‹ La restauration de la dentelle a Venise et l'école de BuranoChapitre 3 sur 4 · ET L’ÉCOLE DE BURANO · texte numérisé non relu

ET L’ÉCOLE DE BURANO

personne de son très dévoué président, le comte Marcello. Ce dernier est la cheville ouvrière de l’œuvre et est seul à assurer le fonctionnement normal de ses divers rouages. Le personnel de l’école comprend : un directeur général, — l’administrateur délégué, — qui s’occupe plus spécialement de la confection des dessins de dentelles; un directeur technique, qui est en rapports constants avec les ouvrières, leur distribue le travail et en prend livraison ; un caissier, chargé du paiement des ouvrières et de la comptabilité; une sous-maîtresse laïque, qui enseigne aux élèves la fabrication de la dentelle, deux autres, qui surveillent leur travail ; trois religieuses, qui donnent aux élèves l’enseignement religieux, s’occupent de leur éducation et maintiennent parmi elles la discipline ; un voyageur, lorsque la recherche de débouchés nouveaux le demande.

Tout ce personnel est placé sous le contrôle direct du comité de surveillance et n’agit que conformément aux décisions de ce dernier.

Le règlement intérieur de lecole s’est inspiré des préoccupations qui ont présidé à la fondation de l’œuvre. « Ce qu’on a en vue, nous disait le comte Marcello, c’est de créer une institution philanthropique, moralisatrice et artistique. Donner de l’ouvrage à une population pauvre et la rémunérer dans la mesure de ses besoins ; exercer sur cette population une salutaire influence, en entretenant avec elle des relations constantes, en lui faisant donner une solide instruction religieuse, en la surveillant strictement au point de vue moral ; élever la production de la dentelle à un niveau aussi artistique qu’il est possible ; perfectionner sans cesse la facture et vendre au prix le plus juste pour étendre au plus grand nombre possible de personnes les bénéfices de l’institution : tels sont les divers buts que l’on s’efforce d’atteindre. »

L’enseignement de la dentelle est donné gratuitement à l’école de Burano. Les élèves et ouvrières reçoivent pour rien le fil à dentelle et le matériel de travail.

L’âge d’admission à l’école est dix ans. Les élèves doivent, en outre, pouvoir justifier quelles ont reçu l’enseignement primaire, que leur conduite est irréprochable et qu’elles jouissent d’une bonne santé. Jamais un travail n’est confié à une ouvrière atteinte d’une affection contagieuse. La direction veille à ce que cette règle soit appliquée aussi bien aux ouvrières travaillant à domicile qu’à celles qui sont occupées à l’atelier; à cet effet, les employés de l’école entrent assez fréquemment dans les maisons des ouvrières. S’il arrive qu’une dentelle a été néanmoins exécutée par une ouvrière malade, l’ouvrage est désinfecté et parfois même détruit. De plus, les classes et ateliers sont toujours soigneusement aérés et on les badigeonne une fois par mois, jusqu’à hauteur d’un mètre, d’une solution de sublimé corrosif.

Le travail à l’atelier est la règle, tant pour les ouvrières anciennes, non mariées, que pour les élèves nouvellement admises.

Élèves et ouvrières doivent fréquenter les ateliers de l’école pendant cinq heures par jour; cette disposition a pour but de faciliter la surveillance du travail et d’assurer une homogénéité plus grande dans la confection des pièces. Mais la direction accorde très facilement à celles qui le demandent la permission de travailler à domicile et elle considère avec raison que l’ouvrière appartient avant tout à son intérieur. Au surplus, le travail à domicile n’offre pas de grands inconvénients, étant donné que toutes les ouvrières de lecole habitent Burano, à proximité de l’atelier. La plupart des ouvrières travaillent chez elles en dehors des heures d’atelier; quant aux femmes mariées, elles travaillent toujours à domicile.

Les ouvrières qui sont surprises travaillant pour des fabricants de Venise sont renvoyées de lecole pour toujours.

