‹ La résurrection des DieuxChapitre 21 sur 34 · VI. Tout cela s'accomplira immédiatement · texte numérisé non relu

VI. Tout cela s'accomplira immédiatement

VIL L'excommunication de Savonarole, prononcée arle pape Alexande VI, n'est pas valide ;

VIII. Ceux qui ne respectent pas cette excommuniation ne sont pas coupables.

Pressés par la foule, Léonard, Giovanni et Lomenzi arrêtèrent et prêtèrent l'oreille aux conversaions.

— Quoi qu'il en soit, c'est tout de même terrible, •ères, disait un vieil ouvrier : pourvu qu'il n'y ait as de péché dans tout cela !

— Quel péché peut-il y avoir là, Philippe? répliqua n jeune contremaître, avec un léger sourire plein s suffisance. Je suppose qu'il n'y a rien de mal, aucun éché... dans ces choses...

— C'est une tentation, mon ami ! reprenait Phippe. Nous demandons un miracle, mais en sommesdus dignes? Il est dit : « Tu ne tenteras pas le Seiaeur ton Dieu ! »

— Tais-toi, vieux! Pourquoi croasses tu ainsi? Celui qui a de la foi, gros comme un grain de

joutarde, s'il ordonne à une montagne de se raou- |)ir, il sera obéi. » Dieu ne peut pas ne pas faire de iracle, si nous croyons en Lui.

— Il ne peut pas ! Il ne peut pas ! reprirent des voix ins la foule.

— Et qui entrera le premier dans le feu, fra Domeco ou fra Girolamo ?

— Tous deux ensemble.

— Non, fra Girolamo priera seulement, mais n'entrera pas.

— Comment, il n'entrera pas ! qui donc doit entrer, sinon lui? D'abord Domenico. puis Girolamc et ensuite tous ceux d'entre nous, pécheurs, qui s sont fait inscrire au monastère de Saint-Marc, seron dignes d'y entrer.

— Est-il vrai que fra Girolamo ressuscitera un mort

— C'est vrai ! D'abord il y aura le miracle du feu, e ensuite la résurrection d'un mort. J'ai lu moi-mèm sa lettre au pape. Il y est dit : « Qu'on me nomme u rival : nous descendrons tous deux dans un tombea et nous dirons chacun à notre tour : « Lève-toi ! » C( lui dont l'ordre aura rendu la vie au mort sera le pn phète, et l'autre, l'imposteur! »

— Attendez, frères, il y aura encore d'autres choses Vous avez la foi, et vous verrez descendre sur les nua ges le Fils de l'Homme incarné. Il y aura des signes des miracles tels qu'il n'y en a jamais eu auparavant

— Amen ! Amen! dirent des voix innombrables. I les visages pâlissaient, et les yeux trahissaient 1 fièvre et le délire qui troublaient tous les assistants

La foule s'avançait, entraînant toujours Léonard t ses compagnons. Giovanni regarda encore une fois 1 statue de Verocchio. Et il se dit que le sourire de Lé( nard ressemblait au sourire tendre, lin et interroge teur de Thomas l'Incrédule, posant ses doigts dans le plaies du Seigneur.

Arrivés sur la place de la Seigneurie, ils furei violemment bousculés par la populace.

Il semblait à Giovanni qu'il n'avait jamais vu ui pareille multitude. Non seulement toute la place, ma^ les loggias, les tours, les fenêtres, les toits des ma sons étaient noirs de monde. On se battait pour t;

lier de voir quelque chose. Uu homme tomba d'un )it et se tua.

Les rues étaient barrées par des chaîues, à l'excepnn de trois d'entre elles, où Ton avait posté les gardes e la ville, qui ne laissaient passer qu'un à un des ommes désarmés.

Lomenzi désigna le bûcher à ses compagnons et leur xpliqua la construction de cette « machine ». Entre ) Riughiera , où se trouvait le Marzocco, le lion de ronze héraldique de Florence, et l'auvent de tuiles, ppelé « Toit des Pisans », était disposé un bûcher, troit et long, enduit de goudron mélangé de poudre, t sur lequel courait un chemin pavé de pierres, d'arile, et de sable; c'était ce chemin que devaient suivre îs moines entre deux murailles de feu.

