CHAPITRE XIII
Ul
RICIIEMONT.
IDENTITÉ DU FîtS DE L0D1S XVI AVEC M. DE
Pour quiconque examine, réfléchit et discute , les preuves que nous avons données' sont une démonstration historique, sincère, complète, approfondie, incontestable de l'évasion du Dauphin de la prison du Temple, de sa conservation, et de la connaissance qu'ont toujours eue de sa vie les princes de îa Restauration, leurs courtisans, les souverains et les diplomates de l'Europe. Plusieurs fois déjà, le nom de M. de Richemont, énoncé dans les pièces produites avec la qualification de fils de Louis XVI, a fait pressentir qu'il était l'orphelin royal. C'est qu'en effet M. de Richemont réunit en sa personne toutes les conditions propres à justifier qu'il n'est autre que Louis-Charles de France.
Il s'agit d'établir cette identité.
Les matériaux ne nous manqueront pas.
De misérables imposteurs, entourés de gens liés par intérêt au succès de leur fourberie, parce qu'ils vivent aux dépens des dupes, ont apparu de temps en temps sur la scène. Ils ont joué, tant bien que mal, une partie de leur rôle, tantôt à l'aide des renseignements de la police, tantôt au moyen de confidences extorquées à la bonne foi trop crédule. Aucun ne l'a soutenu jusqu au bout; aucun n'est resté en France, s'exposant hardiment aux regards de tous, disant à tous : Scrutez mes écrits, ma conduite d'aujourd'hui, d'hier; trouvez-moi une autre origine que celle que je m'attribue; prouvez que je mens... Seul M. de Richemont a défié la police, les tribunaux, la presse. Il a subi un procès politique, en 1834; et, pendant quatorze mois de prévention, la police et les tribunaux, mal-
Î\ré des investigations de tout genre, n'ont pu découvrir et ui appliquer un acte de naissance autre que celui d'où il tire son nom de Louis-Charles de France. Depuis 1848, il n'a cessé de provoquer la presse, et Y Inflexible, en publiant son histoire, l'a mise au défi de lui donner un démenti; M. de Richemont et ï Inflexible attendent encore une réponse lovaleet raisonnable. Le silence a répondu pour eue.
Je tire de cette conduite de la presse, si différente de la conduite qu'elle a tenue vis-à-vis des Dauphins controuvés, la
Sreuve qu elle sait que M. le baron de Richemont est le fils e Louis XVI, et qu elle craint d'appeler sur lui l'attention publique, môme en le combattant.
C'est là mon premier argument ; voici les autres :
Pièce 76. — « Par devant nous, comte de Bruges, lieutenant-général en retraite, ancien grand-chancelier de Tordre de la Légion-d'Honneur, etc., etc. , et vicomte de Montchena t maréchal-de-camp en retraite , etc. , etc. , commissaires^ extraordinaires délégués par S. A. R. Madame la duchesse cTAngoulôme, à l'effet de procéder à la reconnaissance de l'état civil de S. A. R. Monseigneur le Dauphin, frère de S. A. R. Madame duchesse d'Angoulème, et de se livrer aux investigations les plus minutieuses pour arriver à constater l'exacte identité de S. A. R. Monseigneur le duc de Normandie , Dauphin, rayé du nombre des vivants par l'acte officiel et révolutionnaire du 24 prairial an m, 12 juin 1795, acte évidemment faux, ainsi qu'il résulte d'actes antérieurs et postérieurs et de déclarations de témoins qui sont prêts à déposer, partout ou besoin sera , « que le Dauphin n'est pas mort au Temple , et qu'ils l'ont vu et parfaitement reconnu depuis, »
« A comparu M. Chamblant, ingénieur-opticien, demeurani à Paris, rue Mazarine, 48, lequel a dit :
« Je suis né à Meudon en 1772; j'y ai connu toute la famille royale , et j'étais de ceux qui croyaient à la mort au Temple du fils de Louis XVI, lorsqu'un de mes amis m/ayant parlé un jour de l'existence du Dauphin, jelui dis aue j'avais un moyen certain de m'assurer si le personnage dont il me parlait était bien ce prince. . , .
« Plusieurs années après, en 4838, cet ami, que je n avais pas revu depuis, se présenta chez moi avec un monsieur qui m'était inconnu et me rappela ce que je lui avais dit au sujet du duc de Normandie. Après avoir réfléchi un instant, je racontai ce qui suit :
n En 1789, au mois de mai, ma mère m' ayant envoyé chercher de l'eau un matin à la fontaine de l'Ain, j'aperçus deux petits oiseaux qui sautaient et voltigeaient sur l'herbe. AVaide de mon mouchoir je les attrapai d'autant plus facilement qu'ils étaient apprivoisés, et je les apportai à ma mère qui les mit dans une cage. Diverses personnes qui virent ces oiseaux, nous dirent qu'ils appartenaient aux princes. Ma mère m'ordonna alors de les porter au château , ce que je fis aussitôt. Mon jeune frère , âgé d'environ sept ans, m'accompagna. Nous fûmes conduits à M. le due d'Harcourt par le Suisse Arlebique,
Îui nous connaissait. Le duc nous accueillit avec beaucoup de ienveillance et voulut nous faire donner deux pièces dor, mais sur mon refus et sur l'observation du S'iisse \\:c rospa-
rents étaient dans l'aisance, le duc n'insista pas. Nous allions être congédiés, lorsque je demandai la faveur de remettre directement aux princes les oiseaux que nous leur rapportions; cette faveur nous fut accordée, et le duc voulut bien nous accompagner dans la galerie où se trouvaient les deux fils du roi. L'aîné était dans un fauteuil et paraissait souffrant; le duc de Normandie arriva en courant au devant de nous, tout joyeux de revoir ses oiseaux qu'il avait laissés échapper faute d'avoir songé à fermer leur cage. Nous saluâmes les princes e* nous nous retirâmes.
« Je terminai ici avec intention mon récit, ajoute M. Chamblant, lorsque l'inconnu gui accompagnait mon ami, m'invita à continuer, en me taisant observer que je n'avais pas
tant dit Sur mon refus d'y rien ajouter, il me dit :
« Puisque vous ne voulez pas achever voire narration , je vais le faire pour vous. Pendant que vous vous entreteniez avec les princes, en présence de M. le duc d'Harcourt, leur gouverneur, monsieur votre frère ayant quitté votre main, s'était dirigé vers la table de travail du duc de Normandie, et ortant la main sur la carte topographique qui y était étenue, il disait tout haut : « Voilà Meudon , voilà Fleury, voilà Bellevue, etc. » Le duc de Normandie lui prit la main qui parcourait la carte, en disant : « Mon petit ami , on ne met pas les mains là-dessus; » mais s' apercevant aussitôt de l'impression pénible que ce peu de mots avait produite sur votre Jeune frère, il le prit par le bras, et l'entraîna dans son petit jardin, qui se trouvait à l'autre bout de la galerie, en dehors; Us y jouèrent au jardinier, pendant plus d'une heure, après quoi votre frère, vous rejoignit, et vous retournâtes chez vous.
« Je laisse à juger, dit M. Chamblant, quel dut être mon étonnement quand j'entendis rapporter ces circonstances qui complétaient mon récit de la manière la plus exacte. Ayant quelques raisons de supposer que le personnage qui me parlait, et que j'avais bien examiné, pouvait être S. A. H. Monseigneur le duc de Normandie, dont on m'avait parlé tant de fois, j'étais bien aise de m'en assurer par moi-même , et c'était avec intention que j'avais omis ces particularités, dont le rince seul pouvait avoir connaissance. Six personnes avaient té témoins des faits qui s'étaient passés alors à Meudon : Monseigneur le Dauphin, Monseigneur le duc de Normandie, M. le duc dllarcourt, Arlebique, mou frère et moi. De ces six personnes, quatre sont mortes, et longtemps j'avais cru que Monseigneur le duc de Normandie avait eu le même sort. Je devais donc me croire seul en possession de ces détails, dont je n'avais parlé à personne, vu leur peu d'importance.
« Dans la pensée que je pouvais me trouver en face du fils de l'infortuné Louis XVI, je lui adressai, pour achever de me
convaincre, quelques question sur la position du local, sur la ville, le petit jardin, la pièce d'eau, et autres particularités que Monseigneur le duc de Normandie pouvait peut-être seul se rappeler. Ses réponses furent d'une telle précision, et si spontanées, que je fus certain qu'il avait habité le château avant les changements qui y furent faits depuis.
« Ma conviction étant dès ce moment établie, je me levai et saluai le prince en lui disant : « Comme il n'y a que S. A. R. Monseigneur le duc de Normandie qui puisse savoir ce que vous venez de médire, Monseigneur, je vous reconnais et suis convaincu que vous êtes réellement le fils de Louis XVI que je vis à Meudon à l'époque sus-relatée. »
« Après quelques instants d'entretien, ces messieurs s'éloinèrent, et depuis j'ignore ce qu'est devenu le personnage ont je viens de parler. Désirant rendre un hommage éclatant à une vérité pour moi si clairement démontrée, j'ai fait et signé la présente déclaration que j'affirme sur la foi du ser-*ment être sincère et véritable.
