IY. ~ APPLICATIONS AU FILS DE LOUIS XVI
Autour de ces considérations générales se groupent des considérations plus intimes tirées, les unes des circonstances du prétendu décès et des procès-verbaux de visite et d'autopsie, les autres de l'état physique et moral de l'enfant , des mesures prises par le Gouvernement d'alors, des révéla^ tions de la femme Simon, de la conduite de la famille royale.
1° Desault fut le seul médecin appelé près de l'enfant dtt Temple qui eût connu le Dauphin antérieurement à l'emprisonnement. 11 fait sa première visite dan» le courant du mois de mai, manifeste, dit-on, son étonnement de ce que le prisonnier n'est plus le fils de Louis XVI, reçoit de quelques conventionnels une invitation à dîner, et meurt empoisonné le 1 er juin.
2° Le docteur Pelietan, et, presqu'en même temps, le docteur Dumangin lui succèdent. Ils n'ont jamais approché du royal enfant ; et c'est de leur témoignage que s'étayent les partisans de sa mort.
3o Ils s'adjoignent pour l'autopsie MM. Lassus et Jeanroy. Seul de ces quatre médecins, M. Lassus avait vu le jeune prince à Versailles. Pelietan et Dumangin dressent le procèsverbal en ces termes : « Nous avons trouvé dans un lit le corps mort d'un enfant qui nous a paru âgé d'environ dix ans, que les commissaires nous ont dit être celui du fils de défunt Louis Capet, et que deux d'entre nous ont reconnu pour être l'enfant auquel ils donnaient des soins depuis quel* ques jours. »
Ne voilà-Ml pas une identité sérieusement constatée par des commissaires qui changeaient chaque jour, et qui, la plupart, n'avaient jamais eu de relations avec celui qu'ils di» saitnt être le fils de Capet? Pelietan etDumangiû n'affirment
2u'un fait, savoir : que l'enfant mort est celui auquel ils onnaient des soins depuis deux jours* Cela prouve-t-il qu'il fût le Dauphin ? M. Lassus qui eut pu l'attester se tait. Plus tard, même, Dumangin publia contre Pelietan la réfutation d'une note explicative de ce dernier.
4° L'enfant était dans une pièce obscure. Donc il était facile de se méprendre sur sa physionomie.
5° Les médecins attribuent sa mort à un vice scrofuleux depuis longtemps développé. — 11 devait, en conséquence, être depuis longtemps malade ; comment donc ne les dési-
PRÉAMBULE
pna-t-on pour le soigner que peu de jours avant le décès? D'ailleurs les maladies scrofuleuses ne se développent pas si vite. A cet âge, ell* s n'ont de caractère mortel qu'autant qu'elles sont congéniales : et qui jamais avait ouï dire que le Dauphin était scrofuleux?
D'autre part :
6° L'enfant vu au Temple ne parlait pas : le Dauphin était -vif et gai. Deux ans de piison, quelqu'impitoyable qu'en soit le gtôtier, ne rendent pas muet un enfant de dix ans dont la langue était jusque-là paifaitempnt déliée.
7° En même temps qu'on publiait l'acte de décès, qu'on le lisait à la Convention, un ordre secret prescrivait l'arrestation de tout enfant de l'âge du Dauphin. Chazal, Courtois, l'eurent tntre les mains. Le foi gueux Reverchon, bouleversé de cette évasion, la révélait à un député de son pays.
8° La femme Simon a souvent avoué pendant son séjour aux Incurables l évasion et la conservation du prince. 11 était venu la ^oir en 1802.
9° En 1816, un personnage fut présenté en cette qualité à la duchesse d'Angoulème dans le parc de Versailles. 10° Aucun service funèbre n'a été publiquement ordonné our le Dauphin, mort roi selon les principes monarchiques, ourquoi cette différence entre le jeune prince et ses parents victimes dus mêmes excès?
IPiM. Pelleian avait conservé le cœur de l'enfant du Temple. A la Restauration, il l'offre à la duchesse d'Angoulème qui le refuse. Elle n'est pas, dit-elle, fcûre que ce soit ceiui de son frère.
Ainsi, sa famille n'est pas assez certaine de sa mort pour commander son service funèbre, et recevoir comme sien le cœur piés» nté; donc l'acte de d< ces et les procès-verbaux de visite et d'autopsie n'ont à ses yeux aucune valeur ; et l'histoire oserait faire de ces titres une preuve irréfragable !...
S'il nVst pas mort au Temple, il est mort ailleurs, ou il existe quelque part. Un enfant de cette importance ne disparaît pas complètement inaperçu. Les intéressés n'ont jamais produit d'autre 8Cte de décès que celui du 42 juin 1795. On vient de voir ce qu'il vaut.
Le fils de Louis XVI existe donc.
Où est-il ?
Qui est- il?