V. La France fut donc sauvée par son artaée et non
par son gouvernement. Pendant que ses soldats contenaient les envahisseurs dans l'Argonne, les deux pou-
^ Gp. DiUon, Compte-rendu^ p^ 2o : < Ja ne pouvais concevoir que de toute la mas&e des ik)rces qu^on annonçait dès longtemps deY«ir arriver à Châlons, rien ne fût encorâ venu au secours de DomouneX' ', et Billaud-Varennes [Joum, des Jacobins^ 2(5 septembre] : ■ Vainement Dumouriez demandait des forces, on ne lui en envoyait pas. »
* Servan à Dumouriez, 8 septembre (arch. guerre). VoiP Mtfiy, p. 161, le mot de Beumouville sur ces fédérés ; il écriyait, le 30'Wp* tembre, à Dumouriez : • Je vous renverrai 1,U00 fédérée (|tii présw teit)nt un front et figureront en masse; je it^ai pas besoin ds mmogMiS ici ; il s'agit de besogner. > (Arch. nat., papiers de Diïmouriiu)'
3 Expression de Soult, M(fm,, I, 9.
* Mots de Lavallette, Mém., Il, 99.
« Bouille, Jf^w., 337.
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voirs, restés seuls en présence après le renversement de la royauté, l'Assemblée législative et la Commune de Paris se combattaient avec acharnetoent, au lieu de s'unir dans une même pensée et dans une action commune *.
La Commune de Paris vantait son patriotisme; elle vouait les Prussiens à l'exécration; elle renchérissait sur les mesures défensives de l'Assemblée ; elle établissait des estradcis où ses membres recevaient les enrôlements volontaires; elle réquisitionnait dans les départements voisins des munitions et des vivres ; elle faisait transformer en piques les grilles des monuments publics, fondre les crucifix et les cloches des églises, porter à la Monnaie Targenterie des sacristies et des autels. Mais elle n'avait d^autre but que de garder le pouvoir usurpé dans la nuit du 9 août. Elle conservait les Marseillais à Paris, malgré Servan et l'Assemblée *.
Elle faisait les visites domiciliaires, moins pour chercher des armes que pour remplir ses prisons. Elle recueillait à peine 2,000 fusils, mais, en fermant les barrières et en consignant les habitants, elle tenait Paris durant quarante-huit heures (29-31 août) dans la stupeur et l'épouvante. Elle imputait à l'Assemblée les premières calamités de la guerre. Elle prétendait que plusieurs députés se munissaient de passe-ports sous des noms sup posés, et dénonçait par une affiche à la vengeance publique les traîtres qui remplissaient le Corps législatif*. Elle mandait devant elle le rédacteur du Patriote Français^ Girey-Dupré, et, le journaliste refusant de comparaître, ses agents bloquaient le ministère de la guerre où Ton croyait Girey-Dupré réfugié; pendant deux heures, écrivait Servan, personne n'a pu sortir de l'hôtel*. Elle désorganisait tous les services par des arrestations arbitraires^ Elle arrêtait et retenait, malgré les passe-ports des ministres, les courriers du conseil exécutif. « Notre
» On ne fait pas ici l'histoire intérieure de la Révolution ; on n'y touche que légèrement et au point de vue de la défense uatiouale. « Teraaui,lV, 465-466.
» Lçtlre de Tallien, 26 août [Monit, du 28); Ternaux, 111, 143. ♦ Lettre de Servan, Ternaux, 111, 154-151).
5 Plainte de Lacuéo à Miot. Miot de Melito, Jlf^m., I, 31.
folle Commune, écrivait M"»« Roland, lutte avec le Corps législatif; elle dérange toutes les combinaisons du pouvoir exécutif; si cela continue, nous ne pouvons manquer de finir bientôt et ce sera peut-être par le peuple de Paris plus encore que par les Prussiens *. »
Roland prenait des arrangements avec le comité de subsistances de la ville; mais la Commune cassait ce comité. Servan discutait avec elle les mesures qu'il fallait prendre pour rétablissement du camp retranché, mais je Tai vu, disait Roland, «gémir des lenteurs qu'apportait à la formation du camp l'intervention d'une commission étrangère aux dispositions de cette nature • ».
Poussée à bout, l'Assemblée législative casse la Commune, qui lui répond par les massacres de septembre. On a dit que ces massacres étaient dus uniquement au fanatisme politique, au déchaînement d'un peuple exaspéré qui voulait, avant de marcher au devant des ennemis, se débarrasser de leurs complices et ne pas laisser de conspirateurs derrière lui. On a prétendu que ces horreurs étaient nécessaires et, qu'en inspirant la peur, elles envoyèrent à la frontière des milliers de soldats. Gomme s'il fallait, pour se donner du cœur, égorger ses concitoyens ! Mais ni les volontaires qui s'armaient pour la défense de la patrie, ni le peuple de Paris n'ont commis les crimes de septembre. Les volontaires étaient au Champ de Mars, où la Commune avait convoqué le 2 septembre tous les hommes valides. La population parisienne demeurait consternée par la soudaineté du crime'.
1 M">« Roland, Lettires à Bancal^ 344-345 (2 septembre); « la municipalité de Paris, disait Choudiou, désorganise tout et entrave tout >. (Séance du 30 août, al/b«»7., du lo' septembre).
^ Roland à l'Assemblée, Monit. du 5 septembre. Comp. Servan, Notes sur les mémoires de Dumoiiricz, 20 • ...la Commune dominant les sections, se mêlant du gouvernement, chaque individu s'immifçant dans les ailairos publiques et se donnant le droit d'en blâmer les opérations et les agents ».
