CHAPITRE II
LA KÊGOCIA.TION DE MâNSTEIN
I. Les alliés; dégoût de la guerre tft désir d'an finir. — Coafi&MACM 4e Vienne. — Mission de Spielmann. — Le quartier général prusaien. — 'Lucchesini. — Manstein. — Plan de Dumouriez. — II. Loiribarfl. >- Mémoire de Fortalr. — Westermann au camp deHans. — (Eefaaage ie Lombard contre Georgps. — ITI. Manstein et .Heymann mu oaiyp de Dampierre (23 septembre). — Points essentiels. — Naïveté de KMlermann. — Proclamation de la République. — Mission de Wetftennann à iParis. — IV. Nouvelles démarches de Manstein. — MttttewOB 2n fis septembre. — V.. Thouvenot au camp de 'Hans (36 ovptMBbr»). ~- Cartel d'échange. — Curieuses paroles de Thouvenot. — VL Tentatives d'embauchage. — Le décret sur les déserteurs. — Sohneider à ses anciens camarades du régiment de Clerfayt. -* VaiMillmeh i Dampierre." Trahison de Dillon. — VII. Second mémoire de Dumouriez (27 septembre). — Intervention de Lucchesini. — Déclaration ou troisième manifeste de Brunswick (28 septembre). — Réponse de
. Dumouriez. >- Nouvelle lettre de Manstein (39 septembre). *- JiU^ure de la négociation.
I. Pendant que rarmée des alliés "OiivaliiiBa&ît Ha iLopraine et la Champagne, leur diplomatie discutait toujours la grande question des indemnités. Mais le vieux Kaunitz ne dirigeait plus le cabinet autrichien ; il avait donné sa démission et depuis le 19 août, le vice-chancelier comte Philippe Gohenzl était chargé du département des affaires étrangères.
Gohenzl réunit deux fois, le 3 et le 7 septembre, un conseil auquel assistèrent le grand maître de la cour Starhemberg, le grand chambellan Rosenberg, le mi-
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nistre Golloredo, le référendaire des affaires étrangères Spielmann. On convint dans ces deux conférences qu!il fallait établir entre les contractants une entière égalité et qu'en conséquence la cour de Vienne réclamerait, comme au mois de juillet, réchange de la Belgique contre la Bavière et la cession des margraviats franconiens d'Anspach et de ^ayreuth. Si Prédérlc-Guillaume refusait de céder les margraviats, on demanderait soit une flc conquête française », le Sundgau, soit une partie de la Pologne, les palatinats limitrophes de la Qalicie. La discussion fut très vive. Rosenberg, Golloredo, Gobenzl votèrent pour Tannexion de la Haute-Alsace ; on y mettrait partout des ecclésiastiques bien pensants, on rendrait à la noblesse du pays son influence et ses droits, on briderait ainsi .la population. Mais Starhemberg et Spielmann déclarèrent qu'il fallait tout prévoir. La France ne :SQngerait-elle pas à reprendre son bien ? Ne tenteraitelle pas tôt ou tard de reconquérir l'Alsace? Cette province était française de cœur ; elle montrait des dispositions dangereuses et semblait attachée à la Révolution ; elle était éloignée du centre de l'empire desHabsbourgs; il faudrait. y entretenir de nombreuses garnisons. Enfin, observait Kaunitz qui de sa retraite donnait encore des eonseils, aurait-^on l'assentiment de l'Angleterre et de r£spagne, si l'on .faisait des acquisitions aux dépens de la France ? Ne valait-il pas mieux chercher en Pologne un agrandissement. ou, comme on disait, un arrondissemeiU? On r^etterait Todieux du partage sur la Prusse et la Russie ; on ne prendrait qu'en protestant sa part du gâteau ; on agirait à la Frédéric, mais on sauverait les apparefuces et selon ,1e mot de Marie-Thérèse, on. garderait l'air de llhonnêteté. « Ge qu'il y a de bien certain, écirivait Kaunit^ c'est que. le .roi de Prusse, ainsi que la Russie, oie trouvera qu'en Pologne Taugmentation de puissance à laquelle il vise ; il faut donc consentir à un nouveau démembrement pour nous remettre de niveau avBC JII06 JBlliés:; c'est unejurisprudence que justifient la oëfiesBlté, 'la politique et l'équilibre des puissances. » Mais l'empereur -ne se rallia pas à l'opinion de \Kaunitz; comme CûJbenzl, Rosenberg et Golloredo qui formaient;la majorité du conseil, il opta pour l'Alsace.
11 fallait porter ces propositions au roi de Prusse. On coûfia cette mission au référendaire Spîelmann. C'était un homme assez borné, mais exact, laborieux, initié à tous les arcanes de la chancellerie autrichienne; le secrétaire GoUenbach l'accompagnait ^
Gobenzl donna les instructions suivantes à Spielmann: obtenir un armistice pendant lequel se noueraient les négociations; traiter, puisqu'il le fallait, avec rassemblée qui représentait la nation; demander la restauration de Louis XVI ou, si le roi n'était plus en vie, Tavènement du dauphin et la régence de Monsieur. L'Assemblée, ajoutait Gobenzl, se réunira très probablement dans une ville du midi; il faudra permettre aux départements occupés par nos troupes d'élire leurs députés, mais exercer notre influence sur les élections et proposer aux suffrages des hommes modérés qui porteront à l'Assemblée nos propositions d'armistice*. Gobenzl prévoyait le cas où le dauphin serait immolé par le parti populaire; en ce cas, disait-11, Monsieur ferait valoir ses droits à la couronne, on le mettrait en avant, on lui laisserait peu à peu le rôle principal ; mais on ne l'aiderait que s'il déférait aux exigences des alliés ; dès qu'on aurait obtenu l'indemnité, on abandonnerait le nouveau roi aux difficultés de sa situation ; il régnerait sur le nord et l'est de la France ; le midi se gouvernerait à sa guise et s'organiserait en étals confédérés *.
Spielmann partit avec Fambassadeur de Prusse à Vienne, le comte de Haugwitz. Il arriva le 28 septembre
* Vivenot, Quellen, II, 180-192. En même temps le cabinet de Vienne donnait pleins pouvoirs pour régler les affaires de France au comte de Mercy-Argenteau ; c'était l'homme qui « connaissait le mieux la France et qui avait vu la Révolution naître, grandir et dégénérer en monstruosité >, (Gobenzl à Heuss, 9 septembre); il devait se rendre dans la ville la plus voisine du camp prussien ; on lui adjoignit le baron de Thugut.
* Gobenzl à Spielmann, 20 septembre (Vivenot, Quellen, 11, 216- 219). Il oubliait que les élections avaient eu lieu dès le 2 septembre dans les départements envahis (dans la Moselle, à Metz ; duis la Meuse, à Gondrecourt ,* dans la Marne, à Reims; dans les Ardennes, à Sedan).
> Comp. ce que disait Schulenbourg à Verdun, Invasion pnU' sienne, p. 291-292.