« Signé : Cuamblant. »
« Nous , commissaires susdits , vu le certificat dont la teneur suit :
« Je, soussigné, Charles- Joseph Caffe , garde suisse en fétrier 177!, grenadier en 1773 , compagnie de Vigier, môme Corps, sorti du corps en qualité de sergent en 1782; capitaine de volontaires nationaux, le 4 décembre 1791, etc., etc.,
Ioge aux tribunaux spéciaux de l'Ain et de la Drôme, chevaier de Saint-Louis, admis à la retraite depuis 1815, demeurant à Paris, rue du Foin-Saint-Jacques, 8 r
« Déclare devant Dieu et devant les hommes que, par l'effet de la divins Providence, et après une longue absence, ie viens de me trouver, pendant plus de trois heures, « en présence du fils de l'infortuné Louis XVI; aue je l'ai parfaitement reconnu, » quoiqu'il se soit écoulé plus de quarante ans depuis que je l'avais vu au château de Versailles, en compagnie de son auguste mère; que dans la conversation que j'ai eue avec ce prince, il s'est entretenu sur toutes les particularités de cette époque, et me les a racontées avec une exactitude telle, que j'en ai été extraordinairement surpris; que j'ai parfaitement rencontré sur sa figure les traits de son enfance, et ceux qni caractérisaient spécialement ceux du roi, son père; et que j'ai eu bien de la peine à revenir de rétonnementdans leqnel toutes ces circonstances m'ont jeté... Désirant témoigner à ce prince toute la reconnaissance et le respect que je dois aux illustres auteurs de ses jours, je m'empresse de faire cette déclaration pouT servir et valoir ce que de raison , étant prêt et disposé à la confirmer partout où besoin sera, et d'y joindre les titres nécessaires qui serviront à prouver que je
suis homme d'honneur et incapable de donner la main à une intrigue quelconque. Je prie, en conséquence, toutes les personnes qui, comme moi, pourraient avoir des notions directes ou indirectes à cet égard , de les publier dans l'intérêt de la vérité et de l'innocence si injustement opprimée. « Fait à Paris, le 21 janvier 1833.
« Signé : Cafte, Chevalier de Saint-Louis. »
« Vu les notices dont voici les extraits :
Première sellée.
«Madame Teste Dubailler, née Delestra, nièce de lî. Tabbé Davaux, précepteur de S. A. R. Mgr. le duc de Normandie, savait d'une manière très positive que le flls de Louis XVI n'était pas mort au Temple, et, dans la persuasion que Dieu l'avait conservé depuis l'époque de son enlèvement, elle avait dit plusieurs fois à un ecclésiastique, qu'elle honorait de sa confiance, que ce qu'elle désirait le plus ardemment au monde, C'était de voir la prince, etde lui faire hommage d'un anneau précieux qu'elle tenait de M. Davaux, son oncle.
« Or, il y a déjà bien des années que les désirs de: (Jette vénérable dame se sont réalisés.
a Elle a vu et reconnu le fils de Louis XVI dans la personne de M. le baron de Hichemo n t, qu'elle a eu l'occasion de rencontrer chez M> Gentil, négociant a Vienne, Isère, et avec lequel elle a eu plusieurs entrevues, en présence des membre de la famille Gentil. Un portrait ressemblant dn prince enfantât quelques communications sur le» rapports du royal élève avec son précepteur, ont sufû pour rendre la reconnaissance complète.
a Quant à l'anneau, madame Teste l'a fait remettre à M. le baron de Richemont, qui l'a reçu avec un vif senti men t de reconnaissance et le conserve précieusement. Cet anneau, surmonté de petits diamants, servant de lien à une gerbe de cheveux de la reine Marie-Antoinette et du* jeune Dauphin, son ûls, avait été, ainsi que le portrait doutil est parlé ci-dessus, offert à M. Ûavaux par son élève, un jour que le prince sou- 1 la Cèle à son bon abbé. »
« M. le baron M..., demeurant à Paris, rue Saint-Nicolasd'Antin, 7, déclare : qu'ayant rencontré dans le monde un personnage qu'on lui avait dit être le ûls de l'infortuné Louis XVI, et voulant s'assurer si le fait était vrai, Û lui présenta, en 1832, un écrit signé en 1793 au Temple, par le Dauphin et les autres membres de sa famille prisonniers avec lui; ce billet était adressé au roi Louis XVt, après leur sép*-
ration, afin de lui donner signe de vie. Après la première inspection de cet écrit, et sans en avoir pu lire un mot, U prince stupéfait de l'existenced'une pièce unique, qu'il croyait détruite depuis longtemps, récita de mémoire, et avec une rare fidélité, le contenu de ce billet.
« Sur sa demande comment cette pièce se trouvait entre les mains de celui qui la présentait, puisqu'il était notoire que le roi, avant sa mort, avait brûlé tous ses papiers, il fut répondu : que le hasard seul avait tout fait, et que ce billet, oublié sans doute par le roi, avait été trouvé dans le fond de la place du tiroir de sa table.
« Dès lors, plus de doute « que celui à qui ladite pièce venait d'être présentée, ne fût véritablement le fils de Louis X Vfc
« C'est effectivement ce dont demeurèrent d'accord les personnes présentes à cette reconnaissance si surprenantes parce que le possesseur de cette pièce ne Pavait montrée à gui que ce fût, et qu'elle n'était jamais sortie de son porterfeuille. »
a Vu encore une notice écrite de la main de S. A. R. Monseigneur le duc de Normandie, signée par lui et dont la teneur suit :
a i4 janvier 1839,
« Louis-Charles de France, fils de France, duc de Norman> die, naquit à Versailles le 27 mars 1785 ; emprisonné h 10 août 4792, avec sa famille, d'abord aux Feuillants, puis au Temple, il en fut enlevé le 49 janvier 4794, et conduit dans les provinces de l'Ouest, où on le tint caché, après quoi on la dirigea sur l'Allemagne, en 4795.
« En 4797, il entra dans les rangs de l'armée française, et fit la campagne d'Égypte de 4798 à 4800, qu'il revint en Europe, avec Desaix, Kapp, Savary et autres. En juin 4800, il assista à la bataille de Marengo. Reçu froidement par le premier consul Bonaparte, au moment où il se présenta pour lui annoncer la mort de Desaix, tué à ses côtés, il quitta l'armée quelque temps après, et se rendit à Paris. En 4802, il visita la femme Simon qui le reconnut parfaitement. Il se pré* senta ensuite à Foucné, à qui il avait été très particulièrement recommandé par Desaix... En 4803, Fouchélui procura une entrevue avec la femme du premier consul, qui ne l'avait pas revu depuis le jour de son enlèvement du Temple. En 4804, Fouché l'engagea à s'expatrier pour se soustraire aux recherches de Bonaparte, à qui on avait remis des notes de sa main trouvées parmi les papiers saisis chez Pichegru lors de son arrestation.
« Arrivé en Amérique en ladite année 4804, il y séjourna plus de huit ans ; il passa ensuite en Asie, revint en Amérique, et rentra en France en 1845. 11 lit alors auprès de sa fa-
raille et de sa sœur quelques démarches qui n'eurent aucun résultat, quoiqu'il fût puissamment soutenu par le prince de Condé, le duc de Berry et la duchesse douairière cr Orléans, qu'il visita pour la dernière fois avant de quitter sa patrie. '
« Arrêté, d'après les ordres de Louis XV1H, son oncle, dans les États autrichiens, et retenu pendant sept ans six mois et douze jours, pour avoir protesté en 1816 contre les traités de 1814 et de 1815, il revint en France et se trouvait à Paris lors des journées de juillet 1830... Le 12 août, il protesta contre l'irrégularité de ce qui venait de s'accomplir, et sa protestation fut expédiée à toutes les Puissances par l'intermédiaire 4e leurs ambassadeurs : elle fut adressée à la chambre des députés, le 14 du même mois.
«En 1833 et 1834, il éprouva de nouvelles persécutions, fat arrêté et condamné, pour avoir fait un complot avec des complices restés inconnus!... Evadé de prison en 1835, il se ▼it encore forcé de s'expatrier.
« Signé : Louis-Charles. »
« Ces faits entendus, disent MM. les commissaires spéciaux, et après avoir ouï nous-mêmes, et à plusieurs reprises, S. A. R. Monseigneur le duc de Normandie, qui a daigné nous donner sur sa personne et sur sa vie les détails les plus circonstanciés et les plus exacts,
^ « Disons, à la suite de ce que nous avons vu, entendu, et d'autres renseignements et faits qui sont à notre connaissmce, « que le personnage sus-relaté est bien réellement S. A. R. Monseigneur le duc de Normandie, fils de Louis XVI et de Mai ie-Antoinette-Josèphe- Jeanne de Lorraine , archiduchesse d'Autriche, roi et reine de France, et frère de S. A.R. Madame duchesse d'Aogoulème ; » que foi doit y être ajoutée, et que S. A. R. Monseigneur le duc de Normandie doit être considéré comme tel , quelque part Jet dans quelques circonstances qu'il se présente.
a Fait et rédigé le présent procès- verbal, que nous avons signé etscellé du sceau de nos armes, à Paris, le 21 novembre 1839. »
Ce procès-verbal ne fut pas siçné des commissaires spéciaux, par suite des ordres donnes par la duchesse d'Angoulème, qui prescrivait de tout suspendre. L'un des commissaires, M. le vicomte de Montchenu, en fait mention dans le certificat suivant :
Pièce 77. — « Le comte de Bruges ayant été chargé par madame duchesse d'Aogoulème de faire une enquête sur le compte de son frère, sorti du Temple le 19 janvier 1794, me dit que je lui étais associé dans cette recherche.