3 Cp. Lavallettc, Jld'm., I, 94. On ne cite qu'un volontaire qui ait pris part aux massacres de septembre, le perruquier Chariot (Lavalîée, Hist. de Paris, 96) et ces « deux ou trois » soldats de la gendarmerie parisienne qui déclarèrent en passant à Roye, qu'ils < étaient de ceux oui avaient massacré les prisonniers de Paris a la journée du 2 septembre, et qu'il ne leur en coûtait rien de massacrer > (Taine,
PABIS ET GHALONS 53
Les assassins furent, pour la plupart, les tape-durs des bandes de Maillard, de Lazowski, de Fournier, des fédérés du Midi qui ne voulaient combattre que les ennemis de rintérieur, et des artisans du plus bas étage qui croyaient travailler pour la nation et réclamèrent leur salaire. Leurs chefs furent les meneurs de la Commune, ceux qui répandaient le bruit que les citoyens enrôlés ne partiraient pas avant d'exterminer les royalistes, qui décidaient le 30 août que les sections jugeraient les détenus, qui proclamaient le 2 septembre la trahison du conseil exécutif, et Taccusaient formellement de révéler aux Prussiens le départ d'un renfort destiné à Verdun. Les uns étaient résolus à conserver la dictature; les autres, coupables de vols, craignaient de rendre leurs comptes de gestion; tous voulaient faire trembler la Gironde, s'imposer par la terreur au choix des électeurs parisiens, et conquérir, en entrant à la Convention, à la fois le pouvoir et Timpunité.
Le comité de surveillance de la Commune organisa la tuerie. Panis, Sergent, Duplain, Jourdeuil, qui formaient ce comité, s'adjoignirent le 2 septembre six membres nouveaux : Deforgues, Duflort, Guermeur, Leclerc, Lenfant, Marat, et, dans l'après-midi, commencèrent les massacres qui devaient durer jusqu'au 5 et même jusqu'au 6 septembre. Partout où ils s'exécutent on trouve la main de la Commune. Partout, sur l'ordre de la Commune, les concierges des prisons ouvrent les portes et apportent les registres d'écrôu. Maillard et sa bande entrent à l'Abbaye en présentant un billet signé de Panis et de Sergent : « Mes camarades, il vous est enjoint de juger tous les prisonniers de l'Abbaye sans distinction. » Billaud-Varennes, membre de la Commune, coiffé de sa perruque noire et vêtu de son petit habit puce, vient encourager les assassins et promet à chacun des ouvriers un louis pour leur travail. Le pro-
Conffuéte jacobine, p , 334-335.) Les égorgeurs, écrivait plus tard Tabbé Sicard à la fin ie sa célèbre relation des massacres, c ont la plupart fui de Paris ; ils ont été dans les armées, espérant y trouver des camarades. Les scélérats I Pouvaient-ils ainsi se méprendre sur les soldats français ? On les a reconnus, et ils n'y ont trouvé que des vengeurs. >
cureur de la Commune, Manuel, leur déclare qu'ils exercent des c( vengeances légilimes » et les prie de ne pas frapper indistinctement toutes les tètes. A la Force, le sanglant tribunal est présidé successivement par trois membres de la Commune : Hébert, Monneuse et Rossignol. A Saint-Flrmin, douze hommes de la section des Sans-Culottes, qui viennent aider au massacre des prêtres, sont requis par un membre du comité de surveillance. 1,300 à 4,400 personnes furent massacrées. Mais, le 3 septembre au matin, lorsque les électeurs se rendirent à la salle du club des Jacobins, ils passèrent sur le Pont-au-Change devant les cadavres qu'avaient entassés les égorgeurs de la Conciergerie et du Ghâtelet. La députation de Paris ne fut composée que des instigateurs et des complices du massacre : Robespierre, Danton, Marat, Collot d'IIerbois, Billaud-Varennes, Camille Desmoulins, Fabre d'Églantine, Sergent, Panis, Manuel, Fréron*.
L'Assemblée et le ministre de l'intérieur demeurèrent impuissants, sans force, sans police, sans pouvoir sur la garde nationale dont le commandant général Santerre, beau-frère de Panis, paralysait Taction. L'Assemblée applaudit, sans l'imiter, au courage de l'horloger Monnet qui sauva la vie de Tabbc Sicard; elle envoya le soir du 2 septembre à la prison de l'Abbaye des commissaires qui ne furent pas écoutés; elle lança le lendemain une proclamation et décréta que les corps administratifs de Paris veilleraient à la sûreté des biens et des personnes; elle nomma de nouveaux commisi-aires qui se rendirent le 4 septembre dans les sections pour y porter des paroles de paix et d'humanité. Roland, comme à son ordinaire, adressa de longues lettres à l'Assemblée, à Pétion, maire de Paris, à Sau terre, commandant de la garde nationale, et jura qu'il resterait à son poste jusqu'à la mort; mais il n'osa flétrir les massacres: a Hier, écri-
* On ne cite ici que le témoiirnape do Cambon qui n'est pas suspect « ces afritateurs qui n'aspirent qu'à être nommés a la Convention. . . . iis brûlent de nous remplacer » (4 septembre, Monit, du 6] ...« ils voulaient s'emparer do la Révolution pour en recueillir les avantages, et dès lors il n'y a pas d'horreurs dont le Corps législatif n'ait été le témoin ». (10 novembre, Monit, du 12.)
yait-il le 3 septemtee, fat un jour sur les éyéûemeats duquel il faut peut-être laiseer un voile; le peuple, .terrible eu ses yeugeancea, y porte encore une sorte de justice. » Il était sous le couteau. <( Robespierre et Marrât, disait M™® Roland, s'efforcent d'agiter le peuple et de le tourner contre l'Assemblée nationale et le conseil; ils ont fait une chambre ardente ; ils ont une petite armée qu'ils soudoient à l'aide de ce qu'ils ont trovivé ou Tolé dans le château et ailleurs, ou de ce que i^r donne JOanton . Si les départements n'envoient une garde à l'Assemblée et au Conseil, on perdra l'une .et Faute *. »
Désonntds, Je Corps législatif et les ministres étaient sous la dépendance de Marat, de Robespierre, de I>an- Um, des trois hommes qu'on nommait les triumvirs de la liberté'. Marat, journaliste officiel de la Commujae, qui Jui donne une tribune dans la salle de ses séances, attaque sans relâche les membres de l'Assemblée, Jee généraux, les ministres, excepté Danton. Robespierre accuse, en pleine Commune, Brissot « le iiberticide *, la faction de la Gironde et la c scélérate )> commission des Vingt et un, d'avoir vendu la France au duc de Brunswick (^^et 2 septembre), et, à son instigation, le comité de surveillance lance des mandats d'arrêt contre Roland et Brissot; des bandes d'hommes armés envahissent .le .ministère de l'intérieur, et des commissaires de la Commune pénètrent dans l'appartement de Brissot pour examiner ses papiers. Quant à Danton, en secret il dirige tout. « G'^estle chef de la horde, écrit M"»® Roland, Robespierre
* Lettre du 5 septembre à Bapcal, 346. Servan, Notes sur les mém^vim de Dumonnea^ 20 c ....les massacres de septembre, les projets de les éteudre sur plusieurs députés et sur quelques ministres >. D'après le Tableau hist,, I, 392, Servan fut t le seul membre du conseil exécutif qui eut assez de courage pour oser entreprendre de détourner les magistrats séditieux de Paris, de souiller leurs mains par les massacres ; mais les représentations les mieux fondées et les plus pathétiques sont vaines parce qu'ils veulent absolument des victimes, et le sang commence a couler. Si l'acte de dévouement de Servan faillit lui coûter la vie, puisqu'on agita en sa présence s'il ne convenait pas de l'égorger un aes premiers, il lui mérita la jéputation d'homme de bien. »
> Bévol, de Paris, n* 167, p. 516.
