‹ La Restauration convaincue d'hypocrisie, de mensonge et d'usurpation de complicité avec les souverains de la SainteAlliance ou preuves de l'existence du fils de Louis XVIChapitre 7 sur 54 · V. — OBJECTIONS SPÉCIALES · texte numérisé non relu

V. — OBJECTIONS SPÉCIALES

Les objections dirigées contre l'évasion et la conservation^ du Dauphin se réduisent à celles-ci :

« L'acte de décès est authentique ;

« L'évasion est incroyable, impossible ; le gouvernement avait trop d'intérêt à l'empêcher ;

« S'il s'était évadé, il aurait reparu depuis, et n'aurait pas attendu jusqu'à ce moment à revendiquer son nom ;

«Le caractère religieux de la duchesse d'Aogoulème exclut toute espèce de probabilité de conservation , car si le prince son frère existait, elle l'aurait reconnu ; « On offre des présomptions et point de preuves; « 11 y a eu une foule ae faux dauphins ; « En supposant même son existence avérée, pourquoi s'en occuper ? Pourquoi produire un prétendant de plus? Pourquoi compliquer les difficultés politiques déjà si nombreuses r II vit... S'il aime sa patrie... qu'il reste dans l'obscurité ! »

Tel est le langage le plus raisonnable que tiennent les antagonistes du fils de Louis XVI, quand ils ne rient pas au nez des défenseurs de sa cause.

Il n'est pas difficile de leur répondre :

L'acte de décès que vous invoquez ne signifie absolument rien ; il atteste la mort d'un enfant au Temple , soit ; mais cet enfant n'était point le fils de Louis XVI ; c était un enfant substitué ; nous le prouverons.

L'évasion, favorisée par la femme du geôlier du Temple, cessait d'être impraticable ; effectuée , elle a été connue de quelques membres du Gouvernement qui ont dû la cacher par tous les moyens, et le meilleur était de faire semblant de croire à l'identité de l'eufant substitué, et d'inscrire son acte de décès au nom du Dauphin. Us couvraient ainsi leur responsabilité vis-à-vis des républicains. On publia donc officiellement la mort, sans craindre un démenti de l'ambitieux Comte de Provence. Mais, en même temps, on commit la maladresse de rechercher le prince échappé.

En tenant compte des circonstances exceptionnelles dans lesquelles s'est trouvé le Dauphin, des dangers auxquels l'exposait une réclamation d'état, de ses expatriations, de ses emprisonnements, des spoliations de titres dont il a été victime, du dénûment dans lequel on l'a tenu , de l'hostilité fatale de sa famille et des souverains alliés qui profitaient de ses dépouilles, on se convaincra qu'il ne pouvait réclamer. Il Ta fait cependant, à plusieurs reprises, en 1816, 1830, 1848, et les persécutions ou l'indifférence ont étouffé sa voix.

L'inaction et le silence de la duchesse d'Angoalème sont graves, sans doute, quand on pense à la réputation religieuse dont elle jouit. Mais l'expérience apprend qu'en politique la religion, même celle qui n'est pas un manteau, cède à des considérations tout humaines. Ainsi, madame la Dauph'ine put céder aux violences ou aux menées de Louis XVIII, aux exigences des Puissances étrangères, au désir d'occuper le trôue, à son antipathie pour les idées libérales que son frère était accusé de professer, aux suggestions de conseillers habiles à calmer les consciences de Cour, à la honte de dévoi-

PRÉAMBULE

1er l'égoïsme des Alliés et de sa famille, d'avouer que la Restauration n'a été qu'une usurpation déloyale, et qu elle-même a sciemment concouru à dépouiller et à abandonner son frère.

Ce ne sont pas des présomptions seulement qui militent en faveur de Pexistence du fils de Louis XVI, ce sont des preuves nombreuses, précises, concordantes. L'affirmation de la femme Simon, soutenue d'une foule de témoignages, les aveux arrachés ou spontanés de la famille royale et des grands, ne sont-ce que des présomptions ?

De ce qu'il y a eu de faux Dauphins, il n'est pas logique de conclure que le véritable n'existe pas. La conclusion contraire serait plus exacte. S'il s'en présentait, c'est qu'il y avait des doutes, des bruits d'évasion et de conservation ; et, dès-lors, n'était-il pas étrange de voir que la famille royale, assez peu certaine du décès du Dauphin pour refuser son prétendu cœur offert par Pelletan et pour n'oser célébrer son service, ne fit et n'ordonnât aucunes investigations ? Elle savait trop bien à quoi s'en tenir. Ce n'est pas sa faute, ni celle de ses amis, s'il n'y a pas eu plus de faux Dauphins. Ceux qui observeront que l'apparition de ces fantômes coïncidait toujours avec quelques rumeurs annonçant la présence ou les réclamations du fils de Louis XVI, reconnaîtront sans peine la mise en scène, l'esprit et les renseignements des différentes polices, soit qu'il s agisse d'Hervagault et de Bruneau,soit qu'il s'agisse de Naûndorff. Nous ne parlons pas des fous. L'intérêt des Gouvernements, dans ces sortes de comédies, se comprend de reste. Donc, au lieu d'infirmer, les imposteurs confirment l'existence du Dauphin.

Les prétextes de prétendance et de complication disparaissent devant une considération morale d un ordre autrement élevé. La probité, la justice, l'humanité, les devoirs les plus sacrés de la conscience admettent-ils des restrictions de circonstance? L'orphelin est-il moins dépouillé parce qu'un premier usurpateur s'est emparé de son patrimoine , et que deux ou trois autres se disputent la succession du spoliateur? Le fils de Louis XVI, d'ailleurs, n'est point prétendant et ne saurait l'être. Avec les principes nationaux de son père, il a l'expérience de soixante années de convulsions, pendant lesquelles le peuple a souvent montré qu'il était libre de choisir ses chefs. Convaincu de ce droit élémentaire, à quel titre se porterait-il prétendant? Le peuple seul, par ses suffrages, peut créer des prétendants et leur confier le gouvernement. Jusqu'à ce moment le fils de Louis XVI n'a droit qu'à revendiquer son nom et ses biens. Mais, admettant même aue, reconnu, il se portât prétendant, sa prétendance, loin de compliquer la situation, la simplifierait; car devant le fils de Louis XVI quelle prétendance oserait se produire?

Ré3umons-nous :

Dans ce préambule, assez de jalons sont plantés sur la Toie déjà parcourue de notre siède. Laissons au lecteur impartial le soin de les multiplier. Il peut à leur aide marcher sans crainte d'égarer ses investigations.

A ceux qui n'accordent pas aux combinaisons humaines la force de diriger, de maîtriser les événements; qai voient audessus de l'agitation des peuples une main divine tenant le fil du mouvement général, punissant les nations par les rote, les rois par les nations, — nous avouons franchement qu eu présence des hautes et continuelles leçons de l'histoire, toute autre opinion nous semble folle et mesquine ; — à ceux-là , nous disons : ouvrez les yeux, regardez 93, 4814, 1815, 1830, 1848; appliquez aux gouvernants et aux gouvernés les principes de l'éternelle justice; et décidez s'ils n'ont pas été châtiés pour une grande iniquité commise, «la spoliation des biens, du nom, et de l'existence du fils de Louis XVI. » Nulle autre explication ne fournira le motif raisonnable de tant de calamités.

Page 1