SOUVERAIN PONTIFE
M. de Richemont, condamné, avait été réintégré à Sainte- Pélagie. Profitant d'un complot d'évasion, organisé par deux détenus politiques, MM. Couder et Rossignol, il s échappa le 19 août 1835, et se réfugia à l'étranger, où il passa, dan* une retraite absolue, les années 1836 et 37.
En 1838, il se rendit à Lyon. A peine installé, il fut aperçu et reconnu par un fonctionnaire public , qui le dénonça au procureur-général. Ce magistrat avait présidé les assises de fa Seine*, lors du procès de 1834. Il fit son rapport au gardedes sceaux, qui lui écrivit: «Tant que le baron de Richemont ne réclamera rien ; tant qu'il n'écrira pas dans les journaui, et qu'il ne bougera pas, laissei-le tranquille. » 11 Tint secrètement à Paris, en 1839. C'est à cette époque ie se fit l'enquête de Bruges. Enfin y l'amnistie du 27 avril
qtie
1840 lui permit de se montrer.
En 1841 et 42, un nommé Wedimbach, attaché à la police secrète du château, s'introduisait yrès de M. de Richemont, et lui faisait, de la part de Louis-Philippe, des propositions qui tendaient évidemment au même but que celles de 1833. M. de Richemont persista dans ses refus. Pour s'en yenger, on résolut de l'arrêter; il se laissa conduire, ou plutôt porter à la préfecture de police, car il était malade. Le lendemaio, seulement, il sut qu'afin de créer un prétexte d'arrestation, on avait imaginé de l'accuser de rupture de ban, en affectant de le confondre avec un sieur Perriu. Telle est 1 origine des fables débitées par les ennemis du fi's de Louis XVI. M. de Richemont n'eut pas de peine à démontrer l'absurdité de cette confusion volontaire. Aussi le préfet s'empressa-t-il de faire cesser une détention à laquelle lui et son administration étaient étrangers. Elle ne dura que vingt-quatre heures.
Après avoir reeueilli les documents nécessaires, le fils de Louis XVI publia, en 1843, la première édition de ses Mémoires dun Contemporain, et, en 1846, la seconde.
De cette époque à la révolution de février, il figure dans la presse parmi les écrivains de l'opposition.
Le 25 mai 1848, par une demande motivée, le fils de Louis XVI soUicita l'intervention de l'Assemblée natioaaie
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pour obtenir le nom de son père, sa qualité et ses droits de citoyen français, dont l'acte frauduleux du 12 juin 1795 l'avait dépouillé. J Nous touchons au voyage de Gaëte.
Preuves.
Vers la fin d'octobre 1848, arrivait de Rome en France un digne prélat, supérieur d*uu ordre religieux. Il venait avec mission du Saint-Père de visiter plusieurs couvents. En avaitil une autre ? Le lecteur en jugera. Toujours est-il qu'il se rendit à Paris, muni d'une lettre de M. Nicod , curé de la Croix -Rousse, de Lyon, pour M. Boucher, et qu'il priacedernier de le présenter à M. le baron de Richemont. 11 lui fut en effet présenté le i« r novembre, et, en présence de M. Boucher, et de M. F... qui l'a attesté, pièce 98, « il fit devant ce prince deux génuflexions , baisa sa main et l'appela Monseigaeur. »
M. de Richemont- apprit de sa bouche que le souverain Pontife, instruit de son existence et de ses malheurs, prenait un vif intérêt à ce qui le regardait. Il crut même comprendre
Sue Sa Sainteté ne refuserait pas de se constituer in termeiaire entre madame la duchesse d'Àiigoulôme , sa sœur, et loi.
C'est ce qui le détermina, le 24 novembre, à écrire au pape la lettre suivante, que le vénérable abbé se chargea de faire parvenir :
PiècB 104.— «Très Saint-Père,
« Votre Sainteté connaît les malheurs de l'auguste famille royale de France, la mort du roi, de la reine, de la princesse, sœur du roi, et la captivité au Temple des enfants du roi. Elle a été informée du prétendu décès du prince royal , de son enlèvement, de sa conservation miraculeuse et toute providentielle, et de ses apparitions en Europe depuis ce prétendu décès.