est son mannequin, Marat tient sa torche et son poignard; ce farouche tribun règne, et nous ne sommes que des opprimés, en attendant que nous tombions ses victimes ^ » Tout-puissant depuis la journée du 10 août, où ce substitut du procureur-syndic avait pris d'une heure du matin à sept heures toutes les dispositions, où il avait signé Tarrèt de mort du commandant de la garde nationale Mandat, où il avait été le véritable c point de ralliement >, entré au ministère avec le prestige de la victoire et, comme il disait, porté au pouvoir par un boulet de canon*, il n'avait cessé de soutenir ses amis de rHôtel-de-Yille contre TAssemblée et, fort de cette alliance, il dominait le conseil exécutif. Ce fut lui qui fit décréter ces visites domiciliaires qui jetèrent dans les prisons de la Commune les futures victimes de septembre. Son intime, Thuriot, obtint le l*>^ septembre un décret ambigu qui maintenait provisoirement la Gonmiune dissoute. La plupart des hommes de la Ciommune, le secrétaire-greffier, Tallien, et Billaud-Yarennes, étaient ses affidés. Deforgues, chef de bureau à la mairie et membre du comité de surveillance, était un de ses anciens clercs'. Lui-même avait résolu de se maintenir dans Paris par tous les moyens et en faisant peur. « Je me moque des prisonniers, dit-il à Grandpré, qu'ils devienneat ce qu'ils pourront I » Il expédia, sous son contre-seing, la fameuse circulaire du comité de surveillance qui engageait les départements à suivre Tezemple de Paris, et à mettre à mort les conspirateurs, n laissa massacrer les prisonniers d'Orléans et félicita les meurtriers. « Véritable dictateur, écrit Mathieu Dumas, dédaignant toute espèce de ménagement, prenant sur lui la responsabilité de tout ce qui lui semblait nécessaire pour consommer la révolution démagogique, il opposait à la
* Lettre du 9 septembre à Bancal, 348.
* La peur, dit Buzot {M<fm., 73], l'avait placé au milieu de la justice, t II fallait dans le ministère, écrit Condorcet {Œuvres* 1847, vol. I, p. G02) un homme qui, par son ascendant, pût contenir les instruments très méprisables d'une révolution utile. >
3 II devint ministre des affaires étrangères, de môme que Paré, lui aussi ancien clerc de Danton, succédait à Grouvelle, comme secrétaire du conseil, puis à Garât, comme ministre de la justice.
Gironde le monstrueux pouvoir de la Commune *. » C'était Danton que Roland dénonçait à mots couverts dans sa lettre du 30 septembre ; «Des hommes ardents, peutêtre égarés, sèment les défiances contre toutes les autorités qu'ils n'ont pas créées, ne parlent que de trahisons, paralysent le glaive de la loi pour lui substituer le poignard des proscriptions ; ils se font un droit de leur audace, un rempart de la terreur qu'ils essaient d'inspirer; ils veulent de l'autorité, du pouvoir dont ils se croient seuls capables de bien user. Combien serait coupable Vindividu supérieur par sa force ou ses talents à cette horde insûTisée qui voudrait la faire servir à ses desseins ambitieux; qui tantôt avec Vair d'une indulgence magnanime excuserait ses torts et adoucirait ses excès; tantôt avec une apparente sévérité s'élèverait adroitement contre elle pour lui porter des coups plus funestes ; mais toujours la protégerait en secret^ caressant ses erreurs^ animant sa colère et dirigeant ses pas I y>
* Mtlh. Dumas, Souvenin, IL 467. Voir sur les massacres de septembre, Granier de Cassagnac, Guadet, Ternaux et M. Taine qui ont réuni tous les textes. Un témoignage écrasant et très peu connu, et qui se produit quelques jours après Tévénement, me semble être celui de Prudhomme, non du Prudhomme des Crimes de la Révolution, mais du Prudhomme des Révolutions de Pam. ^ Kersaint ayant dit que le peuple avait déshonoré Paris par les mapssacres de septembre. « Dites, Monsieur, répondit Prudhomme, (|ue ce sont les meneurs qui ont déshonoré le peuple en lâchant au milieu de lui des sieaires gagés à tant par assassinat» Attaquez tant qu'il vous plaira Totre collègue Marat ; celui-ci est là pour se défendre, s'il y a heu. » {Bévol. de Paris, 27 octobre-3 novembre 1792, ç. 243). Dans le môme numéro, Prudhomme accuse à mots couverts Robespierre et Danton (après le discours de Louvet) : « 11 serait vrai que Robespierre ait Youlu se frayer un chemin de la Commune à la dictature, à travers les cadavres amoncelés aux portes des prisons de Paris ? Cela n'est pas possible. Mais faut-il huit jours pour répondre?. .. Et toi, Danton, tu te tais auspi ou tu n'ouvres la bouche que pour désavouer lâchement ton agent subalterne (Marat). Quelle idée prendre de la Convention d*après la moralité et la conduite de ceux qui en sont les coryphées ? Fidèle à notre impartialité, nous te rendons pourtant justice pour un fait. Tu donnas le contre-ordre qui sauva les jours de Roland et de Brissot contre lesquels Marat avait fait décerner des mandats d'arrêt. A la nouvelle qu'ils étaient menacés, tu courus chez Robespierre pour parer à ces deux assassinats, » Cp. encore n« 174, p. 299. « Si on veut absolument que Robespierre, Marat et Danton aient amené, provoqué et dirigé ce supplément indispensable peut-être à la révolution du 10. • . >