« On avait depuis longtemps bien des documents sur cette
i$4 FILS JW aoûts XVI.
grave et importante affaire, et, pour nous, comme pour beaucoup d'autres personnes, « l'existence et l'identité furent complètes dans la personne du baron de Richemont, » condamné le 4 novembre 1834, par la Cour d'assises de la Seine, pour complot.
« Le comte de Bruges est mort dans cette croyance, dans cette foi; etsi.comme lui, je meurs avant le triomphe de cette vérité, j'espère quj ceux qui m'auront connu, rendant témoignage et justice à nia véracité, porteront secours, appui etdévoûment à celui qui « est notre vrai roi. »
« C'est dans cette assurance et dans cette foi que je signe ce résultat de mes recherches et de ma conviction.
a Fait à Paris, le 8 novembre 1842.
a Signé : le vicomte de floSTCimmï. »
Pour corroborer ce dernier certificat, faire connaître quelle était la position de MAI. de Bruges et de Montchenu à la cour, la considération dont ils jouissaient, et en même temps compléter, à l'égard de Charles X, ce que j'ai dit de la certitude que la famille royale avait de l'existence du fils de Louis XVI, j'insère ici une lettre <le IL Nicod, curé de la Croix-Rousse, an rédacteur dzïlnflearible.
Pièce 78. — « Monsieur le rédacteur,
<c II y a des personnes dont le cœur n'a de compassion crue ponr le côté qui les flatte ; c'est une plaie de notre siècle. Il y a chez lui trop d'égoïsme pour laisser un peu de place à la charité qui est toujours juste.
a Si je m'afflige pour les grandes infortunes et les respecte, quelle qu'en ait été la cause, je respecte encore plus l'innocence outragée, persécutée pendant plus d*uu demi-siècle.
« Ce sentiment de justice, plus fort que toutes les considérations humaines, qui doivent se taire en pareille circonstance, m'engage à publier, en faveur de l'infortuné fihs du plus infortuné des rois, un témoignage qui, réuni à ceux que renferme Ylnflexiole dans ses numéros 12 et 13, servira à prouver ce que pensait la famille royale des Bourbons sur la conservation des jours du Dauphin.
« Lié intimement, depuis 1836, avec M. le vicomte de Montchenu, j'avais chaque année, moins celle où il se fractura une jambe, l'avantage de recevoir sa visite, à son passage à Lyon. Au sortir de chez moi, il allait presque toujours offrir un témoignage de son affectueux souvenir à un vieil ami, Mgr l'archevêcjue <PAmasie, qui ne le niera pas, et qui le voyant entrer, lui disait aussitôt : «donnez-moi vite des nouvelles de Louis XVII.»
Dans nos causeries intimes, pendant plusieurs années, et à plusieurs reprises, M. de Montchenu m'a raconté le fait suivant : «Aussitôt après la mort de Louis XVIII , dit M. le vicomte. Monsieur, — le comte d'Artois, — qui déjà, à nos yeux, 'était Charles X, nous manda auprès de lui le comte de Bruges et moi. «Messieurs, nous dit-il, dans la circonstance délicate où je me trouve, j'ai éprouvé le besoin de prendre conseil de deux loyaux et anciens serviteurs comme vous. La mort si regrettable de mon frère, en laissant le trône vacant, me place dans une pénible alternative : d'un côté la France ne voit que moi, n'attend que moi; d'un autre, je ne puis vous le cacher, « le fils de l'infortuné Louis XVI existe. » — Cette parole, dit le vicomte de Montchenu, fut pour de Bruges et pour moi comme un coup de foudre. — « C'est lui, coutinua Charles X, à qui notre émotion n'avait pu échapper, « c'est lui que le droit de succession appelle au trône; » mais, en voulant l'y faire monter, n'est-il pas à craindre qu'une telle détermination, toute pleine d'équité qu'elle est, ne lui devienne funeste et à nous tous? Le parti royaliste va se diviser; la guerre civile peut éclater: les libéraux, dont les progrès sont chaque jour plus effrayants, ne manqueront pas de fomenter la discorde pour renverser le trône ou le ravir à la branche aînée; que deviendrait alors l'héritier légitime? En voulant lui rendre la couronne, elle peut se briser sur sa tète, et plonger la France dans de nouveaux malheurs. Ne vaut-il pas mieux laisser les choses suivre leur cours tel qu'il a été ostensible jusqu'ici? Le repos de la France est garanti, et la succession est assurée par la présence de mon petitfils.»
« Altesse Royale, répondîmes-nous , sans avoir pu nous concerter, « en rendant le trône à qui il appartient, vous ferez un grand acte de justice ; et c'est la justice qui sauve les empires. » Le lendemain, nous apprîmes que de plus hautes influences avaient prévalu sur notre conseil. »
« Voilà, monsieur le rédacteur, ce dont je puis attester la vérité devant Dieu et devant les hommes.
« Je ne dirai pas les regrets que plus tard la famille royale éprouva de n'avoir pas reconnu, dans le temps, le fils de Louis XVI, le seul héritier légitime; quand «ne fois on s'est fourvoyé et que chaque jour, ajoutant au nombre dos pas égarés, a rendu le retour difficile, il en coûte de revenir en arrière !!! On aimerait mieux voir périr la justice, si cette justice éternelle pouvait périr..;
* Périsse la France ! périsse la patrie ! plutôt qu'un pareil retour à la justice. Un vœu aussi impie fermente dans plus d'un cœur ténébreux. Mais il ne sera pas accompli; et tout ce qui porte un cœur catholique , un cœur français, ne tar-
186 fils DE LOUIS XVI.
dera pas longtemps encore à comprendre que c'est la justice qui est le fondement et le salut des empires.
« l'ai l'honneur d'être, etc.
c Nicod t
* Curé de la Croix-Rousse de Lyon.
« La Croix-Rousse, le 7 mai 1850. »
Certaines circonstances de la première notice ajant été quoique vraies, menacées de désaveu, nous avons dû remonter à la source des menaces, et nous avons découvert tout un système d'intimidation organisé autour de madame Teste dans le but de ramener à nier ses rapports avec M. de Rich*? mont. Les instances auraient été si pressantes, et les appréhensions si vives , que cette vénérable dame n'oserait plus avouer les faits qui la concernent, et aue d'imprudents amis se seraient avancés jusqu'à dire et même écrire que de ces faits pas un seul n'était vrai.
Or, la notice a été rédigée sur les déclarations écrites de témoins dignes de foi. Nous nous contenterons d'en citer trois : celle du digne ecclésiastique, chargé par madame Teste de remettre l'anneau à M. de Richemont, etcelles de MM. Saint- Martin et Pictet.
Pièce 79. — « Je, soussigné, déclare et atteste que les faits suivants sont en tout conformes à la vérité :
«c 11 y a environ dix-huit ans, j'avais l'honneur d'être reçu chez madame veuve Teste Dubailler, née Delestra, à Vienne* Isère, et, assez fréquemment, nous causions du fils de Louis XVI, et de M. l'abbé Davaux, précepteur du jeune prince. Madame Teste nourrissait l'espoir qu'elle verrait un jour le fils du roi martyr, et, dans l'intimité de ses communications, elle me disait combien elle serait heureuse de lui faire hommage d'un anneau précieux qu'elle tenait de son oncle, M. Davaux, lequel l'avait reçu un iour que le royal élève, en compagnie de la reine, souhaitait h fête à son précepteur.
« Madame Teste possédait aussi un portrait en miniature du duc de Normandie, qui venait de la même source, et qui, appendu à la cheminée de sa chambre, était exposé aux regards de toutes les personnes qu'elle recevait.
« L'anneau était soigneusement renfermé, et il ne me fut jamais donné de le voir avant le jour où il me fut remis , de la part de madame Teste, avec prière de l'offrir à M. le baron de Richemont.
« Il était en or, et surmonté d'une gerbe de cheveux appartenant, moitié à la reine Marie-Antoinette, moitié à son fils le Dauphiu ; le lien de la gerbe était formé de plusieurs petits diamants. Conformément aux désirs de madame Teste ,
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cet objet précieux passa de mes mains en celles de M. de Ri chemont, qui le reçut avec une bien vive reconnaissance et une émotion sensible.
« En foi de quoi j'ai signé la présente attestation. « Gtnas, 28 septembre 1851.
« Signé : P. Y. R..., curé. »
Pièce 80. — « Je, soussigné, déclare et atteste que, dans le temps, madame Teste Dubailler, née Delestra, me confia un anneau précieux, qu'elle me dit avoir appartenu à M. l'abbé Davaux, son oncle, précepteur de Mgr le duc de Normandie, fils de Louis XVI, qui l'avait reçu des mains de la reine , eu me priant de le remettre à M. l'abbé R..., alors vicaire à Saint- André-le-Bas, à Vienne, pour que, d'après sa volonté itérativement exprimée, l'anneau passât des mains de ce dernier aux mains de M. le baron de Richemout. Je remplis sans retard la commission qui m'avait été confiée , et c'est en ma présence que M. R ... remit l'anneau au personnage auquel il était destiné.
