‹ La Restauration convaincue d'hypocrisie, de mensonge et d'usurpation de complicité avec les souverains de la SainteAlliance ou preuves de l'existence du fils de Louis XVIChapitre 44 sur 54 · PROCES DE · texte numérisé non relu

PROCES DE

sensibilité, la croyance du président à l'identité du prévenu avec le fils de Louis XVI perce et devient iransparente.

Ensuite vint la position des questions : sous quel nom désigner l'accusé? Ce fut l'objet d'une discussion entre l'avocat et le ministère pub ic , qui termina le différend par une cote mal taillée : « L'appellera-t-on colonel Gustave, Transtamarre, Legras, Esthelbert , baron de Richemont? Le nom de Henri Hébert se trouve dans presque tous les actes importants où l'accusé a figuré; il est donc plus rationnel de le désigner sous ce nom , en ajoutant , pour lui donner satisfaction, cette mention : se disant baron de Richemont, qualité qu'il a prise dans l'instruction. » Moniteur.

A-t-on jamais vu un président, un avocat général, ignorer le nom, l'origine, la famille, la vie d'au accusé, après quatorze mois de prévention ? C'est impossible. Si Ton vivait clans un temps d'anarchie et de désordre, on au milieu des déserts, on pourrait tout au plus venir dire qu'on ne sait quel est l'individu que l'on retient sous les verrous depuis plus de quatorze mois, après l'avoir fait poursuivre, arrêter, et garder au secret, à l'étranger, pendant sept ans, six mois, et douze jours, sans le juger!... Miisen France, pays le plus administrativement gouverné, où il est impossible de rester inconnu, venir demander quel est l'accusé qu'on a pourchassé, traqué, dépouillé , emprisonné ; l'accusé , qu'on a entouré d'espions, qu'on a tourmenté , auquel on a tendu des pièges de toutes sortes; l'accusé, sur lequel on a déversé l'injure, l'outrage, la calomnie ; l'accusé qui, se dressant de toute sa hauteur, osait jeter son gage, défier ainsi tous les souverains de l'Europe, et dire avec calme, en pleine audience, à la magistrature ei aux jurés : a Je suis le fils de Louis XVI, le prisonnier du Temple et de Milan ; » je m'offre de le prouver tant par titres que par témoins; me voilà!... que me voulez-vous?... Demander, dis-je, quel est cet lnmme. C'est du dernier ridicule, au muins, en présence d'un passé qui accu e et d'actes qui condamnent !...

Dans tous les cas, on aurait dû punir M. de Richemont pour usurpation de nom, de qualités. Ou s'en est bien gardé.

Après ces énormités, si transparentes, si décisives, croiraiton qu'il se soit trouvé, qu il se trouve peut-être encore, dos gens assez dépourvus de sens ou de bonne foi, pour aller affirmant et colportant la vieille nouvelle que M de Richemont, le prisonnier de Milan , le prévenu de 4834 , tant examiné , tant épluché par des magistrats intéressés à faire montre de dévoûment et de sagicité , est le fils d'un boucher des environs de Lyon !... Us font peu d'honneur aux limiers du parquet et de la police, qui transférèrent M. de Richemont à Lyon, tout exprès pour y dresser contre lui un supplément ^instruction et l'enfermèrent dans la même prison où avait

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été détenu le fils du boucher en question et sous la garde du même directeur, qui n'aurait pas demandé mieux que de le reconnaître s'il y eût eu identité de personnes, et qui, cependant, ne cessa de le traiter avec la plus grande déférence. Je préférerais à leur place,, et ce serait au moins plus spirituel, répéter l'assertion des légitimistes qui, sous Louis Philippe, faisaient de M. de Richemont un ageut de police. Singulier agent de police, qui aurait protesté contre les traiiés de 1814 et de 1815, contre son patron Louis-Philippe, eu 4830, et qui, pour ses bons et loyaux services, aurait été , après quatorze mois de détention provisoire , condamné à douze ans de la même peine îl... Sous la Restauration , on n'eût pas manqué de le dire agent des libéraux. Mais, depuis 1848, en pleine république, avant qu'on ait osé ouvertement agiter la question de monarchie, il a réclamé de nouveau son nom... De quel parti sera- 1 il donc l'émissaire ? Il y a des gens qui veulent être stupides à tout prix !

Enfin. l'arrêt est prononcé: les questions posées au jury, relativement à l'attentat contre la vie du roi et au délit d'escroquerie, sont résolues négativement, les autres affirmativement.

«La cour, après en avoir délibéré, considérant qu'il résulte de la déclaration du jury que Henri Hébert, se disant Esthelbert- Louis -Hector- A l fred , baron de Richemont, est coupable: j. fl

« lo D'avoir, en 4830, 1831 , 1832 et 1833 , par une résolution d'agir, concertée et arrêtée entre deux ou plusieurs personnes «restées inconnues,» formé un complot ayant pour but la destruction du gouvernement et l'excitation à la guerre civile, etc., etc.;

« 2° D'offenses envers la personne du roi, par des écrits imprimés , etc. , etc. ;

« 3° D'avoir été possesseur d'une imprimerie clandestine et porteur d'une arme prohibée par la loi ;

«Faisant application, etc., etc., condamne :

« Henri Hébert, se disant Eslhelbert-Louis-Hector- Alfred, baron de Richemont, à douze années de détention, ordonne la destruction de la presse clandestine et des écrits saisis. »

L'anôt ne prononce pas la surveillance.

L'accusé écoute sa condamnation sans proférer un seul mot. On l'entend dire, eu se retirant : « Celui qui ne sait pas souffrir n'est pas digne des honneurs de la persécution.» Gazette des Tribunaux.

Que pensez-vous d'un complot formé avec des personnes restées inconnues? C'est fort. Un complot suppose plusieurs volontés méditant le même acte. Comment savoir qu'il y a plusieurs volontés quand on déclare ingénument qu'on ne connaît pas les co-méditants. Les termes de l'arrêt impliquent

PROCKS DE 1834. 237

coi.tradietion. Il n'en est pas moins rendu , avec application du maximum de la peine, douze ans de détention !

De cette accusation, de ce jugement, véritable dérision judiciaire, tout observateur impartial tirera avec nous ces conséquences: le gouvernement savait que M de Richement était le fils de Louis XVI ; ses protestations , sa réclamation d'état l'inquiétaient ; il fit naître un prétexte pour s'emparer de ses papiers, une accusation jtour légitimer l'odieuse conduite de ses agents; et, ne pouvant aoheter son silence par des promesses,' donna l'ordre de le condamner pour se débarrasser de lui. Plus d'une fois les magistrats donnèrent à entendre par leurs ménagements spontanés qu'ils gavaient •n devinaient la vérité.

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