Il régente en efTct, il gourmande, il « talonne » ses faibles collègues et prend sur eux, de Taveu de Roland, une terrible prépondérance. Trois mois auparavant, Boland, Glaviëre, Servan tenaient tète à Dumouriez dans le conseil des ministres ; Roland lisait à Louis XVI cette lettre impérieuse qui le sommait d'accepter la Révolution; Servan proposait à l'Assemblée rétablissement d'un camp de ?0,000 fédérés, sans en prévenir Dumouriez et le roi. Aujourd'hui, les trois Girondins courbent la tôte; ils subissent le joug du ministre qui s'intitule le ministre du peuple ; ils signent tout ce que Danton leur présente. Monge, Lebrun, Grouvelle reçoivent aussi docilement que les trois autres, les ordres du redoutable tribun. ( C'est Danton qui le veut, répond Monge à toutes les objections et. si je refuse, il me fera pendre. » Que de fois Roland avait demande, sous son précédent ministère, la nomination d'un secrétaire qui rédigerait le procès-verbal de chaque séance du conseil! Que de fois, avec Glavière et Servan, il avait réclamé de Louis XVI un registre des délibérations qui constaterait l'opinion des ministres et laisserait un témoignage utile à l'histoire! Nous sommes responsables, disaient alors au roi les trois ministres girondins, nous voulons trouver notre garantie dans un livre où seront consignés nos avis, et la manière courageuse dont nous aurons pris les intérêts du peuple*. Mais Danton ne voulait pas laisser la moindre trace de ses avis. Le secrétaire Grouvelle ne fit donc, en échange de ses 20,000 livres d'appointements, que des rapports insignifiants ; il se contenta de résumer en termes vagues les discussions du conseil et de reproduire ses arrêtés « sans déductions de motifs, ni mention des oppositions * ».
Roland a tracé le tableau des séances du conseil exécutif pendant les mois d'août et de septembre. Elles offrirent le même aspect que les séances de l'Assemblée, de la Commune ou des comités des sections : môme tapage, mêmes clameurs, mêmes invectives, même afllueuce de gens du dehors, et, au milieu de ce vacarme,
* (Servan), Notes aux Mémoires de Dumouriez, ix-x. « M™« Roland Mém„ I, 383 ; II, 6, 21, 23, 24.
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l2 voix tonnante de Danton qui dicte à ses collègues sa volonté, tantôt d'un air jovial et avec bonhomie, tantôt sur un ton de menace et avec un emportement brutal. « Les conseils de sou temps, dit Roland, ne présentèrent jamais aucun plan, aucune suite de discussion; ce n'étaient que des propositions ex abrupto, entremêlées de cris, de jurements, d'allées, de venues des membres mêmes, et d'étrangers postés comme pétitionnaires, interlocuteurs, et finalement usant et abusant de la liberté, à peu près comme firent ensuite les tribunes à la Convention même ; Danton faisait les propositions, les arrêtés, les proclamations, les brevets, etc*. »
Ce fut Danton qui choisit les trente commissaires ch0rgés de seconder les représentants que l'Assemblée avait envoyés dans les départements pour hâter la formation des nouveaux bataillons de volontaires. Eh vain Roland demande un jour de réflexion. Danton enlève en une séance la nomination de ses agents ; il se présente au conseil le 29 août, il jette sur la table les commissions dressées à l'avance, il assure que ses candidats sont d'excellents patriotes. Roland et ses collègues signent sans faire d'objection, et « voilà un essaim d'intrigants de sections ou brouillons de clubs, patriotes par Intérêt, très dévoués à Danton, leur protecteur, les voilà représentants du conseil exécutif dans les départements ! » ^ On remarquait dans le nombre l'imprimeur Moraoro, Fréron, Clémence, Laclos, Brochet, etc. Fréron était envoyé avec André et Sutières à Metz et dans les autres places fortes de la Moselle ; Clémence dans les provinces
* Ecrit tracé par Roland et reproduit dans ses principaux passages par les éditeurs des Mém, de Al«»« Roland, II. 17, 23-24, 67-68, 436-442, € D'où vient, disait Prudhoinme, que les membres du conseil ne sont pas plus d'accord entre eux? > {R(fvol. de Paris ^ n« 167, 15-22 septembre, p. 51 4. j
* M"»* Roland, Mém,, II, 28. « Quelle vertu, remarque à ce propos Lafay^tte (Mcm.^ IV, 126) que celle d'un ministre de Pintérieur qui n'exige pas même que l'on examine et discute de tels choix et signe par complaisance l'envoi, dans les départements, de tous les scélérats nommés par Danton ! » Lafayette ajoute plus loin (135) : « Roland laissait Danton envoyer officiellement des ordres d'assassinat dans les départements. Il dit a M™« d'Ayen que les assassinats s'organisaient dans le Conseil (octobre 92). •
de l'Est ; Laclos, à Tarmée de Luckner ; Brochet, à Châlons-sur-Marne et dans les départements voisins*. Mais Danton retint quelques-uns d'entre eux jusqu'aux premiers jours de septembre*. Ils purent emporter avec eux la circulaire du comité de surveillance.
A ces trente commissaires du conseil exécutif, nommés le 29 août, se joignirent vingt-quatre autres commissaires choisis le 3 septembre par la Commune et dans son sein. Ils devaient, d'après Tarrôté du conseil général, engager les citoyens des départements à se réunir à Tarmée parisienne et employer tous les moyens pour repousser Tennemi. En réalité, ils avaient mission d'exercer une pression vigoureuse sur le corps électoral, de faire nommer les députés publiquement età haute voix comme dans la salle du club des Jacobins, de présenter à la province le 2 septembre comme le grand article du Credo de la liberté '.
