‹ La résurrection des DieuxChapitre 6 sur 34 · PREFACE VII · texte numérisé non relu

PREFACE VII

eu vain, pendant toute sa vie, de faire revenir l'histoire sur ses pas, voulant obliger les antiques traditions païennes à reprendre racine dans un sol devenu désormais inapte à les recevoir; et il meurt en conservant une foi inébranlable en son idéal, plein de l'obstination d'un homme incapable de rien oublier comme de rien apprendre. N'est-il pas un échantillon de cette recherche implacable de la personnalité intégrale, tant vantée par Nietzsche ?

Ou bien c'est Léonard de Vinci, ce grand esprit universel et raffiné qui ne [se contentait pas d'être un penseur et un artiste merveilleux, mais qui devançait de beaucoup son époque par ses inventions et sa culture encyclopédique. Nous le voyons se livrer à toutes les impulsions de son génie créateur, sans se préoccuper de savoir si elles serviront l'humanité en bien ou en mal, si elles seront un honneur ou une honte. N'est-il pas encore un exemple lumineux de cet état d'àme « par delà le bien et le mal », indispensable aux « sur-hommes » du nietzscheisme ?

Cependant les héros de M. Merejkowski ne satisfont pas complètement aux exigences de Nietzsche : ce besoin impérieux d'individualité intégrale n'existe pas en eux d'une façon absolue. C'est ainsi que Julien, malgré toute sa haine pour la philosophie chrétienne, est déjà touché dans le secret de son cœur : la personne de Jésus, sous la forme élégante et attrayante du « Bon Berger », a pénétré dans son âme et y demeure, bien qu'il ne veuille pas en convenir. D'autre part, parmi les visions innombrables qui se succèdent dans l'imagination de Léonard, nous voyons se dégager l'image des représentants les plus purs de l'épopée chrétienne, qui forment même ce qu'il y a de vraiment puissant et de meilleur dans son œuvre. Entre

Page 1