Les Franciscains, ennemis de Savonarole, arrivent par la rue Vecherechia. Fra Girolamo, vêtu d'une )utaue de soie blanche avec, dans les mains, un calice ai resplendissait au soleil, et fra Domenico, dans u vêtement de velours écarlate, fermaient la proceson.

— Rendez gloire à Dieu ! chantaient les Dominions. A sa grandeur sur Israël et à sa puissance sur !S nua°es ! Tu es terrible, ô Dieu, dans ton saint

lcr

eu

Et, reprenant le chant des moines, la foule répondait ar un émouvant :

— Hosanna ! Hosanna ! Béni soit celui qui vient au om du Seigneur !

Les ennemis de Savonarole occupèrent la moitié de ,. Loggia voisine de l'Hôtel de Ville ; l'autre moitié, 'parée de la première par une cloison de bois, était feservée aux disciples du moine.

iTout était prêt, il ne restait plus qu'à mettre le feu 1 bûcher. La foule s'agitait, chaque fois que les com-

issaires qui avaient arrangé le duel sortaient du ilazzo Vecchio. Mais, cette fois encore, après s'être )prochés de fra Domenico et lui avoir chuchoté

quelques mots à l'oreille, ils rentrèrent au palais. Fra Julien Rondinelli, l'adversaire de SavonaroH restait caché.

L'incertitude et l'attente devenaient insupportables, les uns se soulevaient sur la pointe des pieds, tendaient le cou afin de mieux voir ; les autres se signaient ou égrenaient leur chapelet, répétant cette prière naïve et enfantine : « Fais un miracle, Seigneur, fais un miracle ! »

L'air était lourd et étouffant. Les roulements du tonnerre, que l'on avait entendus dès le matin, se rapprochaient ; le soleil était brûlant.

— Et qu'attend-on ? demanda une personne assise aux places réservées pour les consuls et les citoyens de marque. S'ils ont si grande envie de brûler, qu'oo les laisse aller au feu et que ce soit fini !

— Mais, je vous en prie ! c'est un meurtre !

— Quelle bêtise! Pensez donc, le grand malheur, s'il y a deux sots de moins sur la terre !

— Vous dites qu'ils brûleront ! Mais il faut qu'ils brûlent selon toutes les règles de l'Église, d'après les canons, voilà le nœud de l'affaire ! C'est une question délicate, théologique.

— Et si elle est théologique, il faut la soumettre au pape.

— Qu'est-ce que le pape et les moines ont à faire ici ? Nous devons penser au peuple, seigneurs. Si cette mesure est capable de rétablir l'ordre dans la ville, on aurait bien fait par la même occasion d'expédier, non seulement dans le feu, mais dans l'eau, dans l'air, et dans la terre, tous les prêtres et les moines !

— Il suffirait de les envoyer dans l'eau ! Voici ce que je vous conseille : préparez une cuve remplie jusqu'au bord, jetez-y les deux moines, et celui qui en sortirs, sec aura raison. Ce ne sera pas dangereux, ai moins!

Les commissaires continuaient à faire la navett(

Qtre l'Hôtel de Ville et la Loggia; et il semblait que îs pourparlers ne prendraient jamais fin.

Les Franciscains assuraient que Savonarole avait asorcelé la soutane de Dominique. Ce dernier dut i quitter. Mais il pouvait y avoir des charmes dans >n linge. Il se rendit au palais, se déshabilla complètelent, et revêtit les habits d'un autre moine. On lui éfendit de s'approcher de Savonarole, afin que celuii ne pût pratiquer de nouveau sur lui quelque sortiîge. On exigea aussi qu'il abandonnât la croix qu'il mait dans les mains. Dominique y consentit, mais éclara qu'il n'entrerait dans le feu qu'à la condition e tenir les saintes hosties.

Une dispute scolastique, interminable, s'engagea.

Des murmures s'élevèrent dans la foule.

Au même moment le ciel se couvrit de nuages.