On ne cite ici que les commissaires envoyés dans les départements envahis ou menacés par Tinvasion : ce furent Paris pour la Moselle; Harou-Fomain et Sigaut pour la Meurthe; Crosne et Laborie pour TAlsace; Billaud-Varennes, Celliez et Varin pour Châlons*;
* Brochet, fils d'un vannier champenois, et d'abord garde de la connétablie, logeait dans la même maison que Billaud-Varennes dont il devint le flatteur ; il fut juré du tribunal révolutionnaire. (Campardon, Hist. du trib, r^v„ I, 223, note).
' < Vingt et un commissaires du pouvoir exécutif, tous pris dans l'élite des patriotes de la capitale, viennent de partir dans la nuit du 29 au 30. . IBtfvol. de Paris, n* 164, p. 380.)
3 Expression de Collot d'Hcrbois (discours du 3 novembre aux Jacobins). Voir B(^vol. de Paris, n° 1G6, 473-475, V . instruction destinée à diriger la conduite des commissaires patriotes envoyés dans les départements > .
^ La plupart de ces < missionnaires > passèrent par Châlons oui devint ainsi le rendez-vous des commissaires du pouvoir exécutif. On vit même à Châlons (outre Celliez et Varin, Billaud-Varennes et Brochet, Laclos, Harou-Romain et Sigaut), le frère du fameux brasseur Sauierre et le citoj-en Prudhomme, rédacteur des Révolutions de Paris. Prudhomme était accompagné du correcteur de son imprimerie; il avait obtenu de Roland t un pouvoir en vertu duquel il devait presser sur son passage la labrication des piques et prendre tous les renseignements nécessaires » [Révol, de Paris, n» 204, 1-8 juin 1793, p. 471).
Janson et Legray pour le département du Nord. Tous reçurent, en même temps qu'un passeport de la Commune, une commission du pouvoir exécutif. Le conseil des ministres, entraîné par Danton, les chargea de faire les réquisitions qu'ils jugeraient nécessaires, d'exciter le zèle des citoyens, de diriger le mouvement qui portait les volontaires vers la défense des frontières et de la capitale, enfin de se concerter avec les commissaires précédemment envoyés pour veiller à l'équipement des nouvelles levées et les pourvoir d'armes, de munitions et de chariots de subsistance.
Quel fut le résultat de ces missions révolutionnaires^ comme les nommait Danton? Seul, Laclos rendit quelques services. Mais Billaud - Varennes excita l'indiscipline des volontaires de Ghâlons *. Les commissaires envoyés dans l'Yonne annoncèrent que la Commune de Paris s'était emparée de tous les pouvoirs et invitait les communes de France à se rallier autour d'elle. Ceux qui vinrent à Douai assurèrent que la Commune de Paris était maîtresse de toute l'autorité, qu'elle seule sauverait le pays, qu'il suffisait de dresser contre les opposants des échafauds et des potences. Ronsin et Lacroix, revêtus de leurs écharpes, se rendirent à Meaux où siégeait l'assemblée électorale de Seine-et-Marne et proposèrent de fondre un canon du calibre de la tête de Louis XVI, afin d'envoyer cette tète, en guise de boulet, aux premiers Prussiens qui paraîtraient ; à leur instigation, des gendarmes parisiens, joints à la populace, envahirent la prison de la ville et massacrèrent treize personnes, dont sept prêtres '. Partout où passaient ces commissaires, ils
^ Cp. ci-dessus. Sa mission était une des plus importantes. Il la devait à Danton dont il avait été secrétaire (voir sa lettre du 11 septembre, • Mon cher Danton, etc. ». Révol. de Paris, w^ 166, p. 492- 495j. Le conseil l'envoyait « à l'effet d'annoncer l'arrivée des soldatscitoyens de la capitale, d'observer les dispositions faites pour rétablissement de l'armée qui doit s'y rassembler sous les ordres de Lackner, d'alimenter le civisme et l'amour de la liberté, de corres-
f>ondre avec le conseil exécutif et de l'informer régulièrement de tous es résultats de ses observations » (Procès-verbaux du conseil exécutif p. 85, 4 septembre).
* Séance de la Convention du 25 septembre, témoignages de Boilleau, de ^Fockedey, de Bailly ; lettre de Roland {Monit, du 14 sep-
62 LA RETRAITE DE BRUNS^VlGK
faisaient reloge de Maral, de Robespierre, surtout de Danton. Ils ne correspondaient qu'avec le ministre de la justice, leur patron, et « leurs Ictires, disait Prudhomme, expriment toutes le désir qu'ont les départements de voir M. Danton rester au ministère et la crainte que, s'il passe à la Convention nationale, il ne soit pas remplacé di^ement^ ». Ils exaltaient Ténergie de la Commune, diffamaient le conseil exécutif et rassemblée, et comme ce Guermeur qui fut envoyé dans le Finistère, déblatéraient contre les « brissotins », les « rolandistes » et la a clique girondaisc ». Ils déclaraient qu'il n'existait plus de loi, que chacun était maître puisque le peuple était souverain, que chaque fraction de la nation pouvait prendre les mesures qui lui conviendraient, qu'on avait le droit de taxer les blés, de les saisir dans les granges, de couper la lôte du fermier qui refuserait d'amener ses grains au marché. Ils destituaient les magistrats et créaient des comités de surveillance auxquels ils déléguaient toute l'autorité*. Bientôt on se plaignit partout des commissaires. Quelques-uns furent arrêtés ou expulsés. Danton se contenta de faire une plaisanterie accompagnée d'un juron : « Croyaient-ils donc qu'on leur enverrait des demoiselles! » Le 14 septembre, sur la proposition de Vergiiiaud, l'Assemblée décréta que les commissaires devaient se renfermer dans les bornes de leur mission et montrer leurs instructions aux autorités ; elle frappa de nullité les destitutions qu'ils avaient prononcées. Huit jours après (22 septembre), le conseil exécutif révoquait les pouvoirs de ces commissaires nommés pour le <t. salut du pays » et qui n'avaient fait, pen-
tiou de rUiiiié, — poussa jubqu'u Chùlons, l'ut nommé par Prieur procureur- syndic de la Maïue et déclara qu'il mourrait plutôt que de laisser entrer un Prussien dans Chùlons. Lorsqu'il vit arriver les
, par nat. C II, 202, lettre du 't ocLobrel.