On n’enseigne à Burano que le point à l’aiguille. Les points les plus communément fabriqués sont le point de Burano, le point de Venise et le point de rose ; on fait aussi un peu d’Ar-

Point de dose, confectionné \ i. 'école de Biiiuno.

et l’école de burano

gentan et d’Alençon. Les ouvrières sont réparties, pour le travail, entre sept sections différentes ; dans chaque section on exécute une opération du point à l’aiguille, toujours la même, ce qui permet aux ouvrières d’acquérir en peu de temps une rapidité et une perfection assez grandes dans l’exécution. Voici ces sept sections, rangées par ordre de difficulté, la première comprenant les travaux les plus faciles, la sixième les opérations les plus compliquées :

Ie section

: contourage du dessin avec un fil plat ( ordi tura).

IIe —

exécution du fond ou gaze de Burano (rete).

IIIe —

(sans importance) exécution des fonds d’Alençon et d’Argentan (rete rilevata).

IVe —

confection des plats (guipure).

ye

exécution des reliefs et des jours (rilievo).

Vf —

montage, achèvement et nettoyage des dentelles (ripussatura) .

VIIe -

travaux des femmes mariées.

Les élèves qui entrent à Burano sont séparées des ouvrières pendant toute une année : c’est la période d’apprentissage ou plutôt d’expérimentation. Le directeur technique s’occupe tout spécialement de ces élèves nouvelles ; il étudie leurs capacités, leur fait faire des essais et décide finalement, d’après leurs dispositions et les besoins de la fabrication, dans quelle section elles seront placées. Lorsque l’élève est arrivée à exécuter convenablement un genre d’ouvrage, elle est admise à fréquenter l’atelier. Les élèves commençantes ne sont jamais admises d’emblée dans les dernières sections ; elles sont généralement versées dans la deuxième. Les meilleures seules parviennent aux dernières sections, après avoir passé par les premières.

Un atelier de dessin a été joint à l’école de Burano, peu

après sa fondation. L’enseignement du dessin y est donné aux élèves par un professeur de Venise et sous la direction de l’administrateur, M. d’Este. En créant cette école, sur le désir exprès de la reine Marguerite, on a eu spécialement en vue de développer chez les élèves des goûts artistiques.

Les ouvrières de Burano sont toujours payées à la tâche ; elles reçoivent leur salaire chaque mois. Pendant les premiers mois d’apprentissage, elles se bornent à exécuter, à titre d’essai, des petites pièces, qui ensuite sont détruites, et de ce chef elles ne reçoivent rien. Plus tard elles recevront une rémunération correspondant, en moyenne, à 80 pour cent du prix de vente de la dentelle, et le salaire des ouvrières ordinaires sera ainsi d’environ une lire pour 8 heures de travail, tandis qu’il atteindra jusqu a 1 lire 50 pour les meilleures ouvrières, travaillant 10 heures par jour (1).

L’ouvrière sait à l’avance ce quelle peut recevoir pour une pièce de dentelle exécutée par elle et, grâce à un système de comptabilité très ingénieux, elle peut connaître dans quelle proportion son salaire intervient pour former le prix de vente.

L’ouvrage remis à l’ouvrière porte sur une étiquette le prix qui lui sera payé. Il existe, d’autre part, un livre de la fabrication, où se trouvent renseignés tous les objets fabriqués, avec, pour chacune des parties d’un objet, le coût de la maind’œuvre et le nom de l’ouvrière qui l’a exécutée ; le coût total de la main-d’œuvre est surélevé de manière à parfaire le prix de vente et celui-ci est également indiqué sur le livre de la fabrication. Il est tenu en outre un livre des ouvrières, où chaque ouvrière voit inscrire à son nom tout ce quelle reçoit. L’ouvrière elle-même possède enfin un carnet, qui reproduit les

(1) J’ai rencontré à Burano une ouvrière exceptionnelle qui avait gagné 800 lire en une année, et cela, en s’abstenant de travailler les dimanches et jours de fête, soit plus de cent jours par an.

et l’école bf, burano

indications de ces deux livres, et elle est admise à vérifier dans la comptabilité l’exactitude de ces indications.