Tout à coup un rugissement affamé et prolongé partt de la Via de Leoni, derrière le Palazzo Vecchio. 'est là qu'on gardait dans une fosse de pierre, les ons dont l'image figurait sur les armes de Florence. >n les avait probablement oubliés, dans l'agitation es préparatifs, et les pauvres bêtes réclamaient leur ourriture habituelle.

La foule répondit au rugissement des fauves par un ugissement humain encore plus affamé et plus terible.

— Vite, plus vite ! Au feu ! fra Girolamo ! Le miacle ! le miracle î le miracle !

Savonarole, qui priait devant le calice contenant les îintes hosties, revint à lui, s'approcha tout près du ord de la Loggia, et, de son geste puissant, leva le ras pour ordonner à la foule de se taire. Mais le euple n'arrivait pas à faire silence.

D'un des groupes abrités parle Toit des Pisans. une 'oix s'éleva, dominant toutes les autres : ; — 11 a eu peur!

I Et ce cri, un instant, fit cesser le tumulte. ! Un détachement de cavalerie tâchait de rompre

les derniers rangs. Les cavaliers voulaient se faire jour et pénétrer jusqu'à la Loggia, pour tomber sur Savonarole et le tuer dans la bousculade.

— Frappez, frappez les maudits cagots ! criaient des voix furieuses.

Devant Giovanni passèrent des figures à l'expression vraiment sauvage. Il ferma les yeux pour ne plus voir, pensant qu'on allait saisir Savonarole et le mettre en pièces.

Mais à ce moment retentit le tonnerre, un éclair traversa le ciel, et une plaie diluvienne, telle qu'on n'en avait pas vu depuis des années à Florence, commença à tomber.

Elle ne dura d'ailleurs pas longtemps. Mais il était inutile de penser au duel du feu : un véritable torrent coulait, comme d'une gouttière, du passage pratiqué le long des deux murailles de bois.

— Bravo les moines! criait-on dans la foule. Ils allaient au feu et ils se sont trouvés à l'eau. Voilà un miracle !

Un détachement de soldats accompagna Savonarole à travers la foule excitée.

L'orage se calma, mais le ciel restait menaçant.

Le cœur de Beltraffio se serra lorsqu'il vit fra Girolamo s'en aller sous la pluie, menue et grise, d'un pas hâtif et chancelant, tout courbé, son capuchon rabattu sur les yeux, son vêtement blanc souillé de boue Léonard regarda le visage pâle de Giovanni ; et, le pre nant par la main, comme le soir de l'auto-da-fé, 1 l'entraîna loin de la foule.

Le lendemain soir, Giovanni se rendit chez Léonan pour lui raconter les événements de la journée.

Depuis le « duel du feu », l'hostilité qui régnait! Florence contre Savonarole s'était déclarée avec um grande violence.

La Seigneurie avait ordonné aux frères Girolamo t Doraenico de quitter la ville. Ayant appris qu'ils smporisaient, les plus enragés de leurs adversaires, îunis de fusils et de canons, suivis d'une foule imlense, avaient entouré le monastère de Saint-Marc t envahi l'église où les moines assistaient aux vêpres. ieux-ci s'étaient défendus à coups de cierges brûlants, e crucifix de bois et de cuivre. Enveloppés par les Durbillons de fumée de la poudre, dans les reflets mbrasés de l'incendie, ils étaient ridicules comme es coqs en colère, terribles comme des démons. L'un 'eux grimpa sur le toit de l'église, et de là, jetait des derres. Un autre sauta sur l'autel, et, debout sous le rucifix, il tirait de l'arquebuse, criant après chaque écharge : « Vive Christ ! »

On prit d'assaut le monastère. Les frères avaient onjuré Savonarole de s'enfuir, mais il s'était rendu

l'ennemi ainsi que Dominique. On les avait emmêlés en prison.

C'était en vain que les gardes de la Seigneurie désndaient, ou feignaient de défendre Savonarole ontre les injures de la foule.

Les uns le frappaient sur les joues, en criant : —

Devine, devine, homme de Dieu, devine qui t'a rappé... ? )) les autres contrefaisaient en nasillant i manière de chanter des « pleureurs » quand ils taient à l'église.

