‹ La retraite spirituelle de BourdaloueChapitre 55 sur 76 · DE LA CHARITÉ DE JÉSLS-CUR1ST, ETC · texte numérisé non relu

DE LA CHARITÉ DE JÉSLS-CUR1ST, ETC

de son Père, comme nous aurions traités nos frères et "] les siens. Suivant cette mesure qu'aurois-je à espérer 1 de Dieu, et avec quelle assurance pourrois-je le prier de répandre sur moi l'abondance de ses grâces, si j'avois toujours un cœur aussi resserré que je l'ai eu à Tégard de ses membres et de ses enfants ?

TROISIÈME POINT

En quoi la charité de Jésus-Christ fut enfin plus admirable, c'est dans son étendue : car ce fut une charité universelle. Gomme il avoit été envoyé de son Père pour tous les hommes, et que c'étoit en vue de son Père qu'il les aimoit, il se partageoit également entre tous, et leur donnoit à tous ses soins, sans acception de personne. Juifs et gentils reçoivent de lui les mêmes instructions et les mêmes guérisons, tant de l'âme que du corps. On ne le vit jamais ni se rebuter de la misère et de la pauvreté des uns; ni se laisser préoccuper en faveur des autres par leur éclat et leur opulence. Ceux-là même qui se déclaroient le plus ouvertement et avec plus d'injustice contre lui, il étoit disposé à leur faire tout le bien qu'ils en pouvoient attendre, et il ne tenoit qu'à eux, en recourant à ce divin Maître, d'en obtenir toutes les grâces dont il étoit le dispensateur. Non-seulement il y étoit disposé, mais pour cela il les appeloit, il les invitoit et les recherchoit. Si je ne porte jusque-là ma charité pour le prochain, je n'ai qu'une charité imparfaite, ou je n'ai même qu'une fausse charité, parce que ce n'est point une charité chrétienne. Car, la charité chrétienne nous fait aimer le prochain par rapport à Dieu et en vue de Dieu. Or, ce motif n'est point limité, et vouloir le restreindre à certains sujets,

sans l'étendre aux autres, c'est te détruire absolument et l'anéantir.

Aussi le Fils de Dieu, et après lui les apùtres, en nous recommandant la pratique de la charité comme une de nos obligations les plus essentielle?, se sont-ils servi d'un terme commun: aimez vos frères, aimez votre prochain. Cette qualité de frère, de prochain, ne convient pas moins à l'un qu'à l'autre, et par conséquent elle ne nous oblige pas moins envers l'un qu'à l'égard de l'autre. Si vous ne faites du bien, ajoutoit le Sauveur du monde, et si vous n'êtes préparés à en faire qu'à ceux qui vous plaisent, qu'à ceux avec qui vous êtes liés d'une société plus étroite, qu'à vos amis, par où différez-vous des païens? Car, ils ont comme vous leurs eonnoissances, leurs amitiés, leurs liaisons. Or, la charité évangélique doit avoir un caractère de distinction, et de sainteté, qui la relève au-dessus d'une charité purement humaine, telle qu'étoit celle du paganisme, et telle qu'est encore celle du monde. C'est pourquoi le Sauveur des hommes dans le commandement qu'il nous a fait de nous aimer les uns les autres, et qu'il appelle son précepte et sa loi, comprend même ceux qui se tournent contre nous et dont nous avons reçu les plus sensibles offenses : Bénissez ceux qui vous maudissent, souhaitez du bien à ceux qui vous veulent du mal, priez pour ceux qui voies persécutent (i).

Que ce degré est éminent, mais qu'il est rare ! Tout rare néanmoins el tout éminent qu'il est, c'est un devoir nécessaire; et le christianisme, ni conséquemment la religion ne reconnoit point d'autre vraie char rite que celle-là: Dieu n'en récompense point d'autre.

(i) Luc. 6.

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