« J'atteste, en outre, avoir été témoin, dans une des entrevues qui eureut lieu ch< z M. Gentil, mon beau-frère, négociant à Vienne, entre M. le baron de Richeraout et madame Teste, du fait suivant :
« Cette dame avait placé, sur la cheminée du salon, le portrait en miniature d'un jeune eufant; M. le biron était absent alors; lorsqu'il entra, il se mit a causer, puis, ayant aperçu le portrait, il le prit en disant : «Voilà le Dauphin ! » Cette re • connaissance provoqua des communications qui ne laissèrent aucun doute, dans l'esprit des assistants, sur l'identité de M. le baron de Ruhemont avec le (ils de Louis XVI.
« l£n foi de quoi, tt pour rendre hommage à la vérité j'ai signé le préseut certifie it. ,
« Vienne, le 15 septembre 1851.
« Signé Saint-Martin. »
Pièce 81. — «Je, soussigné, déclare à qui il appartiend a que M. l'abbé R..., ancien vicaire à Vienne, a remis, en ma présence, à M. le baron de Richemont, un anneau précieux que j'ai su avoir été apporic de Vienne par M. Sjint- Martni, à qui madame Teste l'avait confié, pour qu'il fut offert au fils de Louis XVI. ' 1 4 01 « Lyon, le 28 août 1831.
a S gné J.-P. Pictet. »
En présence de témoins aussi affirmatifs, les dénégations auraient peu de chances de succès.
, Les faits de la deuxième notice se trouvent détai lés dans
la dernière partie de la lettre suivante, d'un témoin oculaire :
Pièce 82. — « Permettez-moi, monsieur, de vous signaler certains faits qui sont à ma connaissance et que je puis attester sous serment.
g J'habite Paris depuis 1814. Livré au commerce, je me suis allié à une famille honorable dont un des membres, M. le colonel Lemaîtrc, oncle de ma femme, officier supérieur en retraite, chevalier de la Légion-d'Honneur et de Saint- Louis, résidait à Houen. Cet oncle, en 1827, m'adresse un monsieur muni d'une lettre de recommandation. Après un entretien de quelques minutes, ce monsieur me charge de diverses commissions, et part pour le midi de la France.
« Ma femme, qui ne l'avait vu que peu d'instants, me questionna sur cette personne si bien recommandée; jaurais été fort embarrassé de répondre; son nom m'était inconnu. Ma femme me dit d'un ton assuré : — « Ce n'est pas un homme ordinaire, sois-en sûr; il ressemble trop à la famille de 3 Bourbons; je ne serais pas surprise que ce fût le Dauphin. Mou père m'a toujours assuré qu'il a été sauvé du Temple. — Quel rêve! répartis-je. Ce pauvre orphelin est mort victime de nos discordes civiles; et s'il existait, ce ne serait pas d'un simple négociant qu'il réclamerait des services. D'ailleurs ce qu'on m'a demandé se borne aux renseignements nécessaires à tout étranger dans Paiis. * Notre conversation eu resta là. Ma femme n'osait plus m'en parler.
« De retour à Paris, notre voyageur revint s'informer de ses commissions; elles étaient faites..... Il nous parut un homme parfaitement élevé, joignant aux manières les plus distinguées un langage choisi, mais ignorant complètement les usages du monde parisien. Nous pensâmes qu'il était un ancien général, compagnon d'armes de notre onde, avec lequel il avait Tait les campagnes de l'Empire.
« Malgré mon désir de le connaître, ma curiosité ne fut pas satisfaite, mais les soupçons de ma femme redoublèrent sans qu'elle me les avouât.
a Après son départ, je devins l'intermédiaire d'une correspondance qui me paraissait fort extraordinaire; j'étais le rouage qui fonctionne sans comprendre ce qu'il fait. Deux Ou trois mois plus tard, notre oncle vint nous voir. Les questions ne manquèrent pas sur le compte de son protégé; dans ses réponses embarrassées, il se contenta de nous apprendre que ce Monsieur était un général peut-être plus, et nous pria de ne pas pousser nos investigations plus loin, attendu qu'il y avait des circonstances dans la vie où l on devait se taire,
« Ma femme, tonl entière à la conversation, dit à son onde
qu'elle avait cru reconnaître dans ce personnage mystérieux uh membre de la famille des Bourbuns. 11 était diflieiie do garder plu* longtemps le secret; tout s'expliqua.
« Eu 1827, ce Monsieur vint habiter Paris pendant quelques mois; nos rapports étaient plus (Yéjuents; il n'y avait plus
sufrr de la vérité; je nui* hautement déclarer que tout s'est confirmé, H adressa plusieurs réclamations à la Chamoredes pairs, signées: Duc 1»; N >rmandie, qui restèrent sans réponse.
Une de ces lettres, d.itée de L , tirée à plus do vingt mille
exemplaires, fut même imprimée devant m >i. On l'envoya dans tous les départements ainsi que dans Paris, et l'envoi tut calculé de manière à ce que Ils copies fussent ouvertes le même jour.
«. P. usicurs journaux en rcudirent compte, et pas un n'a écrit la vérité. Eu 1829, il en publia d'antres sur le même sujet, adressées à la Cliamhre des piits et des députes, elle* eurent le même sorl : poiut de réponse. Il était, alors connu dans le monde sous le uom de baron de Rchemout, qu'il avait pris.
« La révolution de 1830 élalu; surpris coiinî* tout le monde, il ne put faire usage de soy '.entame nom, encore ini.'ûtinu. Il se contenta de reuijro deux visites au due de Bourbon qui demeurait à SainULeu, et de publier à la date du. l'i aoiit 1830, comme Fronçai* et e/mme prince de U branche aînée des Bourbons, une protestation contre l'e eetiou de Louis-Philippe, atteudu que les 219 députés n'avaient pat mandat de changer la forme du gouvernement. Sans avoir eu de rapports avec Louis-Philippe d'Orléans, il counaUaa parfaitement son caractère et s*. s vues ambitieuses;» toutes &es prévisions se sont réalisées et au-delà.
« En 1831, il fit diverses ré Carnations aux Chambres qui ne furent pas» mieux écoutées que les précédentes.
a Cependant, ses publications avaient paillé l'attention de quelques personnes : je reçus bicmùt la visite de M. le baron M .., qui me parut âgé dau moins solxaule ans* et celle de M. le comte de 1\... sou parent, beaucoup plus j' une. Ils desiraient s'entretenir avee Al. le baron de Ktchemout. Je promis de 1 * i î parler de leur démarche, et de Us lustmire de sa résolution. , ; . J «*t .il *
a La proposition fut agréée, et le reudi z-vous donné boulevart B îaumarchais. Ou était dans U belle maison. La demi-heure «l'entretien sollicitée se prolongea p^nJant deux heures.; ils rn'ejj tëmoi r * nereut leur fatiafacii-m, nie faisant entendre que leur scepticisme était fortement ébranlé.
a Le plus ng M. le baron M..., m » dit en particulier, avant
190 fils de louis in.
de nous quitter, qu'il avait des pièces qui pouvaient être d'une grande utilité pour faciliter la ieconnais.«ance; je le priai de les confier en communication à qui de droit. Il refusa, déclarant qu'elles n'avaient jamais été en la possession de personne autre que lui depuis qu'il les avait, qu'on pourrait, du reste, en prendre connaissance chez lui. A une pareille réponse, je dus m'abstenir. Le lendemain, vers les 7 heures du soir, je reçus la visite de M. de Richemont qui me demanda si ces messieurs avaient été satisfaits, et quelle était leur opinion; je m'empressai de lui faire part de la con versation que j'avais eue avec M. le baron M..., et il pensa que si ces pièces ne pouvaient être déplacées, elles lui seraient du moins communiquées au domicile du possesseur. Nous nous rendîmes sur-le-champ rue Saint-Nicolas*d'Antin.
« Dans Tintérèt de la vérité, je déclare que M. de Richemont ne connaissait ces personnes que par mon entremise et ne savait où elles demeuraient.
« Notre arrivée inattendue chez M. le baron M causa
une grande surprise. Nous y trouvâmes réunis le second visiteur et deux dames. Je rappelai à M. le baron M l'offre
qu il m'avait faite la veille, et il s'exécuta de bonne grâce en allant prendre dans un endroit écarté un carton qui ne semblait pas avoir été souvent déplacé. Il le mit à la disposition de M. de Richemont qui en fil l'examen ; il reconnut beaucoup de lettres manuscrites de la famille royale, sans même regarder la signature: enfin il arrive à une pièce en forme de lettre; il la retourne, avant d'avoir eu le temps d'en lire une «eule ligne, et demande à M. le baron M .... comment il se trouvait possesseur de cette pièce. « Je croyais, lui dit-il, que tous les papiers du roi, mon père, avaient été brûlés par lui. » Puis il expliqua en substance le contenu de
au Roi avant qu'il aille an supplice. • M. le baron M .... et sa famille se sont levés en déclarant « qu'ils le reconnaissaient pour le fils de Louis XVI »; que cette pièce n était jamais sortie de ses mains depuis qu'il en était possesseur et que, pour donner des explications aussi précises, il fallait « y être pour quelque chose. » Ce qui l'étonnait le plus, c était <c le récit fidèle du contenu,après trente-huit années écoulées depuis ces événements. » , ,
«M le baron M...., en expliquant de quelle manière cette pièce était en sa possession, dit qu'elle avait été trouvée, après la mort du Roi, dans une table de la prison du Temple, entre le tiroir et la table. ,
« J'ai regretté bien des fois que cet examen de pièces n ait pas eu lieu devant une assemblée beaucoup plus nombreuse ;
il est impossible, pour celui qui a tu et entendu M. le baron de Richemont, de ne pas croire qu'il est le fils de l'infortuné Louis XVI : ma conviction a donc été depuis lors pleine et entière, comme elle Test aujourd'hui.
