‹ La retraite spirituelle de BourdaloueChapitre 56 sur 76 · DE LA COARITÉ DE JÉSUS-CIIRIST, ETC · texte numérisé non relu

DE LA COARITÉ DE JÉSUS-CIIRIST, ETC

Où en suis-je donc, et comment est-ce que je satisfais à ivlte obligation ? Car, ce que Jésus-Chri>t nous a loi-même annoncé, qu'il viendroit des temps où la charité de plusieurs se refroidiroit, ne s'accomplit pas seulement parmi les gens du monde, mais parmi les -ieux. Elle ne s'y refroidit en effet que trop, et autant qu'elle s'y refroidit, elle s'y rétrécit. On a ses inclinations et ses antipathies; et selon cette différence sentimens, on tient une conduite toute différente. On a ses amis particuliers pour qui l'on n'épargne rien; mais on ne s'intéresse guère à ce qui regarde tout le reste de la communauté. Dans un office où l'on doit à chacun les mêmes soins, on a ses prédilection-;; tndis qu'on est d'une attention et d'une vigilance infinie en faveur de quelques-uns, on est d'une néglige et d'une difficulté extrême envers les autres. : -ent-on blessé en quelque chose, on a ses ressenti mens et ses peines dans le cœur; et au lieu que la charité devroitles étouffer, on sait bien dans l'occasion user de retour et les faire connoitre.

Ce qui est encore très-ordinaire, et ce qui renverse tout l'ordre de la charité, c'est qu'on se montre plein de douceur et plein de zèle pour des étrangers, pour toutes les personnes du dehors ; et qu'on n'a que de la froideur, et quelquefois de l'amertume pour ses frères, avec qui néanmoins on est uni par des liens si intimes et si sacrés. Où est la charité de Jésus-Christ? car ce ne l'est pas là. Elle n'est qu'en certaines âmes, dont Dieu, pour notre édification, nous met les exemples devant les yeux. N'en ai-jepas vu moi-même, et n'en vois-je pas? Il semble que ce soit la charité même; on il semble que leur charité se déploie sans ■ el se multiplie, à mesure qu'il se présente des

sujets sur qui l'exercer. On les admire: mais y en a-t-il beaucoup qui les imitent? Que me sert toutefois de les admirer, si je ne travaille pas à les imiter ?

CONCLUSION

Dieu de charité, Seigneur, c'est dans les maisons religieuses que vous avez voulu conserver l'esprit de votre Église naissante et de ces premiers chrétiens qui la composoient. Or, ils n'étoient tous qu'un cœur et qu'une âme ; et comment, sans la charité, puis-je donc être vraiment religieux ? Il n'est pas en mon pouvoir de concilier ainsi tous les cœurs, et de les réduire à cette conformité parfaite et à cette sainte unité ; mais j'y dois au moins disposer le mien, je l'y dois former, et ce sera l'effet de votre grâce.

Donnez-moi, mon Dieu, cette charité patiente qui ne s'altère de rien, cette charité bienfaisante qui ne refuse rien, cette charité universelle qui n'excepte rien. Ah ! Seigneur, quelque patiente que puisse être ma charité envers mes frères, jamais le sera-t-elle autant que la vôtre envers moi, et jamais aurai-je autant à supporter de leur part, que vous avez eu jusqu'à présent à supporter de moi ? Quoi que je fasse pour eux, ou que je désire de faire en vue de vous, jamais, égalera-t-il tout ce que j'ai reçu de votre infinie libéralité? Etdois-je enfin compter pour beaucoup d'étendre mon zèle sur tout ce qu'il y a de personnes avec qui j*ai à vivre, et de sujets qui me sont présens, après que vous avez rempli de votre miséricorde toute la terre, et que vous avez étendu votre amour jusqu'à ceux mêmes qui vous ont crucifié ?

Si donc sur la charité que je dois à mon prochain, aussi bien que sur toutes les autres vertus, je vous

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