‹ La Rétention d'Urine Dans Les Fibromes UtérinsChapitre 19 sur 83 · THÉORIES NERVEUSES · texte numérisé non relu

THÉORIES NERVEUSES

Le fait signalé par Paul Delbet'° qu'il pouvait exister des vessies parésiées, ne se vidant pas après introduction d'un cathéter, pourrait être en faveur d’une origine nerveuse de cette rétention. La tumeur déterminerait une compression des nerfs moteurs de la vessie. C’est l'hYpothèse que Ch. Reed®” avait déjà soutenu autrefois pour expliquer la rétention de l'utérus gravide rétrofléchi et, pour qui elle jouait le rôle le plus important. Trillat”*. attaquant cette hypothèse, fait remarquer justement que les contractions intermittentes de la vessie et la pression de l'urine qui est contenue peuvent facilement être mises en évidence. D'ailleurs, tant qu'elle ne s’est pas laissé distendre, la vessie se contracte énergiquement, déterminant des douleurs que certaines femmes comparent aux douleurs de l'accouchement. |

Dans nos observations, nous n'avons trouvé aucun fait en faveur de cette hypothèse qui nous paraît devoir

être complètement rejetée. 2

THÉORIE CONGESTIVE

Bien plus intéressant nous paraît le rôle joué par la congestion pelvienne, qui, dans ce cas, serait le même que dans les rétentions qui souvent ouvrent la scène chez les prostatiques. En faveur de cette hypothèse, nous rap-

pellerons tous ces cas, sur lequels nous avons déjà lon-

es

guement insisté, de rétentions survenant le matin au réveil; celles qui coïncident avec une forte hémorragie douloureuse et surtout celles qui surviennent au moment de la congestion pelvienne prémenstruelle et disparaissent avec le début des règles ou après elles. En faveur de cette hypothèse sont, également, les rétentions survenant sans aucun trouble urinaire antérieur, celles qui cessent rapidement après des lavements et des injections chaudes (obs. TID), ou celles qui se renouvellent plusieurs fois, avec disparition complète des symptômes dans l'intervalle. Enfin, ceci nous permet d'expliquer la facilité du cathétérisme et tous ces cas de fibromes sans dispositions anatomiques spéciales s’accompagnant de rétentions d'urine, ou ceux qui ayant des dispositions anatomiques rappelant les plus typiques, n’ont déterminé aucun symptôme ou que des signes urinaires banaux. La rétention était 1à latente, comme dans celles de nos observations où il existe des troubles urinaires précédant la rétention; qu'une cause occasionnelle, quelconque, survienne et la rétention se serait probablement constituée.

Ce rôle de la congestion ne doit pas surprendre. Le fibrome détermine en effet, par sa présence, une con vestion très intense du muscle utérin et une sorte d'hvpertrophie des parois utérines (Grossesse fibreuse de Guyon); hypertrophie disparaissant d’ailleurs après myo: mectomie vaginale ou abdominale, tout comme l'utérus gravide régresse après l'accouchement. La présence du

fibrome détermine une congestion vésicale, augmentant

pendant la période menstruelle, comme nous l'avons déjà montré à l'examen cystoscopique. La congestion vésicale, pendant la période menstruelle, semble toute naturelle si l’on se rappelle la communauté des vaisseaux des deux organes. « Les artères de l'utérus et de la vessie ont, en effet, une même origine : l’artère hypogastrique; et, de plus, l'artère utérine fournit directement à la vessie, de nombreuses ramifications qui se terminent dans la muqueuse, principalement au niveau du col; ces rameaux ne peuvent évidemment rester étrangers à l’af. flux sanguin qui se fait chaque mois dans les branches leur donnant naissance. D'autre part, les veines de la vessie extrêmement nombreuses présentent des communications multiples avec le système veineux utérin; celles de la face postérieure, en particulier, se confondent avec les veines qui occupent la partie antérieure du col de l'utérus, et l’on peut suivre ces communications jusqu'aux veines volumineuses anastomosées entre elles qui vont, en côtoyant les bords de l'utérus, former le plexus veineux utéro-ovarien*?. »

« À ces connexions anatomiques, dit Gratterv**, correspond une étroite solidarité physiologique; il suffit d'interroger, au hasard, un certain nombre de femmes pour se convaincre qu'au moment des règles, les mictions deviennent plus fréquentes et s'accompagnent même d’un peu de douleur; ces phénomènes vésicaux sont souvent les signes précurseurs qui indiquent l'approche de la pé-

riode menstruelle; ils atteignent leur plus grande inten-

sité 24 ou 48 heures avant l’apparition de l'écoulement sanguin et disparaissent avec lui. »

Sans doute, la congestion pelvienne n'’explique pas tout, sauf dans certains cas où on ne trouve que de petites masses fibromateuses et où elle semble entrer seule en ligne de compte. Mais on peut admettre facilement, que dans bien des cas, elle vient se surajouter aux autres causes mécaniques précédentes; c’est elle qui déclanche alors la rétention.

Mais, nous le répétons encore, si parfois la cause de la rétention apparaît de façon presque évidente, dans bien d’autres, au contraire, les causes sont multiples et les

mécanismes s'associent plus ou moins.

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