« 7 février \ 850.
« Signé : S Bogcueu. »
O itre la reconnaissance de H. le lieutenant-général, comte de Bruges, et de M. le maréchal-de-camp, vicomte de Montctienti, si grave à cause de leur réputation d'honnenr^et de loyauté, à cause du crédit dont ils jouissaient à la cour, à cause de la confidence que leur avait faite Charles X, pièce 78, à cause de leur qualité de commissaires déléguas par la du- (h esse d'Angoulème; outre la reconnaissance de MM. Charoblant et Caffr f dont nous possédons les attestations originales, en dehors de celles de l enquête , nous allons produire des déclarations d'identité, tellement décisives par leur nombre, par les anciennes relations de leurs auteurs avec la fimille du roi Louis XVI, ou par leur position actuelle, q Til sera désormais impossible de remettre en question la personnalité de M. de Richemont confondue avec celle du fils de Louis XVI.
Commençons par celle de M. Sourdon Dumesnil de S tint- Cyr, ancien maître d'écriture des enfants de France. Voici quelles circonstances l'ont déterminée ; M. de Richemont lui-même les raconte; elles sont trop frappantes pour que nous les abrégions :
« Je me transportai, dit M. de Richemont, chez M. de Saint- Cyr... Il se trouvait costumé comme il Tétait avant le 10 i août 1792; je l'eus bientôt reconnu, et, après m'ètre nommé, je lui demandai s'il se rappelait de moi, et surtout des punitions qu'il m'infligeait quand je ne remplissais pas mes devoirs.
« Comme il gardait le silence, j'ajoutai : «U.i jour, au lieu de copier le modèle que vous m'aviez fait, je m'amusai à écrire ce qui me passait par ma tête, et à tracer sur mon papier certaines figures qui n'étaient point calligraphiques; vous vous fâchâtes, et, pour punition, je fus condamné & remplir huit pages d'écriture... Lorsque vous fûtes sorti, je ruminais aux moyens de me soustraire à cette punition qui me paraissait beaucoup trop sévère ; il me vint une idée que je saisis au passage : ce fut de prendre du papier et de tracer sur chaque page un grand L qui partait du haut jusqu'en bas; je mis ensuite le tout à votre place, afia que vous le vissitz en entrant, et je me tins en repos.
« En rentrant, vous me demandâtes pourquoi je ne travaillais pas à mes pages; aussitôt je vous les présentai, en ra'écriant : les voilà! Votre surprise fut telle que vous vous
détournâtes pour riiv .... Sur voire observation que ca u cUiL pas ainsi que vous i m< z entendu, je vous répondis : qu'attendu que vous m'aviez condamné à remplir huit pages sans stipuler le nombre de lettres, de mots, ou de lignes qui devaient y entrer, j'avais trouvé plus simple de faire une seule lettre qui remplit la page tout entière. Vous parûtes satisfait, et paj-tites en disant qu'une autre fois vous vous expliqueriez mieux.
« M. de SaîM- CVr, au récit d'un fait qui n'était connu que du fils de Louis XVI et de lui, fait dont il n'avait jamais parlé, se mit à me regarder plus attentivement; puis, s'étant fait apporter un portefeuille renfermant des caractères d'écriture des membres de ma (amil'e qui avaient été ses élèves et ceux de ses pères depuis Henri IV, seul roi dont le peuple ait garda la irémoiie, il l'ouvrit en me disant: a Puisque vous préîendez être mon royal élève, vous devez reconnaît e, parmi les pièces qui sont là, celles qui ont été tracées par vous. »
« J»' lis te triage requis, et a présentant à IL de. Siint-Cwtoutes les pièces qui avaient «'• c écrites par le dis «le Louis XVI, je lui dis qu'il n'y en avait pas d'autres de ma main... M. de Samt-Cyr, convaincu alors que j'étais bien son royal élèv*», me renouvela ses hommages, et nous nous quittâmes pour ne j.lus nous revoir... »
Quelques mois après, M. de Richemont recevait le certificat suivant :
Pièce 83. — a Je, soussigné, Pierre-Louis Sourdon Dume?nit de Saint* Cyr, propriétaire, demeurant à Versailles, avenue de Saint- Cloud, 10, dt clate sur l'honneur, la sincérité et la vérité des faits suivants :
« Professeur d'écriture des enfants de France, j'ai donné, en cette qualité, des leçons aux d nx fils de l'infortuné Louis XVI, et en dernier lieu à Monseigneur le duc de Normandie, devenu Dauphin en 1789. J'ai continué ce service jusqu'à l'époque du 10 août 17i)2, jour où toute la famille royale fut arrachée de son palais, par suite du mouvement insurrectionr.» 1, et conduite à la Convention.
a Plus de cinquante ans s'étaient écoulés depuis les funestes catastrophes dont fut victime cette royale famille, lorsque s'est présenté inopinément à moi, dans mon domicile susdit, un personnage « qui me dit être le fils du roi-nurtyr, et par conséquent mon élevé; » s-.ns attendre que je lui adressasse des questions assez naturelles entre g^ns qui l'étaient perdus de vue depuis si longtemps, « il m'interrogea lui-même sur quelques faits qui s'étaient passés entre nous, et dont seul il pouvait avoir connaissance; » étonné de m'entondre rappeler certains faits particuliers dont je n'avais parlé à personne, je
voulus me convaincre par une autre expérience si ce personnage était bien ce qu'il disait. Je fus chercher un portefeuille dans lequel se trouvaient des modèles d'écriture de plusieurs de me3 élèves, et je lui demandai quelles étaient celles de ces pièces qui avaient été tracées de la main de Son Altesse le duc de Normandie; après les avoir cxuninées, i il choisit précisément toutes celles qui avaient été écrites par mon élève; » et il me les prés nta comme étant les seules de sa main existant dans ce portefeuille,
a Cette circonstance me convainquit que a j'étais réellement en présence de mon ancien élève, et dès lors tous les doutes disparurent. » Lui ayant demandé comment il se trouvait en France et sous quel nom , il me dit qu'il était rentré dans su patrie depuis près de quinze ans, « et qu'il était connu dans le monde sous le nom de baron de Richemont. »
a C'est pour rendre hommage à la vérité, et par reconnaissance pour les bienfaits que j'ai reçus de la famille de Son Altesse Royale, que j'ai délivré le présent pour valoir ce que de droit.
« Versailles, ce 8 novembre 1843.
« Signé: Sourdon de Saint -Cyr. »■
Une dame Béquet, née Lemoine, anciennement attachée à la garde-robe de la reine , eut occasion en 4832 et 42, de Toir M. de Richemont, qui la reconnut, et lui rappela qu'elle portait alors le nom de mademoiselle Cameau ; qu'un jour, elle ouvrit la porte des appartements du château à la reine , à madame Élisabeth, à la Daupbine et à lui-même; qu'ayant été réprimandé par sa mère pour être entré en courant, sans avoir remercié la personne qui ouvrait, il était revenu et lui avait dit brusquement : « Merci, mademoiselle Cameau. » A la fidélité d'un pareil souvenir, et aux traits de M. de Richemont, madame Béquet ne put douter qu'elle avait devant les yeux le fils de Louis XVI.
Pièce 84. — « Je, soussignée, Marie-Catherine-Aotoinetle- Charlotte Lemoine, femme Béquet, demeurant à Paris, rue des Prètres-Saint-Séverin, 12,
« Voulant donner à l'auguste famille de mes anciens maîtres et souverains une dernière preuve de respect et d'attachement, en contribuant de tout mon pouvoir à faire connaître « l'existence du prince, leur fils, qui est véritablement, d'après ma conviction intime, le personnage connu sous Je nom de baron de Richemont, »
« Certifie, sur l'honneur, la sincérité et la vérité des faits suivants :
« Attachée au service de la garde-robe de la reine jusqu'au 10 août 1792, j'ai vu et* pu voir tous les jours monsei-
goeur le Dauphin et sa sœur, que je n*ai perdus de rue que depuis les désastres qui ont accablé cette auguste famille, s digne d'un meilleur sort.
« En 1832, je ne saurais préciser le mois, c'était en automne, j'étais ponière, rue du Foin -Saint- Jacques, 8, lorsqu'un monsieur Tint dans la loge demander M. C*fle, chevalier de Saint- Louis, qui demeurait dans la maison. En voy.int ce monsieur, ma surprise fut des plus grandes, car je reconnus en lui monseigneur le Dauphin, fi s de Louis XVI, que j'avais vu si souvent dans le temps où j'habitais le chàtr au.