Des encouragements de diverse nature sont donnés aux élèves de l’école de Burano.

Une société de secours mutuel a été fondée parmi elles en 1896. Les affiliées reçoivent, en cas de maladie, un secours quotidien égal au montant de leur contribution mensuelle. La société a été dotée d’un capital de 2,000 francs en actions, grâce à la générosité de ses fondateurs; elle est, de plus, soutenue par les dons des actionnaires et des étrangers qui s’intéressent à l’école.

D’autre part, il est accordé chaque année des primes aux ouvrières qui se sont distinguées par les plus beaux ouvrages et il est distribué des vêtements, par les soins de la reine Marguerite, à celles qui ont fréquenté l’école avec le plus d’assiduité.

C’est le comité de surveillance de l’école c’est-à-dire, en fait, le comte Marcello, qui s’occupe exclusivement de la partie commerciale. C’est lui qui recherche les nouveaux débouchés, lui qui organise la vente, lui encore qui détermine l’étendue des stocks de marchandises, dresse les bilans et fait le service financier de l’établissement.

M. Marcello, suivant en cela l’exemple de la fondatrice, aujourd’hui décédée, a organisé la réclame sur une vaste échelle. Des lettres-annonces ont été expédiées par milliers dans le monde entier. Des démarches personnelles ont été faites auprès des ambassadeurs et des consuls d’Italie. La marque de fabrique de l’école, — une petite plaque de plomb portant d’un côté un bonnet dogal, de l’autre un trèfle avec les lettres S. M. B. (Scuo'a Merletti Burano), et qui est attachée, par un fil de soie brodé dans un lacet, à tout objet confectionné à Burano, — a été déposée à grands frais dans les principales villes d’Europe.

La dentelle est vendue à des particuliers, à des commer-

çants et à des magasins de détail. Les clients directs de Burano sont très nombreux, tant à l’étranger qu’en Italie; parmi eux il y a un bon nombre de têtes couronnées, comme en fait foi le livre d’or où sont inscrits les noms des visiteurs de l’école. Lecole a également livré des pièces de choix à la plupart des grands musées d’Europe.

Parmi les maisons qui se fournissent à Burano, les unes font des commandes, les autres prennent la dentelle en dépôt : elles reçoivent sur le prix de vente une réduction qui varie d’après les avantages stipulés au profit du vendeur.

M. Marcello s’est procuré des représentants ou des dépositaires dans beaucoup degrandes villes, entreautres à Venise (d ), à Paris, à Londres, à New-York, à Borne, à Florence, à Nice, à Wiesbaden, à Edimbourg. Il a obtenu de la plupart de ces dépositaires qu’ils s’engagent à lui acheter toujours au moins les deux tiers de la valeur de ses dépôts et que toute dentelle dont ils ont enlevé la marque de fabrique leur reste pour compte.

On vend aussi à quelques célèbres couturiers parisiens. La comtesse Marcello fit acheter ainsi ses dentelles par Wôrth et l’on a obtenu récemment la même chose de Paquin.

L’école de Burano organise, enfin, des expositions de ses produits à Venise et à l’étranger, et elle vient d’ouvrir à la place Saint-Marc un magasin de vente qui ne manquera pas d’amener une certaine extension des affaires.

Tout cela est fait avec des ressources restreintes, le capital de 52,600 francs n’ayant pas été accru par de nouveaux ver-

(1) Il est à remarquer que le dépositaire de l’école de Burano à Venise est M. Jesurum, lui-même grand fabricant de dentelles aux fuseaux. M. Jesurum se trouve si bien de ses relations avec l’école de Burano qu’il a renoncé à entreprendre la fabrication des dentelles à l’aiguille. Ceci démontre qu’une institution dans le genre de celle de Burano pourrait fonctionner en Belgique sans porter ombrage aux fabricants qui voudraient se rendre compte de l'efficacité de ses services .

et l’école de burano

sements. Mais les statuts de la société portent qu’il ne peut être distribué aux actionnaires plus de 5 pour cent de leur argent aussi longtemps qu’un fonds de réserve, égal au capital, n’aura pas été formé.

