ET L’ÉCOLE DE BURANO
l’ile en détresse et des fonds assez importants furent recueillis. On en distribua immédiatement la moitié et l’on résolut d’utiliser l’autre moitié à enseigner à la population un métier qui prévint le retour d’une pareille catastrophe.
M. Fambri, que nous avons déjà vu à l’œuvre à Cbioggia, eut l’idée de rétablir dans l’île l’ancienne industrie de la dentelle à l’aiguille, à laquelle, pendant plusieurs siècles, Burano avait dû sa renommée. Ce projet rencontra l’adhésion de quelques personnes influentes, parmi lesquelles une dame d’honneur de la reine d’Italie, la comtesse Andriana Marcello.
Mme Marcello désirait depuis longtemps faire revivre à Venise l’industrie des dentelles, et elle saisit avec empressement cette occasion de réaliser un projet dont feu son mari, Alexandre Marcello, avait été l’inspirateur, dix ans auparavant. Elle se souvint de la vieille Cencia Scarpariola et s’adressa à elle. Cencia, on l’a vu, connaissait encore le point de Burano, mais elle était devenue incapable d’en faire elle-même. La comtesse Marcello la chargea d’enseigner son art à Mme d’Este, belle-fille du maire de Burano, et celle-ci étudia de près la manière dont travaillait la vieille femme; puis elle transmit ce quelle avait appris à huit petites filles, recrutées à grand’peine, et telle fut l’origine de la célèbre école de Burano.
Au début, les élèves de l’école étaient payées par jour, alors même quelles ne produisaient rien de bon. De nouvelles élèves se joignirent aux premières et le travail se perfectionna. La comtesse Marcello faisait restaurer ses anciennes dentelles par les ouvrières de Burano; elle leur achetait tout ce quelles produisaient, se faisant aider, à l’occasion, par ses amies.
Quelques dames de l’aristocratie italienne s’intéressèrent à l’œuvre nouvelle, la soutinrent de leur argent et lui firent des commandes importantes. Un petit capital fut réuni et l’on acheta à Burano le premier étage d’un ancien palais, où fut installée lecole. La reine Marguerite, alors princesse de Pié-
mont, protégea de tout son pouvoir l’entreprise nouvelle et la prit sous son patronage spécial ; elle fit en sa faveur une chaleureuse propagande, achetant des dentelles pour son usage et pressant les dames de la cour d’en faire autant. Elle s’intéressait tout spécialement aux progrès de la fabrication, s’attachant elle-même, avec la comtesse Marcello, à retrouver la fabrication du punto in acre et du point de rose, défaisant d’anciennes dentelles, pour étudier la manière dont elles étaient faites.
« Souvent, me disait le comte Marcello, la reine, lorsqu’elle séjournait à Venise, faisait venir à son palais ma mère et deux ouvrières,et ensemble elles examinaient les points perdus; la reine faisait travailler devant elle les ouvrières, surveillant leur ouvrage et leur donnant des conseils. »
Les progrès de l’école devenant de plus en plus sensibles, les personnes qui l’avaient patronnée à ses débuts crurent devoir donner à leur entreprise une forme commerciale. Une société anonyme fut fondée au capital de 25,000 francs, groupant dix-neuf actionnaires, tous parents ou amis de la fondatrice; parmi eux se trouvait un avocat, qui fut amené ainsi à rendre gratuitement à l’établissement les services de sa profession ; un autre actionnaire, M. Annibale d’Este, fut nommé administrateur délégué de la société et devint le directeur rétribué de lecole. Quelques nouveaux actionnaires vinrent s’ajouter plus tard aux fondateurs de l’école et, depuis 1894, le capital a été porté à 52,600 francs.
Rien de plus simple que le fonctionnement de l’école de Burano.
A la tête de l’école est un comité de surveillance sans existence légale et choisi parmi les principaux actionnaires. Il a pour mission de contrôler la marche de l’école à tous les points de vue : il dirige la fabrication et la vente, s’occupe des ouvrières, prend toutes les décisions importantes. A vrai dire, le comité, qui est peu nombreux, tient tout entier dans la