de soulever, par intervalle, un coin du voile qui couvre tant d'iniquités.

« Agréez...

Abstraction faite de la certitude qu'avait Louis XVIII de l'évasion du fils de Louis XVI, dès le moment où elle s'opéra ; abstraction faite de l'autorité des transactions politiques pat lui conclues avec les Puissances étrangères , qui établissent cette certitude ; abstraction faite des ignominieux traités de 1815, qui sont l'action de grâces d'un usurpateur envers les Alliés, ses complices ; sa conduite relativement aux honneurs funèbres rendus à la mémoire de Louis XVI, de Marie-Antoinette, de Madame Elisabeth, et déniés à celle du Dauphin ; la rouerie du procès de Rouen ; ses aveux à M. de Dreux-Brezé : « Nous ne sommes pas assez sûrs de la mort ; » ses aveux à M. de Montesquiou ; l'arrestation faite en Lombardie, à l'instigation de son ambassadeur, M. de Caraman,« d'un personnage porteur d'attestations du prince de Condé qui lui attribuent une naissance royale, en le désignant sous les noms de Louis-Charles de France, duc de Normandie ; » les contradictions entre ses aveux et la marche de son gouvernement : car, il doute de la mort... et il n'ordonne aucunes recherches; il doute... et il laisse subsister l'acte de décès; il doute... et sa police dresse de faux Dauphins, les instruit, et les condamne avec éclat, pour étoufFer le souvenir du véritable ; il c'oute.„ et pendant cep rocès l'arrestation de Milan s'opérait; il doute... et chacun de ses actes, des écrits officiels, chacune des histoires approuvées par l'Université, tend à confirmer les bruits de mort; il doute... et le seul prince de la famille qui ne doute pas, qui croit à la loyauté, à la justice, et ose prendre le parti de l'opprimé, l'infortuné duc de Berry , tombe sous le poignard d'un assass ; n guidé... Tout prouve jusqu'à l'évi-

« Signé : H. P....*

Résumé.

Ainsi,

OPINION DE LA FAMILLE, ETC. 175

dence la certitude que Louis XVIII avait de l'existence de son neveu ; tout prouve son hypocrisie, sa duplicité, son ambition et ses crimes.

Ainsi,

Madame la duchesse d'Àngoulême s'entend dire par la Simon : « Votre frère existe; » elle provoque ou ratifie le voyage du marquis de Montmort à Rouen, sous le prétexte d interroger Bruneau, le Dauphin fabriqué; par son ordre, il remet au ministre de la police, Decaze, l'interrogatoire et des lettres; et Decaze joue la comédie concertée : a Si cet homme est Louis XVII, on lui rendra son droit. » En 1839, MM. de liruges et de Montchenu s'annoncent comme «délégués par elle, à 1 effet de procéder à une enquête tendant à constater 1 existence et l'identité de son frère, » puis elle suspend leur travail; des remords assaillent son sommeil, et les exclamations : « Mon frère! mon pauvre frère! » échappent de sa bouche; elle ne provoque aucune cérémonie religieuse en 1 Honneur de son frère; elle refuse le cœur de l'enfant mort au Temple offert par le docteur Pelletan ; Mgr de Quélen et a autres ont connaissance de ce refus; au lieu de quatre portraits des royales victimes de la révolution, brodés sur une nappe d autel, elle prétend qu'il ne doit y en avoir que trois ; et jamais elle n a placé l'image de ce frère parmi celles de ses parents martyrs; interrogée par M. le comte de Croy et plusieurs gentilshommes sur l'existence du Dauphin, elle ne répond ni oui, ni non; à Mgr de B... elle avoue que la mort est « probable, mais qu'elle n'en a pas la certitude; » elle repousse durement à Versailles celui qu'elle sait être son irère : « Allez! allez! jamais mes bras ne s'ouvriront pour recevoir 1 ennemi de notre famille; » elle dit à madame d'Estérazy qui le répète à Mgr Tharin et à M. Th. de B..., qui 1 ont raconté à M. de Richemont et à beaucoup d'autres : « Je sais pariaitement que mon frère n'est pas mort au Temple. » « L.royez-moi, comtesse, il y a des nécessités qu'on est forcé ae subir; notre position ., les traités consentis, les promesses faites, l'avenir de notre famille exigeaient impérieusement quon repoussât un homme dont l'éducation et les principes religieux n'étaient point en harmonie avec les nô- E£ enc °re moins avec ceux de nos alliés; nous avons dû uire ce sacrifice, quelque pénible qu'il fût, et... il a été aban-

Abandonné!... Un frère!... En profitant, à son détriment, aes nenesses paternelles, on ne s'inquiétait pas même s'il avait ou non un asile... un morceau de pain !... Et on parlait de sacrifice !... Quel sacrifice?... Au fait, à quoi bon s'inquiéter « d un homme dont l'éducation et les principes religieux ne sont pas en harmonie avec les nôtres, avec ceux de nos autes.'» Il n'avait pas, il est vrai, vo? [rincipes, car cembien

de foi» a'a-4<tl

main 'âu? te reoS^,»^ «J^ T T*? de Serrer te uicun qui ie repoussait. Et cependant, en foulant aux n eifc

les devoirs les plus saints, les "plus naturels, on osait placer M i prétenUons sous l'égide du droit divin ! Grand Dieu > vol châtiments ont été terribles; hé bien lie me demande sïu égalent la culpabilité; et j'ai peine à comprendre comment la ra.son d'Etat et k religion, commentées par les ho"sriénc C ° C ° UrS ' P*"™* à M P° int H*™ la con-

Hais ce frère était « républicain!... » Voici le Krand reproche, le grand crime! Dés lors ce n'es» pl us un frère, c'est un pana! Qui! vive et meure inconnu, pauvre, dé aissé qu importe! 11 est républicain» Qu'on vienne donc articuler aujourdhui un semblable grief contre le fils de Louis XV! devant la France, devenue républicaine grâce aux maladresses et aux iniquités monarchiques! Les Français républicains pourraient bien répondre : Voui l'avez abandonné, renié

S^ffii?™ re P ubhca , l ?; E A bien! nous, républicains! nous 1 adoptons, parce qu'il est notre frère par la souffrance

Nous avons donc enfin parcouru ee dédale de réticences, d aveux, de tergiversations honteuses. Il nous reste une observation à taire : Cette même princesse qui, dans ses confidences intimes, reconnaît l'existence de son frère dans le récit des événements du Temple, publié par elte, chn E<ron en i 823, « décrit minutieusement, pages 80, 8« et 82, la maladie et la mort de ce frère,» qu'elle n'avait pas vu, et dont on prétendit faire une victime des républicains, quind il fut la victime de sa propre famille!...

Ce sera le dernier trait.

Ainsi,

Charles X, le due d'Angoulèrae, le dnc de Berry, martyr de sa fidélité, le prince de Condé, le d«c de Bourbon la du-

Puissances, les grands, des masses entières, ont donné des preuves de croyance à la conservation du Dauphin.- et on la révoquerait en doute!...

Une seule chose m'étonne, c'est que, sous la Restauration, parmi tant de personnes instruites des malheurs et de !a vie du nls de Louis XVI, il ne se soit pas trouvé un homme fort v e j°îi cœur ' * e sa conscience et de la vérité, qui, méprisant 1 mdiflerence commune, la sotte tyrannie de l'opinion et les vengeances du pouvoir, ait ouvertement proclamé, à la face du pays, le royal opprimé.

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