« Pour m'assirer si je ne me trompais pas, je me tins sur la porte de la loge pour le voir sortir, et, quand il revint me demander le cordon, je me convainquis que je n'étais pas dans Terreur, et que le visiteur était bien monseigneur le Dauphin. Je montai de suite chez M. Cafte, pour lui demander s'il connaissait bien la personne qui sortait de chez lui ; il me répondit qu'il la connaissait. « El moi aussi je la connais, lui dis- je alors. » M. Gaffe me dit qu'il ne le pensait pas. Eh bien ! « pour vous prouver que j-î connais ce monsieur, sachez que c'est le 01s de Louis XVI,» et j'en suis *ûre. M. CafTe me répondit que c'était impossible. Plus tard il m'avoua que « c'était effectivement monseigneur le Dauphin que j'avais vu, mais qu'il n'était connu que sous le nom de baron de Richemont. »
<c Je ne pensais plus revoir ce monsieur, et je vivais en paix, rne des Pièires-Saint-Severin, 12, lorsque le 17 octobre dernier je reçus la visite du même monsieur que j'avais vu rue du F An -Saint-Jacques, 8; je le reconnus de suite: nous échangeâmes nos souvenirs; et le* réponses qu'il lit aux questions que je pris la liberté de lui adresser, sur son invitation, « achevèrent de me confirmer dans la convictiou que j'étais réellement en présence du fils de mon roi. » Ce prince me quitta, et je ne l'ai pas revu depufs.
a CV st pour rendre homm age à la vérité, et pour donner à la royale famille de mes anciens maîtres une preuve de ma reconnaissance, que j'ai fait la présente déclaration, que je suis prête à ratifier en personne partout où besoin sera.
<t Fait à Paris, le 20 décembre 18V2.
« S'gné : Lemoike, F e Béqcet. »
Pièce 85. — « J% soussigné, Jean-Louis Lemoine, marchand ferrailleur, demeurant à Paris, rne du Vieux-Colombier, 42, déclare, sur l'honneur, la sincérité et la vérité des faits suivants :
a Pendant la révolution, et avant les grands malheurs qui frappèrent la famille royale, j'ai eu souvent l'honneur de voir monseigneur le Dauphin, soit^or-que j'étais, comme garde national, de service dans l'intérieur du château, soit lorsque
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j'allais dans le jardin des Tuilerie?, au moment où ce prince était dans son petit jardin.
« Depuis j'ai entendu dire, par beaucoup de personnes de maxonnaissance, que le fils de Louis XVI avait été sauvé du Temple, et qu'il existait encore; quoique porté à le croire, je désirais cependant toujours qu'une occasion me mit en rapport direct ou indirect avec cette auguste victime de la révolution , lorsqu'enfin le hasard, ou plutôt la Providence, ma mis à même d'avoir ce bonheur et de satisfaire le seul et unique désir que j'ambitionnais avant de mourir.
« Tout récemment, un monsieur s'étant présenlé à ma boutique sous le prétexte d'acheter quelques pièces de marchandises, « j'ai reconnu de suite, à sa voix et à se* traits, bien gravés dans ma mémoire, que ce personnage était Monseigneur le Dauphin; » les questions qu'il m'adressa, ainsi que les réponses qu'il fit à mes objections, achevèrent de me convaiucre. Mes souvenirs devinrent si clairs et si positifs, que je me rappelai des circonstances que j'avais presque oubliées; enfin mes sensations et mon émotion furent telles, que je ne pus m'empècher de verser de* larmes ; « en me quittant, il me dit qu'il était connu dans le monde sojs le nom de baron de Richemont. »
a Désirant donner à ce prince un témoignage de respect et de reconnaissance, j'ai Lait la présente déclaration, que j'affirme ne contenir que la vérité la plus exacte et la plus sacrée.
ii Fait à Paris, le 1 er janvier 1845.
« Signé ; Jean-louis Umowb. »
La conversation qui donna lieu à celle reconnaissance n'est pas sans intérêt; je la rapporte :
M. de Rich : « Oa parle dans co moment du fi'> de
Louis XVI; on annonce même qu'il se prépare à présenter une demande en réclamation d'état, ce qui semblerait prouver qu'il est vivant; qu'en pensez vous? » — Lem. « Je crois aussi qu'il n'est pas mort. » — M. de Rich. a Puisque vous le croyez de ce monde, malgré tout ce que Ton a publié re^ tativement à son prétendu décès au Temple, puisque vous l'avez vu souvent au château et dans son petit jardin, avezvous jamais entendu parler de ses petits lapins blancs et de ce. qu'il fit un jour pour en punir un qui, avec sa patte, l'avait fait saigner e.n le griffant au nez? » — Lem. a Je ne me le raj>pel!<e pas. »— M. de Rich. « 11 fit un creux dans la terre et y enterra son indocile lapin jusqu'au cou, après quoi il s'éloigna... Etant revenu un instant après pour voir la figure que fiisait l'animal, il trouva le trou vide : il se mit à la recherche du fugitif, qu'il traitait de républicain, et qu'il menaçait de sa vengeance pour avoir eu l'audace de se soustraire à la juste
i 9G FILS IE Î.OUS XVI.
punition qui lui avait été inflige*. » — L^m. « Voos me rappelez un fait que j'avais oublié depuis bien des années, et dont par conséquent je n'ai parlé à qui que ce «oit; seul alors avec Moiueigreur le Dauphin, nul n'a pu en faire mention, et s'il a gardé à cesnjet le même silence que moi, il faut nécessairement nue vous s »yrz Monseigneur le Dauphin, car vous lui ressemblez d'une manière étonnante... »
La reconnaissance de M. Jard, ancien lieutenant du régiment dont le duc de Normandie était colonel, nïst pa9 moins précieuse.
Pièce 86. — « Je, soussigné, Claude-Bernard Jard, ancien lieutenant port^-drapeau au régiment du Dauphin, en Tannée 1790, ancien fabricant bijoutier, maintenant fabricant de vtrre pilé, demeurant à Paris, rue ée Charonne, 7, déclare sur l'honneur que ce qui suit est la vérité, et le résultat de mes souvenirs et des faits qui se sont passés à l'époque où j'étais, comme je l'ai dit ci-dessus, lieutenant porte-drapeau, savoir :
« En 1790, 91 et 92, jetais souvent de service aux Tuileries et au Louvre ; j'avais, en conséquence, souvent l'occasion de voir le fils de l'infortuné Louis XVI ; je me rappelle parfaitement que pendant que j'étais de service, « il m'est arrivé bien des fois de me promener avec Monseigneur le Dauphin, en le tenant par la main, » et qu'ensemble nous allions visiter les ateliers de menuiserie et d'ébénisterie qui étaient au Louvre; qu'un jour entre autres» me trouvant avec le Dauphin, nous allâmes à son petit jardin, qui était au Louvre, et où il avait des lapins, qu'il voulut en prendre un, «{u'il en fut mordu assez vigoureusement aux doigts et griffé à la figure ; que, dans le moment de la colère et de la souffrance, il traita le lapin d 1 aristocrate, ce qui me fît rire-
« Que plus tard , alors qu'il était au Temple, je fis , étant de service co-nme garde national, tout ce que je pus pour le voir; non-seulement je n'y parvins pas, mais, à cause de cela, je fus puni d'une faction de deux heures à la pièce de canon qui était là au Temple ;
« Depuis, ou du moins pendant bien longtemps, je n'en avais plus entendu parler que par-ci, par-la, par quelques personnes de mes connaissances, qui disaient que le Dauphin avait été sauvé du Temple et que bien certainement il vivait;
« Qu'à l'époque du procès de Mathurin Bruneau, à Rouen, j'y fus exprès pour le voir, mais je ne reconnus pas en lui Mo nseigneur le Dauphin ; — depuis, on m'a. dit que c'était le fils de Louis XVI; qui, à Paris, en 1834, avait été condamné par la Cour d'assises, sous le nom de baron de Ricbemopt; — « qu'enfin, en 1842, je me suis rencontré aveç un homme
dont la physionomie me frappa au point que je crus reconnaître en lui l'enfant que j'avais vu et promené tant de fois aux Tuileries et au Louvre, lequel affirma bien m?, reconnaître ; » pour m'assurer que c'était bien le fils de Louis XVI, que je voyais, à qui j'avais l'honneur de parler, ci qui m'adressait lui-même des questions auiquelles je ne crus pas devoir répondre de suite, je lui en fis à mon tour, et les réponses qu'il me fit sur-le-charop, et sans hésitation,. me convainquirent que je ne me trompais pas de manière que les particularités que nous échangeâmes', nos demandes et nos réponses hâtèrent et fixèrent si bien mes souvenirs, que je fus « plus que convaincu que l'homme que j'avais en face de moi était bien le Dauphin, fils de Louis XVI, que j'avais perdu de vue depuis ses malheurs et ceux de son auguste famille , et qui avait été condamné sous le nom de baron de Richemont, par la cour d'assises de la Seine, pour complot. »
« Enchanté et émerveillé d'une rencontre aussi miraculeuse, je demandai à ce monsieur, qui , pour moi, était bien Monseigneur le Dauphin, s'il voulait bien me permettre de lui donner, en témoignage de mon respect, un écrit concernant et constatant notre rencontre; il ne s'y refusa pas, et c'est ce que je fis.
