OBSERVATION IV
HERNIE OMBILICALE. — OBÉSITÉ CONSIDÉRABLE, ET PROLAPSUS DE LA PAROI ABDOMINALE. — ENORME RÉSECTION CUTANÉO- GRAISSEUSE ET RESTAURATION DE LA PAROI.
(Obs. de M. H. Moreslin) {Bullelin de la Soc. de Chir., 7 février 1912).
Il s’agit d’une femme de 51 ans, P.. V.., ménagère, entrée dans mon service, à l'hôpital Tenon, le 30 novembre 1911. Cette femme, qui a toujours vécu d’une vie pénible, qui s’est beaucoup fatiguée, et qui a quatre enfants, présentait, ou tre une très volumineuse hernie ombilicale un prolapsus très accusé de la paroi abdominale. Son ventre littéralement lui tombait sur les cuisses, et la cicatrice ombilicale se trouvait à peu près à la hauteur de la vulve. La malade était fort gênée par cette difformité, et bien que sa hernie n’eût jamais présenté de phénomènes d’étranglement, elle venait spontanément demander à la chirurgie une améliorabion de son état.
Je l’opérai le 9 décembre, après l'avoir préparée pendant quelques jours par le repos au lit, la diète et les purgations répétées, pour réduire le volume de la masse intestinale.
Je traçai d’une région lombaire à l’autre deux grandes incisions passant l’une au-dessus de l’ombilie, l’autre au voisinage du mont
Vénus, ces deux incisions se réunissant l’une à l’autre à leur extrémité lombaire. Elles avaient 90 centimètres d’étendue et délimi-
taient une bande de peau qui mesurait en hauteur 31 centimètres au niveau du plan médian.
[Je traversai la graisse sous-cutanée, qui présentait environ quatre travers de doigt d'épaisseur, et mis à nu les aponévroses super-
ficielles, jusqu’au voisinage de l’orifice herniairé. J’ouvris ensuite -le sac qui contenait le grand épiploon, le côlon transverse et de l'intestin grêle,
Je conservai tous les Lissus aponévrotiques qui doublaient en partie le sac, car il s'agissait d’une véritable éventration, et les utilisai pour la laparoplastie, les retournant vers l'abdomen et
les unissant dans cette situation inversée par une série de surjets transversaux,
Quand tout fut de niveau, je pratiquai encore un grand surjet
transversal sur les aponévroses, les fronçant, les réduisant, en faisant un large pli de tissu fibreux, de manière à constituer une sangle très résistante, et à diminuer en méme temps dans le sens vertical l'ampleur de la paroi.
Au niveau de la ligne blanche, j’eus recours à une manœuvre
TR Le
analogue. À l’aide d’un grand surjet, je la fronçai de haut en bas depuis le pubis jusque dans la région épigastrique, ce qui trans formait cette bande en une colonne et réduisait la paroi dans le sens transversal. J'avais ainsi créé une columnisation cruciale et toute la paroi était maintenant nettement et régulièrement ten due. De plus, là où la malade avait antérieurement une éventration, elle devait avoir maintenant une inventration, une saillie, intra-abdominale formée de tous les débris aponévrotiques mas— sés en un paquet par les surjets successifs.
Ceci fait, il ne me resta plus qu’à mobiliser un peu la peau, en décollant la lèvre supérieure de la plaie et à réunir celle-ci, ce qui nécessita environ soixante points de suture. Aux deux extrémités, deux drains durent être laissés en place pendant plusieurs jours à cause d’un suintement séro-sanguinolent, mêlé de gouttes huileuses, qui se prolongea assez longtemps.
Les orifices de drainage ne se fermèrent tout à fait qu'au bout de trois semaines environ. Les fils furent retirés au dixième jour.
A ce moment, la réunion était complète sauf, nous l'avons dit, aux deux extrémités.
J'ai laissé la malade au lit pendant un mois, pour éviter tout effort à la paroi restaurée. Actuellement, elle a repris son existence habituelle, qui est très laborieuse. Elle n’est aucunement gênée dans les mouvements et dans les efforts. Bien au contraire, elle se sent soutenue et plus à l'aise. L'aspect du ventre est satisfaisant. Sans doute la pauvre femme n’est pas devenue une sylphide, mais elle est néanmoins enchantée de cette sorte de métamorphose.