* Itc'col. (le Paris, noIGG. p. 477.
* Rapport de Fauchet, 6 novembre ; Meillau, jï/'6;t., 12.
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ddBt trois semaines, selon l'expression de Roland, que piovo(i\ïer des rumeurs, occasionner des troubles, exposermème la sûreté des personnes et des biens K
Telle était la situation de taris et de la France pendant rinvasiciii prussienne. Roland la résumait ainsi : faiblesse du corps légistetîf et du conseil exécutif, confu^ionr des pouvoirs, mépris des autorités, commune active et despote, désorganisation fatale où se sont déyefoppées les passions les plus nobles et les plus atroees, la* partie saine du peuple intimidée et contrastnte, l'antre partie travaillée par des flatteurs et BnAimmée par la calomnie ^ La peur régnait, non la pair des Prussiens, mais la peur de la nouvelle tyranoie*. Du 5 au 46 septembre, la Commune, poursuivant soir système de terreur, fit 400 à 500 arrestations, et lorsque Roland ordonna des recherches dans les prisons, DIT ne trouva ni registre ni écrou ; la plupart des maniai» d'arrêt, signés tantôt par la municipalité, tantôt D« les sections, tantôt par de simples particuliers, n'é- ^,aî«ftt pas mtMîivés •. Le peuple, lit-on dans le journal de Prudtomme, « répète en chœur le chant des Marseillais pw dfes chanteurs, placés devant la statue de la Liberté, iaos le jardin des Tuileries, lui apprennent chaque jour, nais en même temps et au même lieu, d'autres harah- ;ue«fs provoquent la multitude du geste et de la voix à le nouvelles sentences de mort et insinuent que tous les coupables ne sont pas encore punis *. » On dénonçait le )Otrv^'ôr exécutif à la tribune des électeurs, dans la T«ûde*sa41e des Jacobins, et des septembriseurs criaient w tel haehe était encore levée, qu'ils n'avaient pas perdu
* Monit, du 25 septembre. Harou-Romain et Sigaut ont publié le )mpte-4tndu de leur mission. Ils parcoururent cina départements. s trouTàrent des cocardes blanches dans les bagages au 92<> régiment jî venait de Verdun, et constatèrent qu'elles avaient été oubliées ir des officiers émigrés ; ils se joignirent à Luckncr et à Prieur pour uver les prisonniers de Châloos que menaçaient les volontaires ; ils
ranimèrent Tesprit public par leurs discours et leur conduite >, et > Cot- tciU ; leur compte-rendu ne renferme pas autre chose.
* Rapport du 20 octobre, Monit, du 10 novembre.
• Roland àPAssemblée, Monit. du 17 septembre.
♦ lUvol. de Paris, n» 167, p. 519 et 521.
leurs poignards ^ Le 17 septembre, Roland comparait sa situation à celle de d*Assas élevant sa voix au milieu des baïonnettes * et le môme jour, Pétion craignait un nouvel envahissement des prisons et notamment de la Conciergerie. Les détenus de Sainte-Pélagie suppliaient TAssemblée de veiller à leur sûreté. Le Garde-Meuble était pillé. Des voleurs arrêtaient les passants en plein jour, les dépouillaient de leurs montres et de leurs boucles d'argent, enlevaient aux femmes leurs bijoux et leurs pendants d'oreilles. Des hommes du peuple, découvrant une cave dans les décombres du Carrousel, y pénétraient pour s*enivrer de vin ou, malgré Pétion, emportaient les tonneaux d'huile qu'ils y trouvaient. Les ouvriers qui construisaient la salle de la Convention s'insurgeaient tous les jours. On menaçait d'assassiner les députés de la Législative dès qu'ils auraient cessé leurs fonctions, et l'Assemblée craintive publiait une longue proclamation qui rappelait l'inviolabilité de ses membres et les principes garants de la liberté publique et individuelle. Partout la défiance. Mais Roland n'avaitil pas dit qu'en temps de guerre, et surtout lorsqu'une révolution intérieure avait provoqué la lutte, la défiance est presque une vertu'? « Défiez-vous de vos places fortes, écrivait Prudhomme, défiez-vous de vos généraux, défiez-vous de vos officiers, défiez-vous de l'étatmajor des troupes de ligne, défiez-vous môme de vos ministres quoique de votre choix ; défions-nous môme de nos députés à la Convention *. » La section des Amis de la patrie dénonçait l'incivisme des hussards de la liberté. Les bruits les plus sinistres couraient dans Paris. On ne parlait plus que de grandes défaites. Vainement le mi-
* Lettre de Roland, du 16 septembre ; Gazette de France du 19.
* Id. C^est alors que M"« Roland écrivit à Buzot celte lettre dont parle Duroy daas la séance du 13 juin 1793 (Monit, du 15); elle racon'.ail que la Commune avait lancé un mandat d'arrêt contre son mari, exposait les dangers qu'il courait et ajoutait que le seul moyen de le sauver était de le faire nommer dé|juté à la Convention, Comp. sa lettre à Bancal, du 11 septembre (p. 349], c Brissot m^a fort grondée des recherches de nomination^ etc. >.
3 Monit. du 19 août.
* H^voL de Paris, n» 167, p. 518.
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ciistre de Tintérieur faisait afôcher une lettre rassurante le Servan au président de TAssemblée. Vainement on umonçait que le prince de Ligné était tué, que les xoupes de Ghazot avaient bravement combattu. Vainement on publiait queTarmée âe Dumouriez était, malgré la panique de Montcheutin, intacte et pleine de résolution. Paris croyait Tarmée entièrement défaite et le peuple répétait dans les rues que le général n'avait sauvé qu'à grand'peine la caisse militaire *.