« C'est donc pour rendre hommage à la vérité, qu? j'ai rédigé la présente déclaration, et que je signe avec plaisir et bonheur, comme étant l'expression sincère de mes souvenirs et de mes sentiments.
« Paris, le 10 janvier 1843.
« Signé : Jàrd. »
Madame veuve Fillette, née Hattier, attachée à la garderobe des fils de France, a non moins explicitement reconnu M. de Richemont pour fils de Louis XVI, après une foule de renseignements et de détails étrangers à tout autre qu'au Dauphin.
Pièce 87. — « Je, soussignée, Thérèse* Hattier, veuve de Louis Fillette , de son vivant valet de chambre de M. le duc de Guiche, et, en dernier lieu, de M. le prince de Schwartzemberg 9 demeurant, ladite dame, à Paris, rue Saint-Dominique Saint-Germain, 25, certifie à tous qu'il appartiendra :
« Que, me trouvant chez moi daus le courant du mois de juin, je vis entrer un monsieur, qui, en me saluant, me dit : « Bonjour, mademoiselle Fillette.» Surprise de m'entendre interpeller ainsi, ce qui n'avait lieu qu'à la cour de mes aociens maîtres, le roi, la reine, leurs enfants, les princes et princesses de la famille royale, ainsi que par tout ce qui approchait de leurs majestés, ou était employé au château, je
demeurai stupéfaite et interdite d'abord , puis , ayant bien examiné la personne qui était là, debout devant moi, je remarquai en elle des traits qui ne m'étaient point inconnus ; « faisant alors un appel à mes souvenir?, je crus reconnaître le petit enfant auprès duquel je m'étais trouvée avant et au moment de la révolution, en qualité de femme de service attachée à la garde-robe des fils du roi et de la reine, » et je lui dis : « Comme il n'y avait que les enfants du roi Louis XVI qui savaient que l'on m'appelait Mademoiselle, quoique je fusse mariée et mère, « vous êtes Monseigneur le Dauphin, ne Ton m'a toujours dit n*èlrc pas mort et avoir été sauvé u Temple. »
«Désirant néanmoins me convaincre par quelques expériences que je n'étais pas dupe d'une hallucination, et que c'était bien Monseigneur le Dauphin que je voyais, je lui adressai plusieurs questions sur les personnes qu il avait dû naturellement connaître dans son enfance, et dont les noms ne pouvaient être oubliés... U me répondit de suite et sans hésiter : « Le gouverneur des enfants de France était le duc d'Harcourt; les sous-gouverneurs, les chevaliers du Puget et d'A'lonville ; les gouvernantes, Mesdames de Polignac, de Tourzel; les sous-gouvernantes, Mesdames de Makau — baronne, — de Soucy — comtesse, — de Soucy — marquise, — et de Villefort — comtesse; — les principales femmes de chambre de la reine étaient : Mesdames de Mizery, Thibault, de Campan, de Jarjaies, Auguié,d'Arcambai, deMarolIes, etc.; les premiers valets do chambre des fils du roi, Villettc et Cléry ; les premières femmes de chambre, Mesdames Lemoine et de Neuville ; les femmes de chambre, Mesdames Messilier, Thouin, BelliarJ, Saint-Brice, de Rambaud, de Sannay, etc., efc, etc; le précepteur, l'abbé Divaux; le maître d'écriture, M. deSaint-Cyr; le maître d'armes, Kousseau, dont la femme était aussi de service au château.
a Madame de Neuville fut à Varennes avec madame Brunier, femme de notre docteur; elles étaient dans un cabriolet, en avant, et MM. de Yaloiy, de Maidan et du Moustier escortaient et conduisaient la voiture dans laquelle se trouvaient le roi, la reine, madame Elisabeth, les deux enfants et madame de Tourzel, etc, etc.
« Arrêtée Tannée suivante, la famille royale fut conduite aux Feuillants, cù siégeait la Convention ; elle fut rejointe par madame de Lambille, sur-intendante de la maison de la reine, Pouline de Tourzel, fille de la gouvernante des enfants de France, mesdames Thibault, Auguié, Navarre, Bazire, Saint-Brice, etc.; MM. de Chamilly et Hûs furent renfermés au Temple avec ces dames et la famil'e royale, et y restèrent quelques jours ; enfin, vous étiez vous-même attachée à la garde-robe du Dauphin, après avoir été emp'oyée eu cetts
lDfcNTrTK. i&t
qualité à celle de la princesse Sophie, ma dernière sœur, qui mourut âgée de moins d'un an. »
« Au récit de tant de noms et de faMs qui m'étaient si familiers, je restai surprise au dernier point... Je fis au personnage quelques questions de détails auxquelles il répondit avec autant de promptitude que de justesse... Lui ayant demandé en outre s'il se rappelait d'un petit enfant de son âge, ce qu'il avait remarqué un jour en le voyant, lorsqu'on le lui conduisit, et ce qu'il lui donna, le personnage me dit : « Cet enfant était votre fils; on l avait revêtu des habitsdu Dauphin, que mad ime de Neuville avait don nés, avec l'autorisation de la reine; il n'y manquai que les insignes; les deux enfants .étaient du môme âge, à quelques jours près; le Dauphin lui donna des gâteaux, etc., etc. »
« Lui ayant enfin demandé s'il se rappelait de certain bouquet, et de quelles fleurs il était composé, il me dit: « Vous savez que, grand amateur de fleurs, le Dauphin en cultivait avec soin dans son petit jardin, soit à Versailles, Meudon, Rambouillet, f oit aux Tuileries... Sa trouvant un soir au lit, au lieu de dormir, il disait à madatne de Polignac qu'il voulait faire un bouquet; lui avant demandé de quelles fleurs il le composerait, il répondit qu'il le composerait de trois fleurs seulement: une rose pour la reine, un œillet pour le roi, et un lis pour son frère, qui, à cause de sa maladie, prenait souvent des bains de pieds; et comme l'enfant jabotait toujours, madame de Polignac l'engageait à dormir, etc ,etc.»
« Après ces réponses et ces faits, dont j'appréciai la justesse et l'exactitude, par la connaissance que j'en avais moi-même, je lui demandai comment il se trouvait en France, sous quel nom, et s'il ne cràignait pas d'être inquiété.... Il me dit : « Je suis en France depuis 1840 ; je suis rentré après l'amnistie, <t suis connu sous le nom de baron de Richemont; depuis 1842, je puis résider ostensiblement et publiquement d tns ma patrie. » « La loi de proscription ne vousa-t-ell« pas atteint comme le reste de votre famille infortunée , répliquai-je? . » « Cttte loi, répondit le personnage, n'a proscrit, d'après ma réclamation, que Charles X et ses descendants à perpétuité, et non ses ascendants ; donc elle ne sauf ait m'atteindre. »
« Après avoir causé d'une foule de choses et d'autres, le personnage, a qui n'était plus un étranger pour moi,» mequit'a et je ne 1 ai plus revu depuis.
« J'ai cru <taoir, « tant par respect pour d'aussi grandes infortunes, que par reconnaissance, » faire et signer la présente déclaration pour servir et valoir ce que de raison.
« A Paris, le 15 juillet 18H.
« Signé : Thérèse Hattier, veuve Fillette. »
Lors du procès do M. de Richeraont, en 1834, un ancien compagnon des jeux de son enfance, M. le marquis de Rédon, assistait à l'audience. M. de Riche m ont l'ignorait; quand il le sut, il le chercha et, n'ayant pu le rencontrer, lui adressa une lettre. M. de Rédon lui fut présenté par M. Chamblaot, un de ses amis. Après un long échange de noms et de sou- Yenjrs intimes, M. de Richemont le salua comme il le saluait autrefois, en lui disant: « Adieu, Maxime. »
M. de Rédon envoya la lettre suivante à M. Chamblant :
Pièce 88. — «Monsieur,
« L'honneur que j'eus, dans mes premières années, de partager les jeux de S. A. R. Monseigneur le duc de Normandie, et d'obtenir la bienveillance de son auguste et malheureuse mère, vous a fait penser que je pourrais vous donner quelques éclaircissements au sujet du personnage qui a joué un rôle politique en 1833, et qui, depuis, a fait publier un ouvrage aussi remarquable par les faits qu'il rapporte, que par les témoignages invoqués pour appuyer et corroborer ses idées.
a Fort jeune, lors de la première révolution, il semblerait que ma mémoire ne dût pas se rappeler les souvenirs d'enfance , mais ma profonde gratitude pour les bienfaits dont moi et ma famille avons été comblés par les royales victimes de nos discordes civiles, les empêche de s'effacer, et chaque jour, au lieu de s'affaiblir, les grands événements qui se sont déroulés sous mes yeux à cette pénible époque, semblent se rapprocher et devenir plus clairs et plus frappants.
« Cousine du prince de Tingry, alliée aux plus grandes maisons de France, mon aïeule, la baronne de Mizery, que son service près de la reine appelait souvent à la cour, recevait dans ses salons les personnages les plus éminents. La politique envahissait tout alors, et quoique à peine âgé de cinq ans, je connaissais le nom des meneurs de la révolution et celui des personnes auxquelles le gouvernement ne pouvait ni n'osait confier ses projets.
