‹ La retraite spirituelle de BourdaloueChapitre 38 sur 76 · DU RÈGNE DE J.-C. DANS L'AME RELIG · texte numérisé non relu

DU RÈGNE DE J.-C. DANS L'AME RELIG

imitateur et son sujet; prêt à tout abandonner, à tout faire et à tout souffrir pour son service. J'ai considéré l'état religieux comme une sainte milice où je m'enrôlois pour combattre sous l'étendard de Jésus- Christ, et pour agir sous ses ordres, comme un soldat agit sous ceux de son général. C'est pour cela que je me suis uni à lui par trois vœux, qui sont désormais trois liens indissolubles. Par ces trois vœux, je l'ai mis dans une pleine possession de moi-même, et je lui en ai fait un don absolu et irrévocable. Je lui ai sacrifié tous les biens du monde par le vœu de pauvreté ; je lui ai soumis tous mes sens par le vœu de chasteté ; et par le vœu d'obéissance, je me suis dépouillé pour lui de ma propre volonté. Tellement qu'il ne me reste rien qui ne soit à lui, et qu'il n'ait en sa disposition. Or, après m'être engagé de la sorte, puis -je me rétracter; et ne serois-je pas un parjure, si je venois à lui manquer de fidélité après des sermens si juridiques et si authentiques ?

De quelque manière donc qu'il dispose de moi, soit qu'il m'élève ou qu'il m'abaisse, soit qu'il me console on qu'il m'afflige, soit qu'il me destine à cette place ou à telle autre, soit même, à l'égard de l'âme et des voies intérieures, qu'il me fasse marcher dans les ténèbres ou dans la lumière, dans les peines et les dé solations, ou dans l'abondance des douceurs célestes : à tout cela qu'ai-je à dire autre chose sinon qu'il est le maître, et que je suis entre ses mains? Oui, il est le maître; il est le mien, et je n'en veux point d'autre. Je l'ai choisi, et à Dieu ne plaise que je m'en détache jamais! S'il n'a pas eu jusques à présent dans mon cœur toute la place qu'il y devoit occuper, je la lui rends tout entière. Je veux qu'il y règne seul, et qu'il

y exerce tout son pouvoir. Je ne veux plus rien estimer que selon son estime, pins rien désirer que selon ses inclinations, plus rien rechercher que ce qu'il a recherché lui-même. Tout ce qu'il méprise je le veux mépriser comme lui, et tout ce qu'il condamne je veux comme lui le condamner. C'est ainsi que je lui garderai la foi que je lui ai jurée, et qui doit être éternelle.

TROISIÈME POINT

Ce n'est point, comme le monde se le figure, un far deau pesant ni un joug difficile à porter, que le règne de Jésus-Christ dans une âme religieuse. A n'en croire que les apparences, il semble que ce soit une dure servitude; mais dès qu'on vient à en faire l'épreuve, on y goûte la plus heureuse liberté, qui est celle des enfants de Dieu, et Ton y jouit du repos le plus inaltérable. Non pas que ce ne soit toujours un fardeau et un joug; mais c'est le joug du Seigneur, auquel nous nous sommes voués, c'est son fardeau ; et, selon le témoignage qu'il en a rendu lui-même, son joug est doux, et son fardeau est léger (1).

Aussi ce maître si libéral nous a-t-il promis un double centuple, c'est-à-dire une double félicité ; l'une présente et pour cette vie même, l'autre future et pour l'éternité bienheureuse. Car, c'est ainsi qu'il s'en est expliqué dans les termes les plus formels : Quiconque aura tout quitté pour moi, père, mère, frères, sœurs, maison, héritage, en recevra le centuple dès maintenant, et ensuite possédera la vie éternelle (2). Il ne dit pas seulement que nous le recevrons ce centuple après la mort, mais que nous le recevrons dès maintenant. Le

(1) Matlli r — (2) Marc. 10.

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