En fait, les actionnaires n’ont touché que trois fois, jusqu’à présent, l’intérêt des sommes qu’ils ont versées. Le fonds de réserve atteint aujourd’hui 25,900 francs, ce qui porte à 78,500 francs le capital roulant.

Cette somme est suffisante pour permettre à la société de vivre et de se maintenir par elle-même, en dehors de toute cotisation de ses membres et de tout subside des pouvoirs publics (1). M. Marcello lui fait, de temps à autre, des avances sur sa caisse personnelle, mais il s’attache surtout à réduire le plus possible l’étendue de son stock, à produire presque toujours sur commande; il proportionne à l’extension et aux exigences plus grandes de sa clientèle les développements à donner à l’école et n’augmente le nombre de ses ouvrières que pour faire face à une augmentation stable des débouchés.

Un grand soin est donné à la confection des bilans : les marchandises non vendues n’y sont jamais évaluées au-dessus du prix de facture et souvent fort en dessous.

La fixation des prix de vente des dentelles est une fonction non moins délicate, qu’assume également le comité de surveillance. Les prix de Burano sont extrêmement bas. « Une maison de Bruxelles, m’a assuré M. Marcello, nous proposa, il y a quelques années, de nous acheter des dentelles pour cent mille francs par an; mais il fallait nous engager à doubler à l’avenir tous nos prix de vente. Nous avons cru devoir refuser. » De mon côté, j’ai pu constater que les produits des fabricants de Venise sont notablement inférieurs à ceux de Burano; et cependant les prix de ces mêmes fabricants sont beaucoup plus élevés que ceux de lecole.

(1) Le gouvernement italien a retiré, depuis plusieurs années, à l’école de Burano les subsides annuels qu’il lui avait accordés au début.

Cette modicité de prix ne s’explique pas, à première vue : elle aboutit, en effet, à ce que les salaires payés à Burano sont les mômes, à peu de choses près, que ceux des ouvrières travaillant pour les fabricants. D’autre part, en abaissant de la sorte les prix de la dentelle, ne va-t-on pas encourager la concurrence des articles médiocres et ne risque-t-on pas d’enlever à la belle dentelle le caractère d’article de luxe, quelle doit, nous paraît-il, conserver?

A cela M. Marcello répond qu’il n’y a pas de raison, pour le moment du moins, de payer aux ouvrières des salaires plus élevés que ne le comportent leurs besoins; les salaires de Burano sont déjà plus élevés que le salaire moyen des femmes en Italie : ils permettent de faire face aux besoins. Un habitant de Burano peut, à la rigueur, se nourrir avec 50 ou 40 centimes par jour ; l’habitation ne coûte presque rien ; le salaire habituel d'une ouvrière est, par conséquent, suffisant pour entretenir deux ou trois personnes, et les ouvrières de l’école trouvent encore moyen de réaliser d’assez jolies économies sur ce quelles gagnent. « Pourquoi, dès lors, augmenter nos prix de vente? se demande M. Marcello. N’est-il pas préférable de vendre au juste prix et d’attendre avec confiance le jour où la clientèle de nos concurrents, attirée par le bon marché autant que par la beauté de nos produits, viendra à nous si nombreuse qu'elle nous permettra d’employer toutes les femmes de Burano qui s’offriront à travailler pour nous? Alors seulement, nous semble-t-il, il y aura lieu d’examiner s’il vaut mieux élever nos salaires ou étendre aux populations voisines les bienfaits de l'institution. Au surplus, nous ne redoutons pas la concurrence; elle ne nous a fait, jusqu’à présent, que du bien, en faisant connaître à l’étranger la dentelle de Venise et en contrihuant, de la sorte, à établir notre réputation. »

On se demande comment, en présence de la modicité des prix deBurano, cette concurrence est possible. Elle existe cependant, et sur une large échelle; quiconque a séjourné à Venise a