Ce spectacle d'un pays où d'affreuses discordes domestiques se mêlaient aux violences de l'invasion étrangère, révoltait les esprits généreux. On ne peut enchaîner la France, s'écriait Lasource, mais on veut la déshonorer *. Est-il possible, écrivait Pétion, a que nous nous déchirions nous-mêmes lorsque l'ennemi est à nos portes et que nous avons besoin de toutes nos forces pour le repousser*» ÎVergniaud flétrissait avec une éloquente mais inutile indignation l'audace des hommes qui ne se montrent que dans les calamités publiques comme les insectes malfaisants que la terre produit dans les orages: a Citoyens de Paris, disait-il, ne démasquerezvous pas ceux qui aristocratisent la vertu pour la fouler aux pieds et démocratisent le crime pour s'en rassasier ? Lorsqu'un homme au lieu de prendre Tépée pour repousser l'ennemi qui s'avance, vous engage à égorger froidement des citoyens désarmés, celui-là est ennemi de votre bonheur et de votre gloire. Lorsqu'au contraire un homme ne vous parle que des Prussiens pour vous indiquer le cœur où vous devez frapper, celui-là est ami de Votre gloire et de votre bonheur*. »
La môme anarchie régnait dans les départements. En
*■ Lettres de Servan à Roland, de Pétion à PAssemblée (Monit, des I7, 18 et 19 septembre ; Gazette de France^ 17 septembre) ; mot de Lacroix « Les malveillants abusent le peuple d'une manière terrible > , ie Goustard < bruits tantôt exagérés, tantôt alarmants > , et de Kerl«iDt « Il est urgent d'arrôter la calomnie qui s'accroît dans Paris au tujetdes armées *.
* Discours du 17 septembre, Monit, du 18.
* MonU, du 18 septembre.
4 Discours du 16 septembre [Monit, du 18] ; le lendemain, il proi^onçtit le fameux discours où se trouve la pbrase : c Périsse l'Assemblée nationale et sa mémoire, pourvu que la France soit libre ! >
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pleine invasion, les municipalités de Rouen et de Per pignan arrêtèrent renvoi des farines et des grain», et i fallut prononcer la peine de mort contre quiconque" di» poserait sans le consentement du conseil exécutif et d< FAssemblée, de la subsistance des armée»^ Lavalletti se rendait alors de Paris à Yillefranche pour ^'engage dans la légion du Midi ; il assure dans ses Afétmirûs qui la terreur était au comble : < les dernières classes du peu pie effrayaient par leurs clameurs, et partout elles devinrent maîtresses * i.
Il n'y avait plus de gouvernement *. La Législative dit Levasseur, élait presque oubliée et ne possédait aucune puissance réelle ; le ministère, émanant de eett assemblée impuissante, n'était pas lui-même un vén table pouvoir; tous les regards se tournaient aveeespoi vers la Convention *.
La Convention, ou comme on la nommait aussi, l'as semblée conventionale, se réunit et, dès sa premièn séance, décréta Tabolitiou de la royauté. MaisTanarchi ne disparut pas. « Elle nous a dévorés, s'écriait Gambo: le 10 novembre, depuis le 10 août jusqu'au moment d notre réuniou. » — « Dites jusqu'à présent », ajouterez quelques membres.
La lutte des partis avait en effet commencé dès ) 24 septembre et il était aisé de prévoir que la Grirond serait vaincue. Elle fit élire Pétion, président de TAs semblée et obtint cinq secrétaires sur six : Gondopce Brissot, Rabaut Saint-Élienne, Lasource et Yergniauc Mais, composée de brillants orateurs et non pas d'homme d'action, indisciplinée, n'agissant jamais avec concer
* Séance du l6 septembre [Monit. du 18 et du 19K discours ( Servan à l'Assemblée et de Lacroix, décret proposé par Vergniaud.
» Lavallette, Mém.^ I, 104.
3 C'est le mot de Dubois-Crancé {Analyse de la ^voL,ia, 98). « n"'y avait plus à proprement parler de gouvernement. Le Corps 1^ laiii' n'osait outrepasser la limite de ses pouvoirs. Les ministr n'claienl pas sans nuances dans leurs opinions. •
* Levasseur, Mém,^ 1829, I, p. 42. Gomp. les mots de Cambt (10 novembre, Monit, du 12) t La Constitution étant brisée, le Coi] législatif n'avait plus de pouvoir, et, je suis honteux de le dire, était accablé *.
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elle devaât inéVî-tablement succomBer ; il lui manquaii' ce qtii fit la force de la Montagne : rénergie, la hardiesse^ la volonté* tenace, môme la clairvoyance.
Pourtant, sa prépondérance semblait assurée dans Be conseil exécutif. Danton, élu à la Convention, avait dô* claré dès le 24 septembre* qu^ réégnait ses fonetiens mîmisténeltes et n'acceptait d'^iautre mandat que te mandat de représentant du peuple. « Il cennaiseartJ trop la* Révofution et les hommes, écrit Garât, pour ignorer qiie rester ministre^ n'étai* qu'un moyen de se perdre, et il renoirçeà uBt pouvoir exécutif qui mettait? les infortunés qui en étaient membres, sou» le pouvoir de qui voulait lies écraser ^ >^ Mai& Danfcon siégea diams le con«seif jusqu'au 10 octobre, « toujours: aux trousses d^ ministres, leur poussant se» protégés, les forçant de les placer * », et le successeur que lui donna la Girond», fut Garât, ce littérateur toujours pliant, toujours prêt à flatter le parti victorieux, servant tous- les régimes avec la même bassesse, les louant tour à tour soir le même ton emphatiofue et banal, sacrifiant sans hésiter ses meilleurs amia pour ne pas déplaire au plus fort*.
Servan donnait sa démission en même temps que Danton (25 septembre). Il se disait fattigué et à bou>t de forces ^ Cependant le jour même où il annonçait son dessein- de quitter le ministère, il sefaifiyadJb nommer par ses collègues lieutenant.- général et commandant de l'armée des !^rénées. En réalité, il Fiavoue plus tard, il se trouvait^ « comprimé entre les membres du conseil » ; il voyait la G'3iiventios se divieer en a deux partis bien prononcés*-»; il pressentait la défaite de la Gironde.
