DE LA CHARITÉ DE JÉSUS-CHRIST, ETC
h m'en applaudir et à m'en savoir bon gré. Voilà ce qui trouble toute une communauté ; voilà ce qui y fait noitre les divisions, et ce qui y cause les différends et les démêlés. Un peu plus d'empire sur soi-même préviendrait tous ces maux, et qu'y a-t-il que je ne dusse sacrifier pour les arrêter?
SECOND POINT
La même charité qui fit supporter à Jésus-Christ avec tant de douceur et tant de patience les imperfections de ceux avec qui il eut à converser et à traiter, lui fit encore employer son pouvoir tout divin à les combler de ses grâces. Car ce fut une charité bienfaisante. // parcourait les villes et les bourgades, en faisant du bien à tout le monde ( 1) ; chassant les démons, consolant les affligés, guérissant les malades, ressuscitant les morts, annonçant le royaume de Dieu, et travaillant sans relâche au salut des âmes.
Je ne suis pas en état de faire, comme Jésus-Christ, des miracles en faveur du prochain. Il ne dépend pas de moi de rendre, comme ce Dieu sauveur, la vue aux aveugles, rouie aux sourds, la parole aux muets, la santé aux paralytiques et aux moribonds. Mais du reste il y a chaque jour, surtout clans une communauté, mille occasions de se rendre des services mutuels, de s'entr'obliger et de s'entr'aider. Or voilà ce que fait la charité chrétienne, à plus forte raison la charité religieuse. Ai-je lâ-dessus tout le zèle et toute l'ardeur nécessaire? Ne suis-je point de ces âmes indifférentes, qui ne sont occupées que d'elles-mêmes, et qui ne veulent se gêner en rien pour laire plaisir aux autres? Si par mon office je me trouve dans une
(1) Act. 10.
obligation particulière de leur prêter secours et de pourvoir à leurs besoins, comment est-ce que je m'en acquitte? Le fais-je avec exactitude? le fais-je volontiers et avec affection? Du moins suis-je assez charitable pour leur souhaiter le bien que je ne puis leur procurer ? Le suis-je assez pour prendre part à celui qui leur arrive, et pour m'en réjouir ? Le suis-je assez pour compatir à leur maux et pour entrer dans leurs peines, lorsqu'il leur survient quelque affliction et quelque disgrâce? Car la charité exige tout cela de moi.
Mais n'est-ce pas en tout cela que je l'ai mille fois blessée et que je la blesse encore? Je n'ai que trop de vivacité quand il s'agit de moi-même, et je ne porte que trop loin les devoirs de la charité, quand je demande qu'on l'exerce à mon égard et que je crois qu'on me la refuse. Je ne lui prescris point alors de bornes, et je suis si touché de ne la trouver pas toujours disposée à me servir ! Est-ce ainsi que je la pratique envers les personnes à qui je la dois par tant de titres ? Tout me coûte, dès qu'il est question d' autrui. Au lieu de leur faire tout le bien qui est en mon pouvoir, peut-être envié-je celui qu'on leur tait, et peutêtre en certaines rencontres voudrois-je le traverser et y mettre obstacle. Au lieu de les prévenir sur les choses mêmes où nul devoir propre et personnel ne m'engage, combien peut-être dans mes ionctions et mes emplois me suis-je rendu difficile à leur accorder ce qui étoit de ma règle et de mon ministère ! Au lieu de m'intéresser dans leurs peines, et de chercher à les adoucir, n'en ai-je point eu peut-être une joie maligne, et n'en ai-je point même été quelquefois le sujet? Jésus-Christ nous a expressément avertis que nous serions traités