Ou bien, ils se mettaient à quatre pattes, devant lui, omme s'ils eussent cherché quelque chose, et gronaient : « La petite clef ! la petite clef ! Personne l'a-t-il vu la petite clef de Girolamo? » faisant ainsi llusion à la clef dont le moine parlait souvent dans es sermons, et qui devait ouvrir le mystérieux coffret es iniquités romaines.

Des enfants, ceux-là mêmes qui avaient été « soldats e la Sainte Armée des Petits Inquisiteurs », lui staient des pommes pourries, des œufs gâtés.

Quelques-uns, qui n'avaient pas réussi à se frayer

un passage parmi la foule, criaient de loin, à tue-tête, jusqu'à ce qu'ils fussent épuisés, répétant sans cesse les mêmes invectives, comme s'ils n'avaient pu s'en rassasier :

— Poltron ! Poltron ! Poltron ! Judas le traître ! Sodomite ! Sorcier! Antéchrist !

Giovanni l'avait suivi jusqu'aux portes de la prison duPalazzo Vecchio.

Le lendemain matin, Léonard et son élève quitté rent Florence.

Aussitôt arrivé à Milan, le peintre s'adonna toul entier à l'œuvre qu'il ajournait constamment depuis dix-huit ans : la figure du Christ dans la Sainte Chie,

Le jour même où le duel du feu aurait dû avoir lieu, la veille du dimanche des Rameaux, 7 avril 1498, le roi de France, Charles VIII, mourut subitement.

La nouvelle de son décès épouvanta le More, car le pire ennemi de la maison des Sforza, le duc d'Orléans devait lui succéder, sous le nom de Louis XII. Petitfils de Valentine Visconti, fils du premier duc de Milan, il se considérait comme le seul héritier légitime de la Lombardie, et se disposait à la conquérii en détruisant complètement le « nid de bandits des Sforza ».

Peu avant la mort de Charles VIII, le More avait organisé à sa cour de Milan un « duel scientifique ». scientifico duello, qui lui avait plu si fort qu'il voulut le recommencer deux mois après. Chacun supposai! que la guerre menaçante l'engagerait à remettre à plus tard cette joute oratoire. Mais Ludovic trouva avantageux pour lui de feindre une complète indifférence à l'égard de ses ennemis, et de prouver ainsi que, sous le doux règne des Sforza. plus qu'à n'importe quelle autre époque, florissaient en Lombardie

;s sciences et les arts, « fruits de la paix d'or », t que son trône était défendu, non seulement par ;s armes, mais aussi par la gloire du protecteur des mses, le plus éclairé de tous les souverains de l'Italie.

Léonard avait assisté à ce second duel, auquel il vait même dû prendre part, et qui, pendant plusieurs eures, s'était prolongé en d'interminables disputes ïolastiques. Il sortit du palais et s'engagea dans une ne silencieuse du faubourg de la Porte de Verceil, au out de laquelle des chèvres broutaient l'herbe. Un etit garçon, hâlé, vêtu de guenilles, conduisait un 'oupeau d'oies, qu'il stimulait au moyen d'un rameau e bois mort. La soirée était claire. Au nord seuleîent, par-dessus les Alpes invisibles, s'amassaient es nuages bordés d'or, lourds comme s'ils eussent té de pierre, tandis que dans l'espace de ciel pâle u'ils laissaient entre eux, une étoile brillait, solitaire.

Tout en songeant aux deux duels dont il avait été imoin, le duel du miracle à Florence, le duel de 1 science à Milan, Léonard se disait que, sous leur pparente différence, ils étaient bien réellement areils, comme des sosies.

Sur les marches d'un escalier extérieur, attenant

une vieille maison, une fillette de six ans mangeait ne galette de seigle avec de l'oignon cuit. Léonard 'arrêta et l'appela.

