I . Dieu ni'o créé pour que je Vaime
Le Sauveur. — Mon fils, la création est la première des œuvres de Dieu au dehors. En produisant les créatures, la Sainte Trinité n'a pu avoir en vue qu'elle-même, puisque en dehors d'elle rien n'existait. En donnant l'être et la vie aux créatures, elle n'a pas pu se proposer d'autre fin de sa bienfaisance que de faire admirer et aimer son infinie bonté.
Toute la vie de la Sainte Trinité en ellemême était amour, mais nous avons voulu faire partager cette vie à des créatures. C'est pour cela que nous avons dit : « Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. ^ Il nous connaîtra par son intelligence, image de la nôtre, et il nous aimera par le cœur que nous lui donnerons.
Sans doute, nos bienfaits vous aident et vous encouragent à nous aimer ; mais nous n'avons pas voulu et n'avons pas pu vouloir
que vous nous aimiez seulement pom^ nos bienfaits ; ce serait vous aimer vous-mêmes et non pas nous.
Vous devez remonter à nous et à ce que nous méritons d'amour en nous-mêmes par notre infinie hoauté et notre infinie bonté. Nous sommes le x)rincipe et la fin de toutes clioses, il faut que tout retourne à nous comme tout part de nous.
S'il est quelque chose dont nous sommes jaloux, c'est l'amour de nos créatures.
Avons-nous pu les faire pour que, s'aimant elles-mêmes, elles nous aiment ensuite à cause de nos bienfaits? Non, il serait injuste que la créature commençât par s'aimer ellemême et n'aimât ensuite son Créateur qu'à cause des bienfaits qu'elle en reçoit et qu'elle en espère. La Sainte Trinité n'est pas seulement aimable à titre de bienfaiteur, elle a un autre titre plus excellent encore à l'amour de ses créatures, ce sont ses perfections infinies. Elle a donc voulu que les créatures raisonnables l'aimassent avant tout pour Ellemême et qu'elles fissent ensuite servir les motifs de reconnaissance et d'espérance à l'aimer davantage.
L'amour de reconnaissance et d'espérance
n'est pas même la charité proprement dite, la charité parfaite, que vous nous devez et que nous demandons de vous. Le motif de notre souveraine amabilité est le plus pur et le plus parfait de ceux qui doivent vous déterminer à nous aimer.
11. Dieu a tout fait pour que je Caime, Nous vous avons donné l'intelligence, à ({uelle lin ? Est-ce pour vous connaître vousmême seulement? Non, votre intelligence doit s'élever plus haut, et, par la connaissance des créatures et de vous-même, parvenir à notre connaissance, contempler et aimer nos perfections. Votre intelligence n'a de repos qu'en Dieu. Elle asoif d'une certaine connaissance de l'infini. Toutes les créatures, d'ailleurs, la reportent vers leur Créateur. Vous remontez à lui naturellement comme à la (tause première de toutes choses.
Nous vous avons donné une volonté capable d'aimer : sans doute, c'est pour aimer ce qui est aimable. Mais rien n'est véritablement, souverainement et uniquement aimable en soi que nous-mêmes. Tout ce «lue les créatures ont de beau et d'aimable vient de nous. Les avons-nous faites poui-
ir MÉDITATIU.X. '^3
<|ue vous y lixiez votre amour? Vous en avons-nous accordé l'usage pour que vous vous y attachiez en nous oubliant ? Ne vous disent-elles pas toutes, en leur langage : Remontez à notre autem' commun, c'est {jom' que vous l'aimiez qu'il nous a données a vous.
Nous vous avons donné le libre arbitre^ est-ce pour que vous disposiez à votre gi'é de vous-même et de tout ce que nous avons mis en votre dépendance? Notre dessein n'a-t-il pas été que, en nous aimant librement et par choix, vous nous donniez la préférence sur toutes choses, et qu'ainsi cet amom* tut glorieux pour nous et méritât de notre part une récompense pour vous?
Notre premier but a été notre gloire et le second votre bonheur.
Commencez par nous glorifier en nous aimant librement pour nous-mêmes, nous vous rendrons ensuite hem^eux par cet amour même, en vous assm^ant à jamais l'avantage incomparable de nous voir, de nous posséder et de nous aimer. Mais ne renversez pas l'ordre et ne nous aimez pas exclusivement en vue de la récompense, vous ne la mériteriez pas.
2i LA KKTUAITE DU SACRÉ-CŒUR.
Sans doute, le désir et le besoin du bonheur sont innés en vous, mais où vous portent-ils ? vers votre Créateur, que vous connaissez et que vous aimez, et dont la possession peut seule satisfaire votre cœur. Un amour bien réglé de vous-même vous fait clierclier le bonheur en nous, comme en la .source de toute perfection et de toute félicité, comme dans l'être qui mérite seul d'être aimé d'abord pour lui-même et que vous aimez ensuite comme votre dernière fm et la source de votre bonheur.
Mais l'amour-pi'opre gâte tout. Il n'envisage rien (pie i)ar rappoi't à lui-même ; il met sa tin dans son bien-êti-e, et, par cet étrange renversement, l'amour de soi-même devient l'amour principal, et l'amour de Dieu est au second rang. Dieu n'est aimé alors que comme un bien dont la possession donne le bonheur. Ce n'est pas assez, c'est là un amour égoïste.
Nous mettons en vos cœurs la charité, quel autre amoui' pouvons-nous y mettre que celui qui est en nous-mêmes, c'est-à-dire l'amour pur et souverain de nous-mêmes et de nos infinies perfections? C'est cet amour quo nous moîtons en vos creurs au baptême
n^ MEDITATION. ^O
et dont nous vous donnons l'iiabitude infuse par FEsprit-Saint.