« Votre Sainteté aura connu également l'arrestation du fils de Louis XVI , sa détention de plus de sept ans dans les États autrichiens , sans motif apparent et sans jugement, et sa mise en liberté, en vertu des ordres de l'empereur luimême.
a Votre Sainteté a su aussi la rentrée en France, en 1826, du fijs de Louis XVI, ses luttes avec les pouvoirs et les gouvernements, sa nouvelle incarcération en 1833, le procès qui fut fait pour un crime imaginaire, sa condamnation, son éva-
*40 rru tm tomxW.
« Très Saint-Père, ce prince se propose de demander légalement l'annulation de Pacte -de décès irrégtilier et frauduleux du 12 juin 1795, attendu qu'il ne porte point son nom, et que c'est celui d'un autre enfant. Une multitude de preuves écrites et orales seront produites à l'appulde sa réclamation, et il a l'espoir de réussir.
« Cependant, quoique* kt rente. «rraée josqu'îcf luf soît buverte, quoique tout se réunisse pour assurer à sademande un succès certain, le fils de Louis XVI vient soumettre à Votre Sainteté l'étrangeté de sa position, lui exposer les causes qui le forcent à *g ir, et la prier de lui accorder sa bienveillante protection, et de s'interposer officiellement entre liii et la princesse, fine du roi, sa sœur, afin uu'eïle reconnaisse dans la victime de tant de vicissitudes, te frère qu'elle sait n'être mort ni au Teapl&ni ailleurs.
« Cette déclaration de la pVmcesse pourra seule éviter à sa Tamille, à son frère, à elle-même, les regrets amers que va nécessairement occasionner le scandale (Tune procédure qui doit dévoiler à la face du monde étonné et consterné, les manœuvres employées pour étouffer les cris de Finnocence opprimée. Ges tnatiœuvres voueront à' la honte et à l'ignominie tous ceux qui ont sciemment contribué à maintenir un^ suppression d'état contre laquelle protestent énergiquement la nature, la religion, la morale, la justice et la probité. ;
« Quelle que soit la détermination que prendra Votre Sainteté, le fils de l'infortuné Louis XVI n'en persistera pas moins à se dire,
« De Votre Béatitude, * ; ' ' : 1
« Très Sain t- Père , « Le très humble et très soumis fils en Jésus-Christ ,
» Signé : Louis^Cbarlei.
« Parie le 24 novembre 1848. »
Encouragé par ce qui lui avait été dit de l'opinion du Saint- Père, de sa bienveillance, de ses vertus, certain que lar lettre lui avait été remise, poussé par le désir de' s'entretenir avec lui , de se procurer l'allocution du pape Pie VI, et cepio du traité secret de 1802,. M. de Richemoni se déride 1oufcè>coup à faire le voyage de Gaëte. m {.
11 part de Paris le 22 janvier {849, avec M «Noyer, son médecin, arrive le 21 à Lyoïr, et, le 6 février, à Marseille. M. l'abbé Royannais, curé de ChauiTrj, diocèse de Meaux, le rejoint à Valence.
J'ai entre les mains les passeports des trois voyageurs. La
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destination, les visa, étant identiquement semblables, je me contenterai de copier celui du fils de Louis XVI :
Pièce 105. — « Passeport à r étranger, délivré le 7 février 1849, par M. le préfet des Bouches-du-Rhône, à M. Louis- Charles de France, natif de Versailles, Seine-et-Oise, demeurant à Paris, pour aller à Naples.
« Signalement :
« Âgé de soixante-trois ans, taille d'un mètre soixanteneuf centimètres, cheveux gris, front haut, sourcils gris, yeux bleus, nez moyen, bouche moyenne, barbe grise, menton rond, visage ovale, teint coloré.
« Visé à Marseille par le consul général du Pape, bon pour ia voie de mer, le 8 février. Signé : Carlo Ferrari. Sceau du consulat-général papal.
« Visé par le consul général de Sardaigne. Signé : Al. Àrfabio. Sceau du consulat -général sarde.
« Visé par le consul général du grand duc de Toscane* Signé : J.-B. Amaldi. Sceau du consulat-général de Toscane.