* Giarat, M(fm. sur la RétaL, an HI, p. 189.
^ ISfot db Roland; mémoire cité.
<> Voir gns Garai les Méwi. da Biizot, 79-83.
* Il écrit, en elTet, dès le 21 septembre, à la Convention qu'il se présenterait à elle < sans des douleurs très aiguës qui le retiennent dans son lit > , et le 3 octobre, il mande au. présidant : < Mes cbuleurs senttoUement augmentées que plus iaujos. Cois dans la- journée ma tête m mon corps ne pou:vau4 plus agir, Les affaires les plus essentielles s'entsBMBt sans se terminer » ; il lui est impossiiile même de signar et il feut aller <• recouvrer des. fboaes dans son air natal > . [ Arcbu nat.,C II, 202.)
5 Notes sur les mémoires de Dumouriez^ %0,
< 1.1. ^.ZZRAirZ SS BHTXSWXCK
...;rri.-*iir;r-:î. : :: .c vi: izzis s^rmames plus lazd. I& troaTa
rt '-'.sre .-' .«atiu.- ""3i3iy -i la recrane ties: Prus-
.■>r3=. .:-:; ^nà =-5 Hdnvjires. ^oraienc iil (Miyrer
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-;rr.ni:;:i5. .. i-j :t^vai: ;. jls. ■..■maie tr-ix. :aciier les im-
ressiuns :.-r - .n -^e =-.î^= les «j.eJiors agruaiiies : il pre-
^^ ^ . .liVëni;..:. ^oamid .c ■ :cioDre le ruccesseur de :>rT.-:i. .:l..c i .iiL : ar t^i voix sur :7t3 ie citûyeaPadifi*. .'>riaLt •:;! ûji: le :\ji.daa: .=. m i ni. sire de l'imeilear van- .lit -.) r/^OiirîSL:rî r:L .j recuaunaaaoi: au ciioix ie la Cûiiv-niii-.n 'i-.minK .\:l i^juvei -Ljioionyaie. Mais ce Pac&e lui .era:t Lii-::r Tue i-jUà .■:n:=piratioa de la Ginmde, :evirit l'.-risiîrai . .- : ..j^ uv:aariie ae Rûiand e tilTra la déart ♦;m**r.r. ..e .a «aiirre a ia Jiloatagae. .'.»=î :i .Tpntrrr.riro- lluii;:e. ^^lts ; -résident du. conseil, -/*';fair tjrésec:.«: .cvaai .a «.-aveution ^-t avait pronoacé ;e •iisrours : l^a ' .javemiûa ~ieûi de ratiiier le yœade i»iis j*s -aâres t le .éiranaer la voiouté de tous les i-'ran^-ajs »rn i rs «iciivraut iu lieau de ia ruyauté. Certes. .f'XW. .jurrirr i:st .a : LUS ûTanae doai les tastes du genre -l'imalu liiusseriL ; a mais .:oaierver La méoioire et il est .fins :oiitit ,erraià lU premier :ouseii executif de la jf.'fj)ublioue 'rancaUe de =e Lriuriiier aavoir de telles fonc- ■ ions a :emnlir laus lue t^poque si soienneile ■.» Trois ,fjurs après, i^e ministère, ii ier de sa iui:»sioJi, sedislo- 'fuait. f'j. ie ministre le plus spécialement chargé de la If* l'en 8e nationale donnait sa démission loiaque les i'nissiens t;t aient encore sur le sol français I On cral m^me un instant que Roland, élu député de la Somme, ;illait siiivr«î iVxemple de Servan. La Convention s'émuL Verrait- on sous le régime républicain cette instaliilité ministérielle qu'on avait tant reprochée à la m.onardiie?
" DnmonnVz. JAO«., I, 339-341.
* \*^f,\\f>, V.W voix ; du Cbatelet, 42 ; Bouchotte, 22 ; Laclos, 13; V/»mi»ff-Ti. 13-, Anmlmft. R; Valence. 6; Bermyer, 6; Ltpovpe, 5; L):^nivi!lr>' /| ; MHflf^Anfratz, Biron, Beauhamais, Labonrdonnaye, 2 ; Kf'ilrrnri.inii, Briiirnonvill*», Meunier, Femèrea, Vergue,!. (Ardi. nit., r II. IM-, )
• ApI,. n;.t..(;n, 202.
Senran et Roland avaient tous deux bien mérité de la patrie ; tous deux devaient conserver leur poste ; « si Servan est malade, s'écriait Granet, on peut lui donner un adjoint ». Mais dès cette discussion, éclatait la fatale indiscipline des Girondins qui ne surent jamais se rallier à la voix d'un chef et concourir avec ensemble au même but, Lasource déclara que la reconnaissance faisait le malheur des nations, et la Convention passa à Tordre du jour *.
Heureusement, si l'Assemblée législative n'avait pris que d'impiiissantes mesures contre l'invasion prussienne, si Roland ne savait que gémir *, si Servan se décourageait, si le conseil exécutif formé au 10 août était dissous dans les derniers jours de septembre, si le gouvernement n'était qu'une sorte d'anarchie ministérielle •, la puissance militaire de la France s'affirmait par la canonnade de Yalmy. Son esprit guerrier se ranimait, selon le mot de Gouvion Saint-Gyr, et jetait un nouvel éclat sous les drapeaux de la liberté. L'indépendance de la nation était assurée par l'armée régulière, par cette armée sur laquelle on aime à reporter ses regards et où, pendant la Terreur, allait se réfugier et briller du plus vif éclat tout ce que la Révolution avait de généreux et d'énergique, la bravoure et le talent, l'enthousiasme et l'amour sincère de la patrie.
' Séance du 29 septembre. On sait que Roland revint sur sa résolution et garda le ministère.
* C'est le mot quMl emploie dans ses réponses aux administrateurs. Taine, Conquête jacoUne, 362.
' Paganel, Bssai hist, et crit, sur la R^voL, 1, 425 ; comp. Dubois Crancé, Analyse de la RévoL^ p. 98, c .. .véritable anarchie >.