‹ La résurrection des DieuxChapitre 5 sur 34 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

est porté à se laisser entraîner, par sa passion pour la philosophie de Nietzsche, à une sorte de déformation dans sa manière de voir. Cette philosophie, remarquons-le en passant, a été introduite depuis peu dans la littérature russe, en même temps que d'autres idées occidentales qui y ont cours actuellement, et a rencontré des adeptes parmi un groupe d'écrivains avec lesquels M. Merejkowsky est en relations très intimes.

Il est difficile de prétendre que ces reproches ne soient pas fondés, surtout si l'on analyse la façon dont le jeune romancier parle de la philosophie des anciens Grecs en l'opposant à la foi chrétienne.

On aperçoit alors nettement chez lui l'influence de Nietzsche, qui, on le sait, voyait dans la morale chrétienne une morale de servitude, bonne tout au plus pour les petits et les humbles, basée sur un sentiment de compassion enchaînant la libre expansion de la personnalité. Il considérait la grande majorité de notre espèce comme un troupeau d'esclaves que la nature aurait désignés pour servir de matériaux, afin d'élaborer ces individualités particulièrement fortes qu'il désigne sous le nom de « sur-hommes » (Uebermenscheri). Ce sont ces t< sur-hommes » qui, dans leurs efforts vers un but dont souvent eux-mêmes ne comprennent pas toute la portée, se placent toujours audessus de toutes les obligations de la morale courante, se tiennent « par delà le bien et le mal », sans reconnaître quoi que ce soit de supérieur au besoin de réaliser sans entraves les instincts de leur nature dominatrice.

Les héros des romans de M. Merejkowsky, s'ils ne sont pas entièrement conçus selon la formule nietzschéenne, sont cependaut retouchés de façon à s'y conformer. Ainsi son Julien l'Apostat s'efforce, mais

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