«Visé par le consul-général des Deux-Siciles. S ; gné : Giocomo de Martines. Sceau du consulat-général de Naples.
« Visé par le commissaire général de police de Naples, le 13 février 1849, bon pour débarquer. Signé : G. deSimonfnj. Sceau du commissariat-général des Deux-Siciles.
« Visé à la légation de France, à Naples, bon pour aller à Gacte. Naples, le 14 février 1849. Signé : Ch. Desly. Sceau de la légation de France.
« Visé à la légation de France, bon pour aller àt Paris par Marseille, le 23 février 1849. Le consul de France, signé : Ln. De>ly. Sceau de la légation de France.
« Visé par le consul général de Sardaigne, bon pour traverser les Btats sardes. Naples, le 23 lévrier 1849. Signé : Car. P. Spora. Sceau du consulat-général sarde.
« Visé bon pour Paris, royaume de France. Naples, le 23 février 1849. Le directeur des affaires étrangères des Deux-Siciles, signé : E. Tangionie. Sceau du miuistre des affaires étrangères des Deux-Siciles.
u«* « * la délégation maritime, bon pour partir. Naples, le 25 février 1849. Le commissaire, signé : G. de Simonini Sceau de la délégation maritime de Naples. »
Le 9 février, les voyageurs s'embarquèrent à Marseille, à bord du Sesostris, arrivèrent à Naples le 14, et reçurent un accueil très obligeant des chefs de ia police, qui, en échaniv des passeports français, leur en siguèrent d'autres pour G iëte.
Voici le permis de passage du prince, traduit de l'italien :
Pièce 106* — « Passeport délivré a Naples, le 19 février 1849, à M, Louis-Charles de France, pour se rendre àGaête; valable pour six mois Le préfet de police, signé : Pucheneda.
« Visé à Mola di Gaeta, le 17 février 1849 ; bon pour G?ête. L'inspecteur de police, signé : Francesco Castellano. Sceau de l'inspection générale de Mola di Gaeta.
« Visé à Mola di Gaeta, le 21 février 1849, bon pour Naples. L'inspecteur de police, signé : Francesco Castellano. Sceau de l'inspection générale de Mola di Gaeta.
« Visé àCapoue jour Naples, le 21 février 1849. L'inspecteur, signé :Licerelli. Sceau de l'inspection-généraie de police de Capoue. »
Pendant le trajet, deux personnes se réunirent aux compagnons du prince : c'étaient un gentilhomme belge, allié k l'une des premières familles de France, et une religieuse française.
Le 17 février, le fils de Louis XVI arrive à Gaëie; il attend une demi-heure aux portes de la ville la permission du gouverneur ; elle est accordée; il entre et se rend au palais. Le commandant supérieur, major de Jongh, demande aux voyageurs qui ils sont, ce qu'ils veulent ; le fils de Louis XVI, prenant la parole pour lui et ses compagnons, répond :
— « Je suis gentilhomme français ; voici un prêtre et un médecin qui m'accompagnent ; nous désirons offrir nos hommages au Saint-Père. Madame est religieuse française et vient, dans le même but, remplir une mission que j ignore. Monsieur est un gentilhomme beige qui nous a rencontrés en chemin. »
Aussitôt le gentilhomme belge exhibe uo passeport catholique de l'archevêque de Malines.
— « Monsieur, lui dit le major de Jongh, ce passeport n« suffit pas; votre ambassadeur est à Naples; il faut attendre son retour et sa recommandation. » Puis, se retournant vers les autres voyageurs: « La faveur que vous réclamez s'obtient très difficilement; chargé de veiller sur une vie qui est si précieuse, je ne laisse arriver jusqu'au Saint-Père que ceux dont je connais les principes et tous les antécédents ; si donc vous ne vous faites pas complètement connaître, vous ne serez point admis, et vous pouvez repartir comme vous êtes venus... »
— « Pour rais- je vous parler en particulier, monsieur? dit M. de Richemont au major.
— « Volontiers. »
Us se retirèrent ensemble dans l'embrasure de la porte d'une pièce voisine, et M. de Richemont débuta par ces mots :
— « Je suis l'oncle de votre roi ; c'est-à- dire oncle à la