« La gravité des circonstances n'avait pas. encore empêché notre noble et belle souveraine de se livrer à son penchant pour la toilette ; aussi avait-elle commandé, pour un jour très rapproché, une robe et ses accessoires, d'une coupe et d'une couleur qui devaient, suivant ses prévisions, fixer tous les regards.
« Jeune, belle et d'une taille plus élevée que celle de la reine, la marquise de Rédon, ma mère, eut connaissance de la parure ordonnée par Sa Majesté, et, par un caprice que je ne m'explique pas, elle se fit faire un costume absolument semblable, et s'en para le jour même où la reine devait porter le sien . J'ignore pourquoi la reine ne mit pas son costume ; mais ie soir, dans le petit comité de Sa Majesté, où se trou-
vajent le duc de Choiseul, le marquis du Puget, Henri de Lampan et moi, la reine me caressa beaucoup, et me voyant un habillement de salin rose fort joli, elle dit, en m'embrassant : « Rien ne manquait aujourd'hui à la parure de ta mère, mais la tienne n'est pas complète. » Prenant alors une nctite éoée, elle me la donna, en ajoutant : « Qu'en feras-tu, Maxime?»— ■ «Je m'en sertirai pour vous défendre, Madame, ré pondis- je avec une assurance qui ne pouvait provenir que de la prévision des événements dont à chaque minute on s'entretenait devant moi. »
« Plus de quarante années s'étaient écoulées depuis les désastres qui ont »ce*blé et détruit tant de familles, lorfque le I e ' novembre 1834, le baron de Richemont, traduit en cour d'assises pour complot, après avoir déclaré qu'il était le fiU de Louis XVI, et en avoir offert la preuve tant par titres que par témoins, adressa au duc de Choiseul, aligné à sa requête, plusieurs questions relatives au voyagede V<irennes,en 4791 ; le duc, surpris de ces interpellations, qui reposaient sur des faits peu connus et jamais publiés, me fit l'honneur de me manifester son étonnement pendant une des suspensions de l'audience et me dit, en faisant allusion à la petite épée : « L'accusé m'a fort étonné, et s'il eût parlé du cadeau que vous f\t Sa Majesté, des doutes bien sérieux s'élèveraient dans mon «prit. Il est surprenant qu'il ne vous ait pas fait assigner. » J'en ignore la cause, répondis-je, mais la ressemblance de l'accusé avec le duc de Normandie me parait de nature à faire naître de singuliers soupçons... Telle fut, Monsieur, ma réponse faite en présence de plusieurs personnes attachées à la rédaction des journaux, qui s'étaient approchées et ont parfaitement entendu.
« Le baron de Richemont ayant été transféré à Sainte- Pélagie après sa condamnation, je n'eus aucune occasion de le voir; je sus seulement, par la rumeur publique, qu'il s'était évadé de Sainte-Pélagie, le 19 août 1835.
« Rentré en France après l'ordonnance du 27 avril 1840, le baron de Richemont reparut à Paris ; je ne cherchai point à le voir.
« Dans les premiers jours de mai iS43, au moment où j'y songeais le moins, je reçus par la vote de la poste une lettre ainsi conçue :
« Monsieur le Marquis,
« Forcé, par suite de ma maladie, à me servir de mains amies pour écrire mes lettres, je n'emploierai pas le style qui, jadis, m'était familier avec mes petits amis.... La révolution qui a fait tant et de si belles choses, ayant proscrit le langage du cœur, je suis obligé de me conformer à ses prescriptious...
202 FltS DE LOUIS XVI.
a Après bien des courses io utiles, et malgré toutes les mesures que j'avais prises, je n'ai pu vous rencontrer; j'en «ois d'autant plus fâché, que j'aurais besoin de causer avec vous : je n'y ai renoncé que lorsque j'ai reconnu l'impossibilité de réussir. Quels que soient vos motif*, je ne dois pas insister davantage.
«c Vous n'avez pas oublié, je pense, les paroles que vous prononçâtes au moment où l'augu3te infortunée, qui fut ma mère, vous remit en ma présence une épée que vous avez, sans doute, conservée avec soin ; je vous sommerai un jour, j'espère, d'avoir à tenir les promesses que vous fîtes à cette époque : je présume que vous ne vous étudierez pas à éviter ma présence qui ne doit cependant avoir rien de bien désagréable pour vous.
« Signé : Louis -Charles. »
« Étonné de m'entendre raconter pour ainsi dire le principal épisode de mon enfance et dont je n'avais jamais parlé, je cherchais le signataire de la lettre, lorsqu'un ami m offrit de me conduire près de ce personnage mystérieux ; j'acceptai sans hésiter, et vingt minutes après, je me trouvai en présence de l'homme, qui, en face du jury, avait affirmé devoir le jour aux deux royales victimes du siècle dernier. Mon émotion fut grande, comme vous pouvez le penser; mais bientôt remi?, i'entendis le baron me nommer Rousseau, son maître d'armes, le comte de Sal verte, écuyer cavalcadour de la reine, le marquis de Lastours, premier page, qui tous deux étaient dans les bonnes grâces du prince, soit à Versailles, soit aux Tuileries; et après avoir donné à la mémoire de Henri Campan un souvenir affectueux, il me parla des dames de Tourz 1, de Lamballe, de Soucy, de M*kau, etc., etc.
« Tous ces noms, le personnage dont il s'agit pouvait les avoir appris par des personnes employées autrefois à la cour, et je me hasardai à lui demander s'il se rappelait d'une jeune demoiselle placée jadis auprès de S. A. R. Madame la duchesse d'Àngoulème. La réponse ne se fit pas attendre, et je vous la rapporte fidèlement :
« La jeune personne dont vous me parlez, dit le baron de Richemont, se nommait Ërnestioe Larabriquet ; sa mère était une des femmes de chambre de ma sœur; un jour, avec elle et d'autres enfants de notre âge, nous jouions aux gages touchés : le vôtre venait d'être appelé. Excitée par Henri Campan, Ërnestioe vous commanda d'aller embrasser la reine ; au lieu d'obéir, vous fléchîtes un genou devant Si Majesté, et vous lui baisâtes la main.»..
« Bien que préparé à quelque chose d'inattendu, je ne pus maîtriser l'excès de ma stupéfaction en m'en tendant rappeler une circonstance connue seulement du fils de Louis XVI
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et de moi... Les doutes qui jusqu'alors avaient existé dans mon esprit se dissi pérent, et, remerciant la ProvHence qoi avait miraculeusement sauvé les jours d'un prince dont j'avais déploré la perte, je lui renouvelai l'a«urance du respect d'un homme qui ne peut oublier les bontés de Marie-Antoinette» de Louis XVI et de leurs augustes enfants.
« Voilà, Monsieur, tout ce qu'il m'est possible de vous dire, et je termine en vous offrant l'expression de mes sentiments les plus distingué**.
« Paris, ce 7 janvier 1844.
« S : g.ie : re marquis de Redon. »
Ce témo : gnage d'un compagnon d'enfance, reconnaissant M. du (lichemont pour fils de Louis XVI, à des particularités et à des habitudes d'intimité que le fils de Louis XVI, seul, pouvait se rappeler et révéler, constitue une de ces preuves saisissantes qui subjuguent les volontés les plus rétives.
Une reconnaissance non moins spontanée, non moins frappante, également fondée sur l'exactitude et la vivacité des souvenirs de M. de Richemont, est celle d'un employé de Sainte-Pélagie, M. d'Aiguillon. Elle est racontée par un ancien détenu politique, peu suspect de bienveillance envers les descendants des rois.
Pièce 89. — a Dans un moment où le parti henriquinqnirte se remue en tous sens pour étouffer la République au profit du comte de Chambord, je ne crois pas sans importance de rappeler à ces adorateurs de la réaction prétendue légitimiste, dignes soutiens de r usurpation, que le fils de LouisXVl existe encore pour barrer le passage à tous les pèlerins de Frothiorff et leur faire fiire fausse route. A moins de fermer les yeux à la lumière, j'aime à penser qu'à l'avenir l'existence du duc de Normandie ne sera plus contestée, lorsque j'aurai mis sous les yeux des partisans de Henri V la vérité de ce qui s'est passé à Sainte-Pélagie en 1824. Tous les détenus politiques républicains et autres qui se trouvaient à Siinte-Pô!agie à cette époque ont connu dans cette prison le fi s de Louis XVI dans la personne de l\x-baron de Richement, et ont eu connaissance de ce qui s'est passé à l'infirmerie de Sainte-Pélagie. Je livre sans c »mmen laire le récit qui m'a été fait alors par M. Letellier, infirmier de la prison. Ce récit a également été fait à d'autres personnes, notamment à M. Prat, directeur de Sainte-Pé'agie, qui s'empressa d'en faire part à M. Gisquet, préfet de police.
« M. Letellier s'est à peu près exprimé en ces termes : « Je viens d être témoin, à l'infirmerie, d'une chose bien ex'raordinaire. Le Dauphin du Temple n'est pas mort; je viens d'en acquérir la certitude la plus positive; il se trouve