Elle le regarda craintivement, puis, rassurée par on sourire, elle lui sourit aussi et descendit, posant oucement ses petits pieds bruns sur les degrés couerts d'eau sale, de coquilles d'oeufs et de débris 'écrevisses. L'artiste sortit de sa poche une orange orée et confite, soigneusement enveloppée dans du •apier : c'était une des friandises que l'on offrait aux tôtes de la cour. 11 lui arrivait souvent d'en prendre sur a table, et de les mettre dans sa poche, pour les distri-

buer aux enfants de la rue, pendant ses promenades

— Une balle d'or, murmura la fillette, une balle d'or

— Non, ce n'est pas une balle, mais une pomme Essaie de la manger, elle est douce.

Sans oser se décider à le goûter, la fillette regardait ce fruit inconnu avec un ravissement silencieux.

— Comment t'appelles-tu ? demanda Léonard.

— Maïa.

— Et sais-tu, Maïa, comment le coq, l'àne et lt bouc sont allés pêcher du poisson ?

— Non, je ne sais pas.

— Veux-tu que je te le raconte ?

De sa main délicate, effilée et menue comme celh d'une jeune fille, il caressait les cheveux souples e embroussaillés de la petite.

— Eh bien ! allons nous asseoir ! Attends donc j'avais encore des galettes d'anis, car je vois que ti ne mangeras pas la pomme d'or, Maïa î

Il se mit à chercher daDs ses poches.

Une jeune femme apparut sur le perron. Elh regarda Léonard et Maïa, secoua amicalement la tête et s'assit à son rouet.

Derrière elle, une autre femme, vieille et bossue, sor tit aussi de la maison. Elle avait des yeux clairs commf ceux de Maïa : c'était la grand'mère, probablement.

Elle jeta également un coup d'œil à Léonard, puis tout à coup, comme si elle l'eut reconnu, elle frappa ses mains l'une contre l'autre, se pencha vers ls fileuse et lui murmura quelque chose à l'oreille ; celleci se leva brusquement et cria :

— Maïa ! Maïa ! Viens vite !...

La petite ne se hâtait pas.

— Mais, viens donc, fainéante ! Attends un peu. je te...

Maïa, effrayée, s'élança sur l'escalier. La vieille lu; arracha la pomme d'or et la lança dans la cour voisine où grognaient des porcs. La petite se mit à pleurer. Mais la vieille lui dit quelques mots en désignai

^éonard. Maïa se calma aussitôt et le regarda avec de rands yeux effarés et peureux.

Léonard se détourna, baissa la tête et s'en alla rapiement sans mot dire. Il comprenait que la vieille le onnaissait de vue. Sa réputation de sorcier avait énétré jusque dans ces faubourgs écartés, et la rand'mère craignait le mauvais œil pour sa Maïa.

Il s'en alla, fuyant presque, en proie à un tel rouble qu'il continuait à chercher dans sa poche les alettes maintenant inutiles, et souriait d'un sourire garé, comme un coupable.

Au souvenir de ces yeux d'enfant innocents et [frayés, il se sentit plus solitaire encore que devant i foule qui voulait le tuer comme hérétique, ou qu'en résence de la savante assemblée à laquelle il venait 'assister, et où l'on s'était moqué de la vérité, comme n rit du bégaiement d'un fou. Il avait l'impression 'être aussi éloigné des hommes que cette étoile soliîire qu'il voyait scintiller, dans le ciel infini et limide.

De retour chez lui, il s'enferma dans son cabinet de •avail, qui lui parut sombre comme une prison, avec îs livres et ses instruments de physique, couverts de oussière ; il s'assit à sa table, alluma une chandelle, rit un cahier et s'enfonça dans une étude commence depuis peu, et concernant le glissement des corps ir les plans inclinés.

Les mathématiques, ainsi que la musique, avaient 5 don de le calmer. Ce soir-là, comme toujours, elles îi donnèrent la joie familière à son cœur.

La chandelle brillait faiblement. Le chat, seul ompagnon de ses veilles, bondit sur la table et vint 3 frôler contre lui en ronronnant. L'étoile solitaire, u'il apercevait à travers les vitres poussiéreuses, lui ^mblait plus lointaine et plus mélancolique que imais. En la regardant, il se rappela les yeux de taïa, fixés sur lui avec un effroi infini, mais ce souenir ne lui causa plus aucune peine : il se sentait de

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