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pu s’en rendre compte. On doit, à notre avis, l’expliquer par ce fait que les dentelles fabriquées en dehors de Burano sont d’une facture moins soignée et, par suite, moins coûteuse que celles de la célèbre école de M. Marcello, tout en offrant avec celles-ci beaucoup d’analogie. L’étranger, peu connaisseur et facilement émerveillé, ne prend souvent pas la peine de comparer les prix et la finesse d’exécution des divers produits qui sollicitent son admiration, et il se laisse volontiers attirer

par les nombreux et brillants étalages de la place Saint-Marc.

Burano est un éclatant succès ; c’est la démonstration vivante de ce que peut obtenir l’initiative privée, en une matière même très délicate. En trente ans, une industrie complètement tombée a été relevée et a retrouvé sa pleine prospérité; une école a été fondée, dont les productions, inspirées de motifs anciens, dépassent de loin, sous le rapport artistique, les articles similaires confectionnés dans les autres pays. L’oeuvre a une base commerciale des plus solide et a conquis sur le marché une place honorable. Les conditions de la vie sont devenues satisfaisantes à Burano, et dans les iles environnantes on travaille activement aux fuseaux. Une des principales fabriques de Venise, qui fait, outre la dentelle, la broderie sur soie et sur filet, occupe dans les iles de la Lagune environ 5,000 ouvrières. A Burano, les dentellières sont particulièrement recherchées en mariage par les jeunes gens, car elles apportent presque toujours en dot une maison très convenable, dont elles ont pu économiser le prix sur leur salaire quotidien.

Comme on en jugera par le tableau de la page 17, le nombre des élèves et ouvrières de Burano a été en augmentant depuis la fondation de l’école et le chiffre de la vente a suivi pareillement une progression ascendante.

Les dentelles reproduites dans le cours de cette étude montrent, mieux que ne pourrait le faire aucune description, la valeur artistique et la beauté d’exécution des produits confec-

tionnés à Burano : ce sont trois exemplaires des types les plus habituellement fabriqués par les ouvrières de lecole.

Ces dentelles se distinguent par la richesse et l’élégance de leurs rinceaux, par l’ahondance de leurs festons, souvent brodés en relief, par la fantaisie et la finesse de leurs ornements. Tandis que les autres dentelles ont toutes évolué suivant le goût des siècles, seuls les points vénitiens ont gardé le cachet de somptuosité massive que leur imprima la Renaissance. Leurs dessins sont restés ce qu’ils étaient alors et les points qu’on exécute de nos jours à Burano s’inspirent encore toujours des modèles en vogue au temps de Louis XIV.

Le point de Venise proprement dit est la plus massive, peut-être aussi la plus belle des dentelles vénitiennes. Il se distingue par la richesse et la variété de ses joints, par la beauté de ses grandes fleurs, que relient entre elles des brides souvent ornées de picots, par la grosseur de ses festons, bourrés de fil à l’intérieur.

Le point de rose, appelé parfois l'osaline, est moins opulent, mais plus gracieux que le précédent. Il se compose de rinceaux très fins, rebrodés en relief, dont les innombrables ramures s’enchevêtrent au point île former presque un tissu. Il n’a pas les grands ornements pompeux du point de Venise, mais seulement, de distance en distance, de ravissantes fleurs à jour qui rompent la monotonie des rinceaux. Ceux-ci occupent tout le fond de la dentelle. Ils sont rattachés entre eux par des barrettes richement ornées et courant en tout sens. Le bord inférieur des volants en point de rose et en point de Venise est terminé par une engrêlure à picots.

A la différence des autres dentelles vénitiennes, le point de Burano n’a pas le moindre relief ; ses rinceaux, d’une grande variété, se détachent en plat sur un réseau très délicat rappelant celui du point de Bruxelles, mais s’en distinguant par la forme carrée de ses mailles. Le charme de cette dentelle est très grand et les ouvrières de Burano l’exécutent avec une finesse inimitable.

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