PREFACE III
ment de la volonté de vivre, tel que l'a conçu Schopenhauer. Cette lutte entre deux principes opposés se partageant l'esprit et le cœur de tout homme qui pense, M. Merejkowsky s'est efforcé de nous la montrer dans ses premières manifestations : la philosophie hellénique et la foi chrétienne, en fixant dans ses romans le moment historique où elle s'est affirmée avec la plus grande puissance, et en faisant intervenir les personnages qui, d'après lui, en sont les représentants les plus typiques. C'est ainsi qu'il nous a mis, tour à tour, en présence de deux époques décisives : d'abord les dernières tentatives faites pour rétablir le culte des dieux, peu de temps après la consommation de leur ruine définitive par l'empereur Constantin; puis la Renaissance qui, malgré le christianisme triomphant, a inauguré une rénovation glorieuse des arts et des sciences de l'antiquité.
Dans son roman la Mort des dieux, M. Merejkowsky s'est attaché à peindre la première de ces époques, dont les diverses phases se groupent autour du héros principal, l'empereur Julien l'Apostat. Dans la Résurrection des dieux, il déroule devant nous, en fresques somptueuses, l'âge de la Renaissance, personnifié pour ainsi dire par Léonard de Vinci, en qui, selon l'auteur, se sont manifestés le plus vivement le caractère et les tendances de cette époque.
Julien l'Apostat a été l'un des derniers adorateurs du paganisme expirant. Mais il ne pouvait rien contre les multitudes qui embrassaient la religion nouvelle. En vain il employait tantôt la douceur et tantôt la violence pour persuader les chrétiens ; le règne des faux dieux était condamné, irrévocablement. Et son âme se remplissait de rage quand il voyait son impuissance à changer le cours des choses. Il